‹ Ulrich Zwingli, le réformateur suisseChapitre 4 sur 7 · L'ANNÉE · texte numérisé non relu

L'ANNÉE

d’une dispute religieuse. À cette assemblée, composée d’ecclésiastiques, de la délégation épiscopale et des représentants de l'Etat zuricois, en face de la Bible ouverte sur laquelle il déclarait exclusivement s’appuver, Zwingli présenta ses Soixante-sept thèses. Faber eut beau ne vouloir s’en tenir qu’à un concile ou à la décision d’une université célèbre, et rééditer ses déclarations sur l’autorité pontificale, le célibat des prêtres, la messe et les cérémonies romaines, Zwingli en triompha par le bon sens et l'Ecriture.

L’issue de cette première dispute fut heureuse pour la cause évangélique. L’Ecriture sainte fut reconnue et recommandée par les deux conseils comme seule autorité en matière de foi. De là date au fond le commencement de la réformation en Suisse. Zwingli se hâta de consolider ce résultat par son excellente Explication des thèses (14 juillet 1593).

Quant aux pratiques extérieures, il évita la précipitation ; il laissait sagement agir le temps et la parole divine dans les cœurs. En face des impatients et de leurs excès, il fallut cependant une seconde dispute, le 26 octobre, pour éclaircir la question des images et de la messe. Sur l’avis du réformateur, on n’abusa point de ce nouveau triomphe et l’on patienta encore pour l’abolition de la messe. Le conseil décida qu’en attendant une résolution définitive on devait au moins fermer les autels, cesser de porter les images en procession, enterrer les

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reliques, distribuer aux pauvres, en valeur d’argent, les ornements des églises.

A la suite de la conférence de janvier 1524, la réforme fut définitivement constituée à Zurich. Les couvents furent supprimés et leurs revenus appliqués à des établissements de charité pour les pauvres, les malades, les orphelins, les vieillards infirmes et surtout à des écoles populaires et supérieures. La longue attente de Zwingli ne fut point déçue. Sous son inspiration, la plus tenace des superstitions romaines, la messe elle-même, à Pâques 1525, fit place à la sainte cène selon l'institution de Jésus-Christ.

La suppression de la messe à Zurich déchaina contre Zwingli la fureur des cantons catholiques. Lorsqu'ils virent le mouvement réformateur se répandre et s’affermir, ils jugèrent qu’un essai de transaction serait peut-être nécessaire. La diète de Lucerne, en 1525, proposa des semblants de réformes, qui parurent aux uns excessives et aux autres insignifiantes ; les délibérations à ce sujet n'eurent d'autre résultat que de mettre au grand jour les divisions religieuses qui existaient en Suisse. Le docteur Jean Eck offrit alors ses services aux partisans de Rome. Reconnaissant l’avantage que les réformés avaient obtenu jusqu’à présent dans les disputes publiques qu’ils engageaient, il proposa au catholicisme suisse de les défier à son tour dans une conférence où il se flattait de remporter le même succès qu’à Leipzig sur les luthé-

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riens, Il viendrait facilement à bout, disait-il, de ces novateurs, et dès lors rien ne serait plus aisé à la diète que de remettre les réformés sous l’obéissance de l'Eglise. On le crut. Il fut décidé qu’une dispute publique s’ouvrirait à Baden le 16 mai 1526. Comme Zwingli se préparait à s'y rendre, les magistrats de Zurich apprirent qu’on en voulait à sa vie, et ils le retinrent par un ordre exprès. Bien qu’absent, il put néanmoins se tenir au courant des débats pendant toute la durée de la conférence. Thomas Platter raconte dans son autobiographie que, sous divers déguisements, il apportait chaque jour à Zwingli la correspondance d’'Œcolampade, le principal défenseur de la cause évangélique à la conférence. La science persuasive du réformateur bâlois, dont le courage était continuellement ranimé par les lettres de Zwingli, n’avait rien de la pétulance souvent grossière de son antagoniste. Ce dernier n’eut pas lieu de triompher de labsence de Zwingli, et la dispute tourna plutôt à l'avantage des zwingliens.

Parmi leurs nouvelles conquêtes à ce moment, notons surtout le canton de Berne. Grâce à l’influence du pasteur zuricois, la bourgeoisie bernoise ayant pris le dessus, le conseil annonça pour le 6 janvier 1598, à Berne, une dispute publique et solennelle où il convoqua tout le clergé de la Suisse et même de quelques villes d'Allemagne. Avec Zwingli, Haller, Œcolampade, Farel, et vu l’abstention ou l'insuffisance des papistes, les réformés

étaient vainqueurs et leurs idées ne pouvaient manquer de rencontrer toujours plus d’adhérents à Saint-Gall, à Bâle, à Schaffouse, à Glaris, dans les Grisons et quelques-uns des bailliages.

En présence de ses insuccès par la voie des conférences comme par celle des négociations, il ne restait plus au parti catholique qu’à tenter la voie des armes. Dans les deux camps on recourut à des alliances et l’on se prépara à la guerre.

Cette rencontre était inévitable. Des deux côtés les hostilités étaient fréquentes dans les bailliages mixtes. Les Unterwaldiens étant entrés à main armée dans les baïlliages libres, les Zuricois déclarèrent la guerre aux cinq cantons primitifs ; Zwingli lui-même y encourageait. Dans la situation tendue où était la Suisse, il croyait l’autorité fédérale impuissante à ramener la paix; il voyait de plus une extrême injustice à ce que les cantons de beaucoup les moins considérables en population eussent la prépondérance dans la diète où l’on votait par Etats. D’autre part, comme les cantons protestants, exaspérés par les violences des catholiques, penchaient pour le blocus alimentaire, Zwingli, plutôt que d’affamer des confédérés, préférait qu’on en vint à un engagement décisif, après lequel la paix serait rétablie et l’hégémonie acquise au parti protestant. |

Plusieurs des cantons réformés, Berne entre autres, étaient hésitants. Une armée zuricoise s’approchait des frontières de Zoug, et déjà les deux

troupes ennemies étaient en présence, lorsque le vénérable Aebli, landamman de Glaris, parvint à arrêter cette lutte fratricide et à faire conclure un accord (juin 1529), que Zwingli lui reprocha vivement. Seul triste, et les regards fixés vers l’avenir, Zwingli déposa ses pressentiments dans un chant célèbre, dont la musique a souvent retenti dans nos montagnes et dont un de nos historiens a ainsi rendu la mâle poésie :

O Seigneur, de ton char prends toi-même les rênes! Sans ta main il se brise, et nos courses sont vaines. Vois et regarde où nous ont mis

Les ruses de nos ennemis!

O bien-aimé Pasteur qui rachetas nos vies,

Réveille par ta voix tes brebis endormies, Accours, et de tes bras puissants Enchaîne ces loups dévorants.

Du milieu de nos monts bannis toute amertume; Que l'esprit des vieux temps parmi nous se rallume, Et que notre fidélité Célèbre à jamais ta bonté.

Fidèle, le réformateur zuricois le fut jusqu’au bout, jusque dans ses déceptions, jusque dans ses angoisses des derniers mois, jusqu’à son retour au néfaste champ de Cappel où, avec tant d’illustres compatriotes, il tomba en vaillant soldat du Christ, armé selon la coutume des aumôniers de la confédération, mais revêtu par-dessus tout de l’armure du chrétien et ne se servant que de ses armes spi-

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rituelles qui s'appellent la foi, l'espérance et la charité.

Au lieu même où il expira, s'élève (depuis 1837) un bloc de granit brut avec cette inscription en allemand et en latin :

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