DEUXIÈME 1* A U T I E DE L’APPENDICE
cause de la corruption et méchanceté de la plupart des conducteurs des peuples.
C’est encore par une violation de la foi jurée aux protestants, par la conquête de la Bohème au bénéfice du papisme, par la distribution des terres et des magistratures au clergé, par le massacre des protestants dans une province des Alpes convoitée de la maison d’Espagne, que commença cette grande guerre d’Allemagne dont vous vîtes il y a dix ans la fin. Cette fois, grâce à la descente des nations réformées du Nord et A l'intervention d'un ministre étranger qui a su, étant prêtre, n'étre point catholique, honnis dans les Etats de son maître, la guerre, la croisade, car ç’en fut encore une, puisque les moines y brandirent le crucifix à la tète des bataillons, la guerre en laquelle il n’y eut peut-être guère moins de crimes commis parles chefs, ni d’excès causés par l'indiscipline des troupes, ni de misère et d’horreurs pour les gens paisibles, qu’autrefois dans la croisade albigeoise, ou du fait des bandes de pèlerins de Pierre l’Hermite dans la Hongrie, s’est terminée en telle sorte pourtant que l’empire cl le pape alliés n’ont point eu à se féliciter. L’Allemagne protestante, les cantons suisses, les Provinces-Unies ont conservé leurs libertés ou les ont vues augmentées ou garanties, et nombre de grands biens et domaines ecclésiastiques ayant été sécularisés sont entrés en des Etats où le pape et les évêques n’ont plus juridiction directe. Devons-nous croire, parce que nous avons assisté à la paix de Munster, que cette lutte terrible de toute l’histoire, la seule, la vraie et fondamentale entre tant d'accidents qui en troublent ou en interrompent le cours sans l’arrêter, est venue ainsi finir sous nos yeux ; que le papisme renoncera à son système de la foi contrainte, ou ne rencontrera plus au temporel que des instruments indociles, et que les peuples marcheront sans obstacle désormais dans ces voies de liberté et de justice d’où l’Eglise et les princes les écartèrent violemment quand ils y entraient, au temps des albigeois et de l’institution des communes? Croire cela serait s'abandonner à l’illusion de gens qui veulent voir en leur siècle seul l’aboutissement de tous les siècles, et trouver les premiers la paix et le contentement, où leurs ancêtres n’ont eu que les combats et la
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douleur. Ce serait aussi se montrer satisfaits de peu, car la Réforme, l’application aux lettres et l’étude des sciences n’ont point élevé leurs suivants à une condition où, n’ayant plus rien à craindre des entreprises de ceux qui les haïssent, ils puissent eux-mfimes quelque chose pour changer les pensées et coutumes de ceux qui sont en possession d'user de la force. Les passions de l’intolérance étant d’ailleurs demeurées presque les mêmes, et les principes que la plupart des esprits avouent étant toujours propres à justifier ces passions, ce qu’il y a de liberté dans l’Europe est de constitution précaire. D’une part, si vous regardez aux Étals catholiques, il y en a plusieurs qui, continuent d’être régis par l’Inquisition et gouvernés par des princes qui servent d’instruments au papisme et à ses milices, pensant eux- mêmes avoir le papisme pour instrument de pouvoir : chez ceux-là le crime organisé ne cesse de fonctionner et se nomme bon ordre et vie catholique ; et chez les rfutres, ce qu’il y a de liberté de croire, de penser et de parler, et qui n'empêche point qu’on n’assiste en plusieurs cas, à présent même, aux plus cruels supplices de quelques imprudents, est un ctTct de simple permission de monarques ou ministres, pourvus de pleine autorité pour défendre ce qu’un temps ils jugèrent utile de permettre. Les circonstances pourront plus tard leur sembler favorables à mettre fin à cette tolérance, et le fanatisme de beaucoup de leurs sujets pourra leur faciliter un attentat contre les autres, à quoi ne manqueront pas de les pousser, outre la constante sollicitation des évêques, la passion aveugle des politiques férus de l’unité de l’État et prêts à la payer de sa ruine. D’une autre part, si vous regardez aux Etats protestants, il vous est aisé de voir que leurs sectes ou dominantes ou dissidentes sont animées des sentiments d’exclusion et de haine qu’elles ont hérités du papisme, et disposées mutuellement à s’interdire par les lois, ou se détruire par le bras du souverain ; lequel, de son côté, pour la même passion de l’unité que j’ai dite, a communément le ferme propos de chasser ceux qui ne partagent pas sa croyance; et non pas de chasser les catholiques seulement, ce qui pourrait se justifier en tant qu’ils seraient les seuls à ne vouloir point souffrir d’autres sectes que la leur et à les menacer toutes et l’État,