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mais encore de persécuter les sujets qui n’envient que la liberté de rendre à Dieu un culte selon leur cœur et répandre leurs sentiments par la parole. Enfin ce n’est pas le tout ici de se peindre les conditions de chaque république, à l’égard des servitudes où ses propres sujets sont retenus les uns par les autres et par la puissance des rois ou magistrats qui les gouvernent ; il faut songer aussi que les traités par lesquels elles ont fait trêve à leurs guerres tant d'ambition que de religion, les ont placées en un étal d’équilibre non stable. On est bien loin de cette paix solide ou profonde que favoriserait un aveu commun de principes de civilité commune, et unique justice politique, avec établissement d’universel droit des gens. Au contraire, la carrière demeure ouverte aux entreprises qu’on voudra renouveler de la monarchie universelle ; et le papisme a gardé, même en quelques points il a fortifié la position qui lui permet de fournir les moyens les plus efficaces, et d’espérer de cueillir les fruits les plus certains d'une conquête qu’il appelle afin de réaliser l'unité de foi et d’empire. Una (ides, tinum imperium, telle est la constante devise de Rome, toujours prête à sacrer le conquérant qui voudra mettre à ses pieds scs conquêtes.
Voilà donc la triste substance dernière, voilà le résidu de ce règne de mille ans, et de bien plus de mille ans, que nous avons eu en la place de celui des Saints, que les anciens chrétiens espéraient avec la venue prochaine de Christ sur les nuées du ciel ! Et voilà la vérité de l’Itisloire, que vous pouvez maintenant comparer aux imaginations si belles, et si désespérantes, des possibles que se complaisait à édifier en son cachot l'auteur d'Uchronie, prisonnier de l’Inquisition romaine, à la veille de monter sur le bûcher. Il rêvait de ce que les hommes auraient pu faire, en leur liberté, s’ils avaient exercé leur liberté à temps, en s’inspirant de bons conseils. Et je viens de vous dire ce qu’ils ont fait, et quel enchaînement ils ont créé, qui nous a conduits, après la perle de la civilité antique, au bout de tant de siècles, au point de confusion où nous sommes, avec l’image de l’ordre et de la vérité politiques en un lointain passé seulement, et de faibles espé-
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rances en un avenir lointain üe notre Occident où la religion des bûchers cesserait de répandre par le monde ses (lammes et sa fumée.
Le mol de religion, mes chers enfants, est le dernier qui vient ici sous ma plume, et tout à propos pour commencer avec lui une remarque dernière, et bien nécessaire, que je vous prie de méditer. Vous pourriez penser, en lisant ces pages que j’écris pour vous, et malaisément vous vous en défendriez si vous connaissiez moins bien mes sentiments sur Dieu et l'àmc et mon respect pour toute foi sincère, que c’est contre la religion que je les ai écrites. La lecture du livre d'L'clironie vous causerait la même appréhension, au cas où vous ne sauriez point peser l’intention que l’auteur a eue quand il vous a montré le retour de la religion de Christ dans l’Occident, après que l’affermissement définitif des saines institutions politiques l’aurait apuréo de fanatisme et réduite en son état de divin mystère, où il n’y a place ni pour aucune foi contrainte ni pour l’ambition de faire et gouverner des empires. Ainsi notre livre de famille vous serait une occasion de scandale, et si, par respect de vos aïeux, vous n’osiez le détruire, au moins craindriez-vous de le placer auprès de celui des familles chrétiennes, dans lequel elles ont trouvé à s’instruire en la justice et résistance contre nos oppresseurs. Mais ce serait mal comprendre ma pensée, celle de mon père et du maitre de mon père. Nous aurions écrit contre la religion! Comment serait-ce possible, alors que nous n’avons point écrit du tout sur la religion, mais seulement contre les règlements d’injuste autorité et police despotique, qui se parent de ce nom, et tout au plus contre des superstitions propres à abaisser les âmes et diviniser la puissance usurpée des prêtres, lesquelles toutes nos églises réformées sont d'accord à bannir de leur sein. Ayez donc toujours présente en vos esprits la distinction profonde entre ces deux choses : d’une part, le sentiment de la foi, ses objets saints, l’union des cœurs dans les familles et les Églises de ceux qui, étant élevés dans le même culte divin et les mêmes croyances touchant la destinée de l’homme, s’y maintiennent de leurs libres volontés; et, d’une autre part, les institutions que l’orgueil, l’ambition, l’erreur et le mensonge ont introduites au
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monde, à l’effet soit d’employer la foi comme simple instrument d'un empire injuste à prendre sur les hommes, soit de faire servir un tel empire à l’établissement d’une foi contrainte et religion fausse et forcée qui ne peut être qu'abomination devant Dieu. Une différence tellement énorme de la religion à ce que nos magistrats et nos pasteurs nomment ainsi tant qu'ils ne souffrent point eux-mêmes la persécution, me confond d’étonnement à voir combien chacun la méconnaît, et ce que peut la coutume pour déformer les connaissances les plus naturellement imprimées en nos Ames. Et comme il n’est donné qu’au temps de détruire ce qu'a fondé le temps, je ne saurais espérer que les pensées que je vous confie puissent être bientôt exposées au monde utilement; non plus que l’aveu n’en serait certainement sans danger pour ceux qui les divulgueraient. Mais vous du moins vous pouvez les bien comprendre et leur rendre justice, si, les joignant aux autres leçons que vous avez reçues de moi, cl ne négligeant point la distinction que je vous recommande, vous lisez le livre A'i'chronie et les remarques d'histoire dont je le fais suivre, avec la même persuasion que l'auteur de ce livre avait et qui est aujourd’hui partagée dans plusieurs de nos Eglises; à savoir que l’homme n’est point déterminé de nécessité, en chaque cas, à agir précisément comme il agit, mais que beaucoup de choses qui ont été par son fait, auraient pu ne pas être, et beaucoup qui n’ont point été aurifient pu être, entraînant d’infinies conséquences après elles, qui nous feraient à nous, hommes de ce siècle, un monde différent de celui que nous-avons, et peut-être meilleur.