TROISIÈME PARTIE DE L’APPENDICE
pour retourner à la catholique. Certes, soixante-cinq ans qui s'étaient écoulés depuis ce moment avaient assez confirmé que la liberté d’abjurer définitivement le papisme subsistait pour les réformés dont les séductions ou les menaces avaient pu ébranler un temps la constance, et que cet article avait plus que la portée d'un privilège, en manière de pardon, pour ceux des compagnons d’Henri IV qui ayant été relaps en protestantisme comme lui ne l'avaient pas été comme lui eu catholicisme. Mais ceci n'cmpécha pas le petit-fils de ce roi au faible cœur de déclarer que l'article 19 « n’était que pour le passé et point pour l'avenir » et que * l’indulgence que sondit ny'cul eut pour les relaps de ce temps-là ne se pouvait étendre jusqu’aux relaps du temps présent ». Nous voulons, àjoula-t-il, et nous plait que nul de nosdils sujets de ladite religion prétendue réformée qui en auraient une fois fait abjuration pour professer la religion catholique, apostolique et romaine, ne puisse jamais plus y renoncer et retourner à ladite religion prétendue reformée pour quelque cause ou prétexte que ce soit. » Le demeurant de la déclaration concerne les prêtres, ou liés par des vœux à des maisons religieuses, et leur fait défense de quitter le papisme pour se marier ou autrement, « sur peine d’être procédé contre les coupables suivant la rigueur des ordonnances ». Mais il y a, quant aux relaps, quelque chose de terrible et d’infàme à la fois qui se joint à l’etfct des cruelles ordonnances, c’est que ce n’est point relaps qu’il faut dire, pour parler selon la vérité des persécutions du Roi : il faut dire malheureux qu’on a circonvenus et torturés dans l’àme et le corps jusqu’à tirer d’eux une ombre de promesse en présence de témoins apostés, et qui de ce moment, s’ils ne se convertissent en effet, sont estimés relaps et mis en danger des dernières peines.
Ainsi l’injustice de la déclaration n’était que le moindre mal : le pire était le plan formé par des politiques sans scrupule pour conduire les réformés séparément à de premiers faux pas, si li-. mides ou feints qu’ils pussent être, pour de là leur interdire tout remords et retour à bonne conscience, sur peine capitale. D’ailleurs l’invention n’avait coilté nulle peine à ces politiques, le maniement des lois contre les relaps ayant été de tradition pour toutes les
l' CHROME.
administrations persécutrices depuis plus de mille ans, depuis l'établissement temporel du christianisme. Et jamais arme plus luneste ne put être mise aux mains d'officiers royaux ou d’église, sous des maîtres résolus, qu’on savait en étal de punir la mollesse ou récompenser le zèle de chacun.
Ce fut donc à cette loi qu’on essaya de soumettre, en arguant de la volonté du Roi, des sujets qui n’étaient même point les siens. Et même encore après que la principauté eût été rendue au gouverneur légitime pour le Prince (ce qui fut en 1Ü65 et pour peu d’années), après l’amnistie générale et les fêtes publiques, l’évêque d’Orange et la cour de France tentèrent d’arracher de la principauté un moine italien défroqué qui mettait tin à ses erreurs et balancements en divers sens, et se faisait de nouveau recevoir en notre communion, avec pénitence publique. Ces spectacles des effets naturels de la liberté de croire et de celle d’abjurer sont insupportables à ceux qui ne connaissent que la foi par ordre et contrainte, et l’invariable soumission. Il fallut que nos papistes usassent de tolérance pour l’heure. Mais c’est un parti qui n’abandonne jamais ses prétentions.
Pour moi, le temps si court où il consentit à les modérer- me fut, quoique moins dur, aussi pénible en quelque sens, à cause de la constante conspiration des papistes autour de nous, et des grands airs de suprématie affectée par l’évêque. Ces catholiques qui, à la suite du massacre horrible des protestants, excité par des prêtres agents du fanatisme dans Orange, en 1571, dix-huit mois avant les tueries générales de la Saint-Barthélemy, avaient été exclus de la principauté, et qui n’y étaient rentrés que par la tolérance du Prince, se regardaient comme seuls maîtres de la place, ainsi qu’ils font partout, et se livraient à d’incessantes manœuvres. Quant à l'évêque, ce n’était pas de ses mauvaises manières, car ils n’en ont même point de telles en une persécution déclarée, que j’aurais pu me plaindre; c’était plutôt de ses manières insidieusement bonnes, de ses accolades et de scs larmes, que l’on sait leur être faciles et familières, puis d’une certaine confraternité étudiée, mêlée à des airs de grand seigneur et de favori du peuple, avec des pdfoles, pour faire entendre qu’on serait évêque aussi bien