‹ Uchronie l'utopie dans l'histoireChapitre 67 sur 80 · TROISIÈME PARTIE DE L’APPENDICE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE DE L’APPENDICE

qu’eux si l’on était sage, au lieu qu’on peut aller aux galères par le clieminque l’on suit; et qu’enfin il n’v a de salut temporel comme spirituel qu’à sceller sa conscience sous l’anneau du pêclieur, puisque ainsi le Roi l’ordonne. Il est vrai que devant cette bassesse d’àme, étalée avec des façons de grandeur, je pouvais sans être pharisien remercier Dieu de n’êlre point semblable à un de ces hommes. Mais la dissimulation polie de mes vrais sentiments, à quoi me contraignaient ces scènes de comédie épiscopale , coulait à mon caractère de ministre. La persécution, quand elle vint, me causa de cruels tourments, mais peut-être avec plus de tranquillité pour la conscience, n’étant plus tenu à rien déguiser pour le bien de la paix.

Le Roi se décida à jeter entièrement le masque en 1073. Il était alors en guerre avec les Provinces-Unies, et bien éloigné de penser qu’il pourrait être dangereux pour lui- même d’ulcérer par une injustice ouverte, insultante, le grand cœur du prince d’Orange; encore moins que ce petit prince qu’il voyait serait un jour le roi appelé d’une Angleterre dont les peuples se lasseraient de servir une religion ennemie. Loin de telles craintes, le Roi proclamait fièrement, devant les puissances catholiques, que le vrai motif de l’invasion de la Hollande était le ferme dessein qu’il avait conçu de détruire un arsenal et fermer une grande école d’hérésie, afin de préparer la définitive extirpation du protestantisme de l’Europe; et pour cette œuvre, il conduisait enchaînés à ses pas et à scs armes un roi, des ministres et des amiraux pensionnés, traîtres à leur pays et à leur religion. C’est un menu détail, en un projet si vaste, que de nous approprier le bien d’autrui qui nous accommode. Toutefois le Roi daigna colorer son usurpation, en chargeant son conseil d'Etat d'adjuger la principauté, à titre de représailles, au comte d’Auvergne, que la guerre avait dépouillé de son fief en Hollande. Sur cet arrêt, l’intendant de Provence, avec ses archers, son prévôt et son bourreau, s’introduisit dans Orange; et bientôt après, comme le gouverneur militaire pour le Prince gênait encore, étant retiré dans le château, le Roi donna ordre au comte de Grignan de marcher contre lui avec le ban et l’arrière-ban de sa noblçsse de Provence,

IT.HRON I K.

oulre son régiment dos galères. Notre commandant reçut do son souverain la nécessaire autorisation de céder à la force. Celle fois ce ne furent pas seulement des bastions qui furent démolis, mais le château fut rasé, jusques nu puits comblé, et la malheureuse ville réduite en un étal de désolation et de ruine qui la fait aujourd'hui plus semblable à un tas de tristes masures qu’à la noble cité souveraine qu’elle était (I).

Dans cette occasion, comme dans les autres pareilles, la joie insultante des papistes se traduisit, entre autres effets, par menaces de mort contre les réformés; et le principal de nos pasteurs d’Orange, M. Pineton de Chambrun, encore que présent dans la ville, eut l’honneur d’ètrc brûlé en effigie avec Bèze cl Calvin, morts illustres qu’on brûlait et rebrûlait sans cesse en ces sortes de rencontres. Nous fûmes heureusement préservés du massacre par la présence de tant de gentilshommes ou autres gens ayant autorité, qui n’avaient pas encore commandement du roi pour telle besogne. Mais quant aux avanies que nous eûmes à souffrir, elles furent reprises et continuées, soit d’instinct, soit de système de la part de leurs auteurs, sans aucune interruption, non pas même celle qui semblait naturellement nous devoir être apportée, en <f>78, parla paix de Nimèguequi rendit encore une fois la principauté à son gouverneur légitime.

C’est à dire qui parut rendre; car il devint assez manifeste par

(1) Ce témoignage cl bien d'autres traits du récit de notre auteur sont confirmés, par le pasteur meme dont il va nous citer le nom tout a l'heure, dans le beau, dans l’incomparable livre que ce dernier nous a laissé sous ce titre : « Les larmes de Jacques Pineton de (îhambrun, pasteur de la maison de Son Altesse Sérénissimc, de l’Église d’Orange, et professeur en théologie, qui contiennent les persécutions arrivées aux églises de la principauté d’Orange depuis fan 1660, la chute et le relèvement de l'auteur. A La Haye, 17119. • Chambrun emprisonné et traîné de place en place après le retrait de l'édit de Nantes, en proie à des tortures physiques et morales qui dépassaient ses forces, et circonvenu par les archers et les dragons sur son lit de douleur, eut la faiblesse de prononcer devant l'exempt ces mots : Je me HÊüXIrai. L'évéquc de Valence s’empressa de faire signer aux assistants un procès-verbal de promesse de conversion, qui pouvait constituer Chambrun à l’état de relaps, s il refusait ensuite de se réunir. Le pasteur n’alla toutefois point au delà, et c’est ce qu’il appelle sa chute. Il parvint à se sauver après beaucoup de souffrances.

(Suie de /’ éditeur.)

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