‹ Uchronie l'utopie dans l'histoireChapitre 71 sur 80 · TROISIÈME PARTIE DE L'APPENDICE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE DE L'APPENDICE

corps en effigie de Guillaume et de Marie (1) : grand témoignage de bassesse de cœur! el faible ressource, bêlas! pour les temps où la haine papiste serait bien définitivement justifiée par les suites de la grande révolution d’Angleterre! Ils sont venus ces temps; les Français peuvent aujourd'hui connaître qu’en liant si étroitement leur cause de nation à l’ambition conquérante et dominatrice et à l’esprit d’un culte proscripteur, le Roi a travaillé à la décadence du royaume et en a préparé la chute. Ils peuvent voir que la fausse gloire a semé la misère, el que la puissance insolemment exercée a engendré la faiblesse. Ce qu’ils ne savent peut-être pas encore, parce que la dernière chose qu’apprenne l’homme enflé de sa prospérité est l’utilité des afflictions, quand elles le frappent, c’est que la misère est salut et bénédiction pour eux, eu comparaison de la destinée qu’ils se préparaient en leurs rêves de splendeur. Le monarque de qui la fortune veut être nourrie d’une si grande dépense eu hommes et en argent, et qui est assez, fou, dans le moment où il peut apercevoir déjà le fond de scs ressources, pour bannir de ses terres l’ouvrier, l'industrie mère de richesse, el tant de familles recommandables au-dessus des autres par les vertus domestiques d'où dépend la saine multiplication des hommes, ce monarque aveugle détruit de ses propres mains tout son pouvoir, achève de ruiner son système, ce que la suite des événements montrera certainement en sa personne ou en celles de ses enfants, el délivre ainsi sa patrie el l’Europe, au prix de très-grands maux, du plus grand de tous dont ses succès nous menaçaient : la descente de la chrétienté au régime oriental des princes arbitraires et des prêtres élevés au rang divin.

De la contemplation de ces grands intérêts il faut à présent que

être que grossières. Ce ministre engage un de ses afflilés, Cunzcr, de Slraslxiurg, à faire, en se convertissant « un pas si important pour les affaires tic l'autre monde et de celui-ci », el « j'apprends, continue-t-il, que des priucijtaux bourgeois de Strasbourg sc font instruire; s'ils faisaient abjuration, je craindrais que le roi ne jugeiU à propos «le leur condor les soins dont vous êtes chargé ». (Roussel, Histoire de Louvois, t. NI, cliap. vu.) (.Yo/e de l'éditeur.)

(I) Voyez les Soupirs de la France esclave , édition de 1090, p. iti. — Les écoliers des Jésuites, travestis on démons, furent à Paris les acteurs de celte farce indigne. (.Y oie de l'éditeur.)

l'CHRONIE.

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je revienne à la petite principauté où la Providence ne m’avait pas placé pour être le témoin sans dommage des horreurs que causa l’édit de la funeste année 1085. Les intendants du roi et les évêques avaient commencé déjà le cours des prédications par la bouche des dragons, dans tout le royaume, que l'on se flattait encore à Orange de sortir indemnes d’une si grande abomination, à cause du privilège de libre culte que semblaient nous assurer les anciens droits et souveraineté du pays. Mais celte espérance, à mes yeux, était bien infirmée par la volonté si déclarée du Roi, qui d’ailleurs avait toujours affecté de vouloir nous réduire aux mêmes devoirs que ses autres sujets. La volonté du Roi — d’un si grand Roi, — à laquelle nul ne peut s’opposer, disaient-ils, était l'unique argument des évêques auxquels on objectait l’infamie sacrilège de la communion forcée, et des tortures pour obliger les gens à croire de cœur, plus déraisonnables cent fois que celles que les anciens martyrs avaient souffertes pour le refus d’encens; et cet argument, ils le donnaient pour déflnilif et sans réplique. Car, comme l’Église, même la papiste, à son dire, n’a que des armes spirituelles, et comme néanmoins celle-ci oblige en conscience les princes à persécuter, et professe la persécution bonne et nécessaire, elle peut, d’une part, assurer qu’elle n’est point persécutrice, et que même on ne saurait imaginer rien qui soit plus éloigné que la persécution de sa douceur naturelle et charité sans bornes pour les pécheurs, et, d’une autre part, animer les persécuteurs à l’œuvre et les aider de tous les moyens personnels et temporels de ses membres, même à cheval, où j’ai vu des évêques monter pour les missions de dragons (i). De cette manière elle allègue auprès du

(1) « Les évêques, disait luvêque tle Valence au ministre Cliambrun, ne sont pas la cause de la manière qu’on se prend aujourd’hui pour la réunion... « Nous avons représenté là-dessus ce que nous devions. Mais c’est la volonté du Roi, à laquelle personne 11e se peut opposer »... Il n’était pas plus UH hors de chez moi que j’apprenais qu’il était monté à cheval à la tète des dragon* pour aller tourmenter dans son diocèse ceux qui n’avaient point abjuré ou qui ne voulaient pas aller à la messe. » (Le* larme * de Jacques Pineton , p. 212.)

Si l’on veut être certain que l’évéquc mentait impudemment (ment iris impudentissime , comme parlent les Provinciales ) en assurant que l'Église ne demandait pas la persécution, on n’a qu’à voir la liste chronologique des principales demandes contre les protestants, adressées au roi par les assemblées du

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