DEUXIÈME PARTIE DE L'APPENDICE. 3r
Les mêmes fureurs religieuses ont désolé la Grande-Bretagne, avec une issue toutefois plus heureuse, on le dirait, si l'on pouvait être certain (pie l’homme d’Élat qui gouverne sous le nom de Protecteur celle grande nation réformée, aura la puissance d'accomplir une œuvre qui se poursuive au delà de sa tombe, comme il a eu celle de mettre un arrêt à la guerre civile. Mais souvenons-nous que l'Angleterre a subi le règne catholique de Marie la sanglante, après que le roi et le parlement d’accord semblaient y avoir détruit l’autorité du pape; et qu’encore après les règnes de la grande reine Élisabeth et de Jacques Stuart, disputeur acharné en théologie, qui prêchait au moins d’exemple pour la liberté de conscience, ce royaume a été désolé par les persécutions d’un roi décidé à établir le pouvoir absolu de la couronne et des évêques ; que les hommes les meilleurs ont été réduits à fuir leur patrie, à chercher des établissements pour leurs familles au delà de l’Océan, et que le demeurant des sujets a du choisir de se soumettre à la servitude épiscopale et royale, ou de se jeter, tète baissée, en une de ces révolutions et guerres civiles dont le sort commun est de guérir les peuples de leurs maux en leur en apportant plusieurs autres, et sans les garantir du retour des mêmes. Qui nous assure que des rejetons de cette ancienne famille d’Ecosse, ramenés sur le Irène après la mort du Protecteur, ne trouveraient plus les moyens de reprendre l’œuvre de Charles Stuart et peut-être même celle de Marie Tudor? La doctrine fanatique de l’obéissance implicite aux prêtres ou aux rois a conservé des adhérents de toutes sortes ; et de nouveaux arguments non sans force lui viennent du spectacle des inévitables désordres des révolutions. Lisez, si vous voulez connaître ces arguments travaillés par un esprit tout à la fois fort roidc cl fort subtil, les livres du Citoyen et du Léviathan, que Me. Hobbes, précepteur dans la maison des Sluarts, a donnés dernièrement au public durant son exil en France.
Je n’ai nulle intention de vous dissimuler, et pourquoi le ferais-je? les injustices par lesquelles il est arrivé aux réformés, comme à tous autres opprimés de l’Église ou des princes, de répondre aux attentats de leurs persécuteurs. Les violences des ino-
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dernes iconoclastes ne sonl pointa pallier, non pins que les crimes des chefs de bandes de tous côtés durant les guerres, ou les disputes acrimonieuses des théologiens, lesquelles se résolvent aisément pour eux en arguments de fer ou de feu, dès qu’ils ont puissance effective les uns sur les autres. Ce sont effets de fermentation d’un seul et même levain dans les cœurs des hommes, et ce levain est celui qui, s’étant formé dans l’Occident il y a déjà tant de siècles, au temps et dans les circonstances que l’auteur d'Uchronie vous a décrites savamment, a été ensuite soigneusement conservé et nourri par toutes les autorités de l’Église papiste, défendu par la plume, l’épée et le bûcher contre tout mélange qui aurait pu l’affaiblir, et enforcé jusque dans le sang des générations des sujets des princes catholiques. Comment serait-il possible que des révoltés pussent de bien longtemps et dans leurs révoltes mêmes user d’autres leçons que de celles qu’ils ont reçues? A peine ont-ils une autre science et d’autres préceptes que leurs maitres, et les mômes passions les poussent aux mêmes pratiques. Il vous est donc loisible de mettre au même rang le supplice de Servet, ordonné par Calvin dans Genève, ou tant d’autres persécutions moindres dont nous n'avons que trop connaissance de nos côtés, et les supplices d’un Jordan Ilrunus et d’un Vanin, pour ne citer que ces deux de notre siècle, et l’abjuration forcée de Galilée à genoux devant le tribunal du Saint-OI'lice de Home. Il n’y a de part et d’autre qu’une tradition et qu’un système, à savoir celui de la contrainte des consciences et de l’unité de la foi. Mais dussionsnous oublier que les échafauds, les massacres et les trahisons, depuis le concile de Constance jusqu'à la Saint-Barthélemy, ont été les actes accoutumés du parti qui avait possession de l'autorité contre ceux qui revendiquaient les droits de leurs âmes et qui n’ont jamais fait qu'user de représailles, quand toutefois ils l’ont fait, nous devons remonter plus haut dans l'histoire et nous souvenir toujours que l’Inquisition, si ce n’est son propre tribunal, ses dogmes, ses maximes et ses arrêts, dans les mains des évêques et des princes, ont été les seuls précepteurs des esprits depuis Constantin jusqu’à Philippe H. Il faut une autre éducation pour changer le monde, et le monde est obligé de se la donner seul, à