‹ Uchronie l'utopie dans l'histoireChapitre 64 sur 80 · TROISIÈME DÉPOSITAIRE DU MANUSCRIT · texte numérisé non relu

TROISIÈME DÉPOSITAIRE DU MANUSCRIT

Tu viens de voir, fcclcur de ce manuscrit, qui que tu doives cire, dans quelle crainte était resté celui dont je reprends ici la plume en un temps d’extrôme affliction. Il connaissait que la paix à demi favorable par laquelle on venait de voir se terminerla lutte de la France et des princes protestants contre les visées persévérantes de la politique papiste au milieu du siècle dernier, laissait l’Europe avec des garanties encore faibles envers de nouvelles entreprises, et les peuples qui vivent à l'ombre du sacerdoce exposés autant que jamais à servir d’instrument à tout monarque dont les pensées conquérantes et d'universelle domination se sentiraient appuyées de l’ambition des prêtres et de l’ardeur de ses sujets. Cinquante années se sont écoulées depuis le moment où mon père entretenait ces appréhensions dans son cœur mal assuré; mais il s’en était passé à peine le quart de ce nombre, que déjà le roi trèschrétien Louis XIV envahissait la Hollande et la forçait de se submerger afin d'échapper à ses armes; et ce roi, dans cet acte d'usurpation insolente, avait la complicité d'un roi protestant d'Angleterre qu’il pensionnait pour trahir son peuple. Après ce temps, mon père a encore assez vécu pour assister à l’apogée des grandeurs et prospérités d’une sorte de cour d’Asie séant à Versailles, et du déroulement de ce que la France abusée a nommé sa gloire, si chèrement payée alors et depuis; et pourvoir l’orgueil

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délirant du potentat, maître des personnes comme des biens, ne se satisfaire pas A moins que de les contraindre toutes à régler leurs consciences sur la sienne propre, les obligeant à violer pour cela letir-foi vis-à-vis de Dieu, ainsi qu'il violait la sienne ou celle de son aïeul, donnée à ses sujets à la face du monde. La pensée qu’on ne peut dire qu'inlcrnale de l’unité spirituelle et temporelle à obtenir et à cimenter par la force, celle passion et cette idolâtrie de l’Un qui n’est pas selon Dieu mais selon l’Ennemi des hommes, ont donné à l’Europe, et par les mains du pauvre peuple qui aima toujours à se dire, en ses abominations, le soldat de Dieu, un affreux spectacle de sang et de larmes, digne d’ètre compté par la noirceur et par la durée ail dessus même des massacres de la Saint- Barthélemy, et inscrit en premier rang aux vastes annales des crimes de la religion sanctifiés dans le papisme. De ce sang et de ces larmes ma famille a payé sa grande part. Mon père a vu de son lit de mort la ruine et la misère des siens acccompagner les calamités publiques, dont il avait si bien suivi la traîne dans l'histoire et redouté des atteintes futures.

11 n’avait pas tenu à lui que scs enfants ne demeurassent eu pays de liberté, à son exemple et à celui de son propre père. Ce dernier, qui avait fui Borne en abjurantle papisme, était Français, comme vous devez vous le rappeler, et dc.là nous était resté dans notre famille avec l’usage et le goût de notre langue originaire et la fréquentation de ses écrivains, un attrait pour y rentrer, si l’occasion s’en offrait d’accord avec les moyens d’y gagner sa vie honnêtement; et peut-être encore d’v servir la cause de la Réforme. Mon père voyait cela difficile autant que peu sûr, sachant les obsessions où étaient les Français de tous rangs jusqu’à ce qu’ils eussent consenti de se faire instruire, ce qui en France signifie passer par la messe. Je suis forcé de dire de plus qu’étant ministre du Saint Evangile, eneorc très jeune alors, et non sans quelque vocation, je puis bien m’ea rendre le témoignage, mon père que vous pouvczjuger par son écrit n’avoir pas eu dans ce temps le même zélé que j’avais, pensait avec déplaisir aux devoirs d’une espèce particulière et aux dangers plus grands que je rencontrerais en ce pays-là. La réponse à ces difficultés, bonne à ce qu’il paraissait,

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