‹ ude sur les mammifs du Congo fransChapitre 138 sur 153 · RONGEURS · texte numérisé non relu

RONGEURS

Deux familles, celle des Anomalures et celle des Écureuils, en d'autres termes les Sciuromorphes, contribuent principalement à caractériser la faune de l'Ouest africain tant par la variété des espèces que par le nombre des individus que l'on y rencontre. Le mode de vie essentiellement arboricole de ces animaux nous amène à conclure à la prédominance de l'élément forestier parmi les productions 'du sol de ces

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régions; et celle conclusion, comme nous le verrons plus loin, se trouve confirmée par les caraclères fauniques négatifs que nous fournissent d'autres familles de Rougeurs.

Au point de vue de la répartition des espèces appartenant aux deux familles précitées, la Guinée supérieure et le Congo français se relient l'un à l'autre par de nombreux points communs qui permettent de séparer nettement leur faune de celle de l'Afrique orientale, australe et sud-occideutale.

Ce n'est, en effet, que depuis peu de temps que l'on a signalé dans l'Est de l'Afrique des représentants du genre Anomalurus (1) ; le véritable berceau de cette famille se trouve le long des côtes delaOuinée etdu Congo, et leslypes les plus anciennement décrits sont, ou communs à ces deux régions, ou spéciaux à chacune d'elles. Parmi ces derniers, citons deux espèces rares, l'A. fulgens (Gr.), propre au Gabon, A. Poli (Tem.), localisé dans le pays des Aclianlis ; dans la seconde catégorie, nous trouvons l'A. Bcecrofù (Fras.), répandu depuis le Libéria jusqu'au Congo, aire de distribution qui coïncide exactement avec celle de A. Fraseri (\Vaterh.)et ses formes dérivées A. erythronotus (\A\.-Y.à\\.) et A. chrysophœnus (Dub.). Si, comme nous l'apprend M.Barboza du Bocage, les Anomalures sont arrêtés au Sud par le Congo, semblable barrière n'existe pas vers l'Est, où la continuité des forêts permet leur extension jusqu'à la région des Grands Lacs. 11 est à remarquer, en effet, que les deux espèces, que l'on rencontre, l'une dans l'Afrique centrale, A. pusillus (Thos.), l'autre dans l'Afrique orientale, A. orientalis (Pet.)(2), sont respectivement homologues et représentatives la première de l'A. Beecro/ii, la seconde de l'A. Fraseri, c'est-à-dire des deux types qui présentent dans l'Ouest la plus large dissémination; et, comme je le donnais à supposer au cours de cette étude, peut-être ne devra-t-on les con-

(1) Voir la carte n» H, vol. III, p. 338.

(2) Une autre espèce, A. cinereiis, provenant de la Roviima supérieure dans TEst africain, a été récemment décrite par M. 0. Thomas; elle se rattache au type A. Fraseri par Tintermédiaire de VA. orientalis dont elle ne diffère que par les teintes plus claires et grises de son pelage.

sidéror, après un contrôle plus approfondi, que comme variétés locales et géographiques de ces deux types primordiaux. Quoi qu'il en soit, il ressort de cet exposé que la répartition des Anomalures est essentiellement intcrtropicale et que leur aire d'habitat dessine une zone qui s'écarte à peine de 10° au Nord et de 15" au Sud de la ligne de l'Equateur.

Des 16 espèces africaines appartenant au genre Sciunis reconnues par M. Jentink, y compris le Xenis getiiiiis{Gessn.) des États Barbaresques, 9, dit cet auteur, sont spéciales à l'Ouest africain, 4 à l'Est et 2 sont communes à FEst et à l'Ouest. De ces deux dernières, le Se. rongicus (Kuhl.) ne saurait compter comme appartenant au véritable Ouest africain, car il ne dépasse pas le Congo au Nord. Des quatre espèces orientales, Se. paUialus (Pet.), Se. eepapi (A. Smith), Se. muiahïlh (Pet.), Sr. shirensis (Or.), les deux dernières ont été récemment identifiées par M. 0. Thomas (1). Si donc nous récapitulons de nouveau les Sciuridés africains, en exceptant le Xenis getulus., nous trouvons que, sur les 14 espjèces subsislanles, 9 sont caractéristiques de l'Ouest africain, 4 propres à l'Est et au Sud-Ouest et 1 est commune à l'Est et à l'Ouest (2). Cette énorme supériorité numérique des espèces de l'Afrique occidentale sur celles des autres régions est remarquable, car elle est hors de proportion avec l'étendue des aires d'habitat respectives, et pour ainsi dire en raison inverse de leur superficie ; et, lorsque nous aurons à passer en revue les Piuminants, nous verrons qu'il en est absolument de même pour les espèces éminemment forestières de la famille des Côphalophes.

L'espèce commune ù l'Ouest et l'Est est le Se. annulalm (Desm.) dont M. Jenlink a signalé la large dispersion en même temps que les variations du pelage ; mais il faut peut-être lui adjoindre le Se. rufobraclnalus (Wat.) signalé par Emin- Pacha dans le Monbuttu et depuis par l'explorateur Jack-

(1) 0. Thomas, Proc. 7.ool. Soc. London, p. o49. 1892.

(2) Voir la carte n° 12, vol. III, p. 364.

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son (1) au Monl Elgon, nii Nord-Esl du lac Vicloria-Nyanza. Restent 8 espèces occidentales; les unes largement distribuées sur tout le versant Ouest de l'Afrique au Nord du Congo, depuis le Monbuitu jusqu'à l'Atlantique, d'autres parquées dans le voisinage du littoral. Parmi ces dernières, citons le Se. Aubinni (Gr.) spécial à la (îuinée supérieure, puis le aSc. leimiiscatus (Lee.) qu'on ne trouve qu'entre le Congo et le Niger, par conséquent caractéristique de notre faune congolaise, et en dernier lieu une espèce naine, d'une rareté extrême, localisée au Gabon, le Se. minntus (Du Chaill.), que nos explorateurs n'ont mallieureusement jamais eu la chance de rencontrer. Puis viennent finalement les 5 espèces communes h la Guinée supérieure et au Congo; ce sont : Se. Stangeri (Wat.j. Se. ebii (Tem.), Se. punclatiis (Tem.), Se. poensis (A. Sm.) et Se. pyrrhopus (F. Cuv.), cette dernière comprenant quatre variétés dont deux Se. pyrrhopus typicus et Se. pyrrhopus anerythrus (Thos.), sont spéciales au Congo français et caractérisent la première la zone côtière, la seconde l'iiinterland de nos possessions, tandis que les deux autres, Sr. pyrrliopus erythrogenys (Fras.) et Se. pyrrhopus leueostigma (Tem.), sont reléguées soit à Fernando-Po, soit dans la Guinée supérieure.

Pour compléter cet aperçu de la réparti! ion des Ecureuils, il me reste à signaler le Se. Boehmi (Reichenow.) du Marungu, qui, par sa présence dans ce district de l'Afrique centrale, relève de la faune do l'Ouest africain et vieut encore grossir le nombre des espèces propres à cette grande région.

Je n'ai pas à insister ici de nouveau sur la répartition géographique des Écureuils fossoyeurs (2) , je rappellerai seulement que le X. orythropus (E. Geoff.) est l'unique espèce propre à tout l'Ouest africain; et, pour plus de détails, je renverrai au chapitre qui traite de ses relations avec les autres types de l'Est et du Sud.

Si des Sciuromorphes nous passons aux Myomorphes,

(1)0. Thomas, P. Z. S. London, p. 183, 1891. (2) Voir la carte n° U, vol. III, p. 338.

ÉTUDE SUR LES MAMMIFÈRES DU COiNGO FRANÇAIS. 119

nous trouvons que cinq des familles de celle tribu comptent des représentants en Afrique ; ce sont les Myoxklés^ Murïdés^ Lophijoini/idés^ Spalacidés et D'tpodidés.

Dans la famille des Myo.jjïdés, le sous-genre Eliomys ne nous a oITert à considérer que le M. EUomijs murinus largement disséminé sur toute la région zoologique éthiopienne. Quant au second sous-genre africain Graphhirus, sans prétendre en aucune façon mettre en doule la présence de l'espèce G. Hueti (Roclibr.) dans nos colonies du Sénégal et de la Gambie, des recherches récenles me perlent à admetlre également son existence au Gabon. Telle est, du moins, l'indication d'habitat d'un spécimen monté faisant partie des collections du Musée des Colonies, provenant très probablement du voyage d'Aubry-Lecomte, et le même qui a servi de type pour la description et la planche de M. T. de Rochebrune (1). Les mesures prises sur ce spécimen sont les suivantes :

Longueur de ]a tète et du corps 16?) mm.

— de la queue 125 —

Ces dimensions sont exactement celles que M. Jentink assigne à son espèce G. Nagtglasi (2) ; comme d'autre part, je n'ai constaté pour les teintes du pelage aucune ditVérence appréciable entre les deux espèces, il y a lieu de les considérer comme identiques.

Les Loplifionifj'idés^ Spalacidés^ Dipodidés, sont complètement exclus, non seulement du Congo, mais aussi de la Guinée supérieure et par conséquent de tout l'Ouest africain. Leur absence caractérise donc négativement, mais très nettement, la faune de cette région zoologique et nous montre l'influence que la nature du sol et de ses productions exerce sur le mode de répartition géographique des animaux. Les mœurs du singulier Lophyowijs Imhaim[k. M.-

(i) De Rochebrune, Faun. Sénér/ambie {Act. Soc. linn. Bordeaux, 4'= sér., t. Vir, p. 110, pi. VI, fig. 1, 1883).

(2) Jentink, Zooloy. Rcs. Libéria {Not. f. Leyden Mus., p. 39, vol. X, li

C DE POU^AUCillF.*!».

ImUv.) cantonné dans rcxlrème Nord-Esl nous sonl il est vrai peu connues, mais nous savons ([un les Gerboises afîeclionnent les steppes arides et les déserls sablonneux ; aussi voyons-nous, dans l'Afrique australe, les Pedelcs fréquenter les abords des terres désolées de Damara, d'Ovambo

et de Kalabari ; d'autre pari, les diverses espèces des genres Dipus et Alaclaga foisonner dans le Nord de l'Afrique, le long de la bordure septentrionale du Sabara, en Tripolitaine, en Basse-Egypte, passer dans l'Arabie, la Perse et la Mésopotamie et de là par les steppes du Turkestan et de la Trans-

ÉTUDID sua LES MAMMIFÈRES DU CONGO FHANÇAIS. 121

caspic gagner les déserls de la Chine el de la Mongolie, alors qu'aucune espèce ne se rencontre au Sud du Sahara. Do leur côté, les Spaldcidés ou Rats-Taupes (carte n° 21) préfèrent, pour creuser leurs longues galeries souterraines, soit les terrains sablonneux; du littoral Sud, BalJujerfjns rnaritimus

ce

AFRIQUE OUEST

AlKlnUE EST

AERIOUE SUD

es

l\. R. splendcns.

(Rupp.)

Il' /{. annectens.

(Thos.)

r. R. macrocephulus.

(Hdpp.)

\.\n. fjlaher. (Rûpp.)

B. B. rnaritimus.

(Gm.)

ca

H. H. ar(jenteo-i:lne-

reus. (Pet.)

A. 1 G. alhifrons. (Gr.)

G. 1 G. capensiii (Pall.)

G. 1 G. cœculiem.

(Brants.)

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