INSECTIVORES
Le genre Crocidura est largement représenté sur tout le continent africain, mais la validité douteuse d'un grand nombre des espèces créées et admises par les auteurs, obscurcit singulièrement les données sur lesquelles on pourrait se baser pour l'établissement de faunes spécifiques locales bien déterminées. Les autres familles nous fournissent au contraire des documents soit positifs, soit négatifs d'une précision remarquable.
La présence du Potamogale rt d'une espèce du genre Chnjsochloris, isole nettement la faune des Insectivores du Congo français, de celle des côtes de la Guinée supérieure. Nous avons vu en effet le Potamogale s'étendre au Nord jusqu'au vieux Calabar, et assez loin vers l'Est dans l'Afrique centrale, franchir le Congo au Sud, et se propager jusque dans les possessions portugaises de l'Angola. D'autre part, le centre d'habitat des divers représentants du genre Chrysochloris se trouve dans le Sud et le Sud-Est, et la Chrysochloris albirostris (Wagn.) est la seule espèce que l'on ait signalée au Nord du Congo dans le voisinage immédiat du cours inférieur de ce fleuve. Mais, hâtonsnous de dire que ce sont là les deux seuls points par lesquels la faune congolaise se rattache à celle de l'Afrique sud-occidentale et australe si nettement caractérisée par la présence de nombreuses espèces d'Insectivores sauteurs du genre
(1) Voir la carte (6), vol. III, p. 286.
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Macroscelides. Ces animaux rechei'clionl lout particulièrement les grandes plaines herbeuses entrecoupées de buissons et de rochers. Quelques espèces, M. rupestris (A. Smith), M. Tntufl (A. Smitli), M. hrachijurus (Boc), s'avancent dans le Sud-Ouesl jusque dans l'Angola, mais aucune ne remonte au Nord jusqu'au Congo, ni ne dépasse ce fleuve. Dans l'Est, au contraire, les Macroscelides s'étendent vers le Nord jusqu'au pays des Somalis, et les bords de la mer Rouge; on trouve même un représentant de cette famille dans l'extrême Nord en Algérie, M. Rozeti (Duv.). Quant aux genres Petrodomus et Rhynchocyon, ils restent étroitement cantonnés dans l'Est africain.
Les représentanis de la famille des Ennacéidés paraissent rechercher de préférence le voisinage des régions désertiques. Des six espèces africaines définitivement admises par M. Anderson (1), une seule, E. frontalis (A. Smith), habile l'Afrique Sud-Ouest du Benguela au Cap, près des terres arides du Damara, de l'Ovambo et du Kalahari; les cinq autres sont disséminées surtout le pourtour du Sahara ; au Nord, E.alf/irus (Duv.etLer.) dans la Barbarie et la Tripolilainc, à l'Est, E. auritus (Gm.), E. iclhiopicus (Ehr.), E. Sclalcn (And.) dans l'Egypte, la Nubie, l'Abyssinie et le pays des Somalis; enfin au Sud, E.albivenlm (Wagn.) qui parcourt toute la lisière saharienne du Soudan d'un Océan à l'autre. Cette dernière espèce seule visite la Guinée supérieure et s'engage jusque dans le Cameron et nos possessions françaises du Congo; mais elle ne paraît pas dépasser le Gabon au Sud où du reste on ne l'a rencontrée que rarement.
En résumé, l'on peut dire que le Congo français est pauvre en Insectivores. Au point de vue faunique, cet ordre ne nous fournit pour ainsi dire que des caractères négatifs, car aucun genre, même le Potamogale^ n'est spécial à cette région, et la famille essentiellement africaine des Macro-
(1) Anderson, P. Z. S. London, p. 414, 189û.
sceiides lui est totalement étrangère. Plus rares encore sont les Insectivores dans la Guinée supérieure ; en ce qui concerne les animaux de cet ordre, cette portion de l'Afrique, la plus rapprochée de l'Amérique méridionale, semble comme un fragment séparé de cetle partie du Nouveau-Monde et rattaché à Fx\ncien, sur lequel quelques rares Soricidés et un Hérisson [E. albiventris) auraient les premiers tenté des incursions.