TROISIÈME PARTIE DE L’APPENDICE
les suites données à celle restitution apparente, qu'il s’y agissait d'un de ces articles de traités de paix, dans lesquels des puissances de mauvaise foi font par écrit de certaines concessions (non sans en stipuler et recevoir le prix), mais avec l’intention comme avec la puissance de ne rien mettre en acte de ce qu’elles accordent, et sachant ou comptant bien que l'inexécution n’amènera point un ras de rupture. Le roi qui rendait ainsi la principauté s’opposa à ce que le possesseur relevât les murailles d'Ürange. Rompant toutes négociations, il introduisit, quatre ans après, et pour une dernière fois, ses dragons dans la ville qui se vit pillée, ses meilleurs habitants mis à rançon, d'autres, qu’on prétendait relaps, arrêtés ou bannis, soumis à mille extorsions ou violences. De peur de contagion religieuse, sans doute, le séjour d'Orange fut alors interdit t aux Français » ; comme si déjà les malheureux habitants n’avaient pas reçu lettres de naturalisation suffisantes, en subissant les mêmes injustices et mauvais traitements que les Français de la religion dans les différentes provinces! Ce fut donc un blocus après une invasion. Il fallut toutefois colorer une si outrageuse violation du traité de Nimèguc, et c’est ce qu’on fit en intentant, au nom de la maison de Longueville, une action en revendication de la principauté contre « Guillaume de Nassau, demeurant à Amsterdam en Hollande », comme parlait l’acte insolemment.
Je ne pensais pas d’abord descendre dans ces détails où mon récit m’entraîne, mais ils serviront à vous montrer sur un exemple la politique du Iloi, et l'effet des instructions qui se donnaient dans tout le royaume pour réduire au désespoir les personnes de la religion, puisqu’il est constant qu’il n’existait point d’autre cause de tout ce qu’Orange avait à souffrir. Pour la même raison, je veux que vous sachiez à quels bas et sinistres moyens de persécution recouraient contre nous un clergé sans scrupules, servi par la haine de la fraction papiste des habitants. Ce vous sera d'ailleurs une indication des tourments que je devais ressentir et traverser avant les derniers événements, dont le moment approche, qui ont entièrement ruiné ma famille. Les grands moyens employés pour nous nuire se liraient, d’une part, des convcr-
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sions que nous faisions parmi 1rs papistes, et qui ne manquaient jamais de nous attirer de très-méchantes affaires, et, d’une autre part, de celles qu’on alléguait des nôtres pour retourner au papisme, et qui, vraies ou fausses qu’elles fussent, ou demi-vraies et flottantes, à cause de la faiblesse de quelques-uns et des tentations auxquelles on les soumettait, devenaient toujours des occasions de triomphe pour l’adversaire, et d’intimidation pour nous, ou bien pis encore. Mais tout ceci est œuvre d'autorité, et je veux vous parler des excitations populaires. A plusieurs fois, dans cette ville où j’exerçais mon ministère, nous vîmes des croix élevées sur les murs ou bastions démolis, et ceia non certes point par œuvre de piété, et pour être objets légitimes de culte en des lieux appropriés, mais uniquement pour insulter à la Réforme : élevées dès lors avec toute la pompe militaire et sacerdotale, après avoir été portées solennellement en de longues processions où le régiment des dragons marchait avec les pénitents à sacs multicolores, aux sons d’une musique amenée de terre papale. Et ceci eût encore été peu de chose, même en ajoutant que les consuls protestants de la ville étaient forcés d’assister à telles cérémonies pour éviter de plus grands malheurs. Mais il ne les évitaient pas tous ; ils n’empêchaient pas que ces croix venant à être renversées nuitamment, le méfait, par un noir complot de quelques papistes ses auteurs, ne fût imputé aux protestants, ce qui avait des suites terribles; ou que des pénitents noirs, congrégation établie tout exprès pour nous provoquer, ne fissent des processions armés de bétons; que certaine populace n’assaillit de pierres nos maisons, et qu’enfïn, le bruit d’un meurtre se prenant à courir, la ville ne devînt tout d’un coup affolée et livrée à la plus dangereuse sédition. Voilà quel état de choses fut entretenu pendant vingt-cinq ans, sauf de rares intermittences, dans un gouvernement usurpé par le Roi, et avec le triple accord du clergé, des magistrats et d’une partie ignorante et fanatisée du peuple. Il fallait donc s’attendre à ce que le définitif dessein conçu pour le royaume entier s’appliquât à la principauté qu’on soumettait à la même indigne et violente administration des faits de religion.
Ce dessein n'était depuis longtemps que trop facile à connailre.