ROUES
L'homme, créé primitivement à l’image de Dieu, est tombé dans le péché depuis la chute d'Adam ; le péché est une maladie mortelle qui a pénétré l'humanité tout entière. L’homme, sous le poids de la chair, pèche constamment contre la loi de Dieu, qui est la loi de l'esprit. Dieu ne veut que le bien. Seuls nous sommes responsables du mal qui est dans le monde et incapables, seuls, de nous relever de ce misérable état. Aussi Dieu nous a-t-1l envoyé son Fils unique pour nous révéler sa justice et son amour, pour opérer notre rédemption, pour créer en nous une vie nouvelle. Par sa mort : expiatoire, Jésus-Christ nous a réconciliés avec le Père céleste et a satisfait à la sainteté de Dieu. Nulle créature n'aurait pu consommer l’œuvre de notre salut; c’est pourquoi, reconnaissants d’un bienfait si inestimable, nous devons entièrement nous consacrer à Dieu et marcher sur les traces de notre divin Maitre et Sauveur Jésus- Christ.
Jésus-Christ est pleinement suffisant comme docteur, médiateur, libérateur, consolateur, seigneur. Le sacrifice parfait de sa personne innocente rend inutiles et les sacrifices anciens qui présageaient la victime définitive et la messe qui prétend en être l’incessante répétition. Par sa carrière et par sa mort rédemptrice, le Christ nous attire complètement à Dieu et nous réconcilie éternellement avec lui. Il dépend de nous de demeurer en Christ et par lui en Dieu; de lui être attachés en
RS toute confiance par la foi et en toute vérité par une conduite de plus en plus sanctifiée.
À quoi bon, dès lors, les cérémonies et l’enseignement traditionnel du catholicisme? L’Ecriture sainte, lue en prière, nous offre à tous les clartés nécessaires à notre salut et à l’accomplissement de nos devoirs journaliers, l’Ecriture sainte et toute l’Ecriture sainte, dont la croix du Calvaire reste le point culminant et le but essentiel.
Est-ce à dire que Zwingli méprisât ou abandonnât aucune institution conforme à la Bible divinement inspirée ? Au contraire. Seulement, en eux-mêmes et par eux-mêmes, les sacrements n’ont de valeur que dans la mesure où ils amènent à la rédemption, à la sanctification, dans une union vivante avec Jésus. Le sacrement, pour Zwingli, est un signe symbolique, qui initie, comme le baptême, au christianisme, ou qui manifeste, comme la sainte cène, la foi du croyant et sert, pour ainsi parler, de sceau à la certitude que tout chrétien a de la miséricorde divine. La cène, à ses yeux, est le repas sacré commémorant la mort expiatoire du Messie et symbolisant notre profession de foi chrétienne. Cette opinion, le réformateur suisse la soutenait déjà vers 1525 dans son Commentaire sur la vraie et la fausse religion. Il l’affirma principalement en présence de Luther au colloque de Marbourg (octobre 4529). Son argumentation, qui s’appuyait surtout sur le VIe chapitre de l’Evangile selon saint Jean, insistait sur le sens figuré des paroles par lesquel-
les le Seigneur institua plus tard la sainte cène (Luc XXII, 14-20 ; 4 Cor. XI, 23-26), en disant : «Ceci est mon corps, » pour: ceci représente, signifie mon corps, «livré pour vous; » «cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang, » pour : cette coupe représente, signifie la nouvelle alliance en mon sang «versé pour vous. Faites ceci en mémoire de moi.» Le signe matériel certes est inférieur à la chose signifiée ; mais par le symbole nous remontons directement au don de Dieu, nous lui rendons grâces (eucharistie) pour notre salut opéré en Jésus-Christ et nous prenons l’engagement solennel d'aimer nos frères et de vivre avec eux dans la communion intime des mêmes croyances, étant les uns et les autres membres du même corps, qui est Christ.
Zwingli n’oubliait point que la vérité chrétienne a pour elle cette immortelle alliée: l’âme humaine, altérée du Dieu vivant. Dans sa philosophie idéaliste, il professait un déterminisme optimiste, qui a une pleine confiance dans la victoire finale de l'esprit sur la chair, de l'infini sur le fini, de la grâce sur le péché, de la lumière sur les ténèbres. La doctrine de la providence, à cause de cela, était son dogme de prédilection, celui qu’il aimait à approfondir, pour y sonder le mystère de l'élection divine et de la prédestination qu’il considérait comme la base de la rédemption. À son retour de Marbourg, il dédia à Philippe de Hesse son important ouvrage De la Providence, dont la fin nous
RER semble admirablement résumer le caractère scripturaire et généreux de la théologie zwinglienne : « Dieu est le souverain bien, la toute-puissance, la vérité, la justice, la sainteté, l’amour parfait. Sa providence détermine tout avec une souveraineté absolue. Ce que nous attribuons au Père, au Fils et au Saint-Esprit se rapporte à la Divinité unique, indivisible. En effet, l’Ecriture sainte attribue au Père la toute-puissance, au Fils la grâce et la bonté, au Saint-Esprit la vérité. L’Etre souverain et éternel est donc, par sa nature même, tout-puissant, absolument bon, parfaitement vrai. «Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur et de toutes tes forces ; » c’est là une loi qui, pour l'esprit humain, surpasse toute science ; c’est la bonne nouvelle du salut de l'humanité. Celui qui veut être aimé nous a aimés le premier. S'il ne nous aimait pas, pourquoi se serait-il révélé à nous”? C’est Lui qui a créé, qui conserve, qui anime tous les êtres. Il aime toutes ses créatures en Père ; nous devons lPaimer à notre tour, comme notre Créateur et comme notre Père. Nous sommes soumis à sa loi ; lui-même est au-dessus de toutes les lois: il est la liberté souveraine. Qui, en effet, imposerait des lois au Tout-Puissant, et qui enseignerait Celui qui est la lumière éternelle ? Ceux qui connaissent Dieu savent que leur vie doit être réglée selon sa volonté ; ceux qui ont la foi savent qu’ils sont élus par Dieu, qu'ils ont à s’abstenir de tout ce qui est contraire à la loi divine. C’est pourquoi toutes cho-
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ses concourent au bien des élus ; tout ce qui les concerne arrive selon la providence de Dieu; rien n’est petit ou indifférent aux yeux de Dieu: le hasard est un motimpie. Bref, avoir une foi inébranlable en la Providence, c’est pour les adorateurs de Dieu la meilleure arme contre les accidents terrestres. Le croyant s’élève au-dessus du monde avec grandeur d'âme; il méprise tout ce qui est au-dessous de lui. Car, sachant que la Providence règle tout, il dira: Les dispensations divines sont toutes pour mon bien; il faut que je surmonte toutes les difficultés d’ici-bas avec patience; je suis un instrument de Dieu ; il veut que j’emploie utilement ma vie et que je ne la dissipe pas dans la paresse. Heureux celui que Dieu appelle son collaborateur! Celui-là sera prêt à sacrifier cette vie caduque et misérable pour la gloire de Dieu et pour le bien de l'humanité.
« C’est là où nous conduit la foi en la providence divine. Dieu dira aux cœurs vaillants : Courage! rien ne vous survient par hasard; tout arrive infailhblement par ma volonté, dont le dessein est votre bien. Quand vous aurez courageusement supporté toutes vos épreuves, vous remporterez la plus belle victoire là-haut, dans la communion des bienheureux, où sont rassemblés les hommes justes, sages, pieux de tous les siècles ; où la timidité ne s'appelle pas courage; l'hypocrisie, piété; le bavardage, science ; la vaine subtilité, sagesse. Là-haut, on ne rencontrera que ceux qui ont recherché non les
scories, imnais la vertu solide et éprouvée. Ne nous reposons donc jamais; ne nous arrêtons pas en route ; notre pèlerinage d’ici-bas traverse des chemins glissants, mais, courage ! par la persévérance et par la foi en la divine providence, par le regard sans cesse attaché sur Jésus-Christ, notre guide céleste, nous arriverons infailliblement au but que Dieu nous a proposé dans son Evangile! »
Quelque développement qu’il apportât à sa conception théologique, Zwingli songeait constamment à son entourage immédiat ; 1l avait à cœur son œuvre de réformation en Suisse. Au lendemain du désastre de Marignan (1515), avaient paru ses deux poèmes allégoriques : le Labyrinthe, le Bœuf et quelques animaux. Le poète y révèle avec puissance la décadence sociale de l’'Helvétie, dont les meilleurs fils sont vendus comme un vil bétail. « Les hommes errent sans fil conducteur, .incapables de regagner la lumière. On ne trouve plus nulle part l’imitation de Jésus-Christ. Un peu de vaine gloire nous fait exposer notre vie, maltraiter notre prochain, nous lancer dans les rixes et les batailles : on dirait des furies échappées des gouffres de l’enfer. Le monde est rempli de tromperies et d'artifices. Loin d’être des chrétiens, nous sommes devenus païens; quelle honte! Le plus habile au meurtre et à la débauche est réputé un homme . courageux ; où voyez-vous la doctrine chrétienne ? »
Avec quelle énergie il recommande, ailleurs, de revenir aux occupations honnêtes et bienfaisantes !
Sort « L’égoïsme, s’écrie-t-1il, nous a conduits sur une tout autre voie que celle où marchaient nos aïeux. Eux, ils ont chassé une noblesse orgueilleuse, et, par de rudes fatigues, par de terribles combats, ils ont conquis la liberté. Nous, nous laissons s'élever parmi nous de nouveaux seigneurs, pires que les anciens. Ils jouent, boivent, se traînent dans le luxe et la luxure, et, corrompus, ils corrompent la nation tout entière. Personne ne veut plus gagner sa vie par le travail. Notre sol manque de bras, sol béni et bon pour ceux qui le cultivent. Sans doute ilne produit pas la soie, la vanille, la malvoisie, les épices, les oranges et autres régals de femmes; mais il donne le beurre, le lait, les chevaux, la laine des moutons, le chanvre, le lin et le blé en abondance. Il ne se refuse pas à nourrir une forte et vaillante population. Le labeur que vous dédaignez est une si belle et sainte chose ! Il éloigne l’orgueil et tous les vices, il rend le corps allègre et vigoureux, et, par un privilège admirable, il associe la créature à l’œuvre même du Créateur. »
Sous la plume de Zwingli perce cette continuelle préoccupation : le salut de la patrie. Ses nombreux ouvrages, sans en excepter le remarquable traité pédagogique qu’il rédigea pour son beau-fils Gerold Meyer, sont des écrits de circonstance qui ont pour but, la plupart, de fournir des éclaircissements à ses compatriotes. Les plus importants constituent quatre volumes in-foïio composés dans l’espace
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de douze années, de 1519 à sa mort ; ils attestent certainement sa puissance de travail, son érudition, mais aussi son patriotisme actif. Vous y rencontre, entre autres, ses explications bibliques de l'Ancien et du Nouveau Testament, présentées aux étudiants de l’académie organisée dès 1593 et dont Zwingli fut recteur à partir de 1525. Avec le concours de savants collègues (Céporin, Pellican, Collin, Amman, Binder), il enseignait à la jeunesse studieuse tout ce qui, dans les différents domaines de l’art, de la théologie, des sciences, de la politique et de l’industrie, peut former des citoyens utiles et pieux. Parmi ses leçons sur les principaux livres de la Bible, il faut signaler surtout ses études sur les prophètes Esaie et Jérémie, que notre réformateur traitait avec une prédilection marquée et où il puisait de hauts enseignements pour le service de Dieu dans son pays. En 1529, il eut la joie de présenter à sa digne compagne un exemplaire de la Bible zuricoise, en langue allemande, traduction à laquelle il avait travaillé avec Léon Jud pendant quatre ans et par laquelle il mettait la bonne nouvelle à la portée de tout son peuple.
Zwingli agissait plus encore par la parole, par ses entretiens réconfortants qu’il ne refusait à personne dans sa paroisse ou dans sa demeure hospitalière, comme par ses prédications publiques de la semaine et du dimanche. Les jours de marché, il prêchait de grand matin aux campagnards, ce qui augmenta sa popularité et contribua puissam-
ment au triomphe de la réforme dans le canton de Zurich et au delà. Il avait la claire conscience que, de la chaire d’où tombaient ses instructions mâles et lucides, il était entendu de toute la confédération. Du haut de sa tribune de la cathédrale, de même que dans l'intimité de ses conversations, il tendait essentiellement à amener à Christ les âmes réveillées et tourmentées. Cette parole du Maître : « Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous soulagerai » (Matthieu XI, 28), était devenue la devise favorite de son ministère. Voici comment, dans un de ses meilleurs sermons (Le Pasteur, 1524), il avait tracé les devoirs du pastorat : « Au lieu de prétendre forcer les hommes à croire, que le bon pasteur les éclaire ; qu’il leur présente le pur Evangile; qu’il ne leur enseigne rien qui ne soit conforme à l’Ecriture; qu’il les dirige avec douceur vers le bien, qu’il cherche à leur faire aimer tout ce qui est vrai, honnête et juste; qu'avant tout il s'applique lui-même à une conduite sans reproche, à la chasteté, à la tempérance, à l'humilité ; s’il a d’ailleurs de la prudence et de l'expérience ; s’il sait donner de bons conseils pour la vie commune; s’il est doux, sociable, non moins empressé pour les pauvres que pour les riches ; si, au-dessus de l’éloge et du blâme, l’accomplissement de ses devoirs est l’essentiel pour lui, dans la bonne comme dans la mauvaise fortune ; s’il ne se glorifie pas du bien qu’il peut faire, mais rapporte tout à la gloire de son Dieu; sl
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s’abstient de toute intrigue et de toute haine; si toujours il est charitable et affectueux : qu’il soit le bienvenu, l’homme de Dieu; c’est un pasteur selon l'Evangile. Ouvrez vos cœurs à ce médecin des âmes ; c'est un digne disciple de Jésus-Christ et des apôtres ; devenez semblables à lui! » Zwingli, en esquissant ce tableau du vrai pasteur, qu’on peut appliquer à lui-même, faisait la satire de maints prêtres d’alors qui, loin de remplir leurs obligations pastorales, passaient leur temps dans la paresse et la dissipation.
Le prédicateur éminemment populaire de Zurich s’adressait indistinctement à tout le monde et ne craignait pas, sur le terrain de l'Evangile, d’aborder toutes les questions vitales de l’Helvétie à cette époque.
Sans doute, il n’est pas facile à qui réprime des abus de se maintenir dans de justes limites. Certaines décisions de Zwingli en sont la preuve. Gardons-nous pourtant ici de trop nous poser en modernes sages et de juger nos réformateurs en dehors de leur siècle et de leur milieu. On a souvent reproché à la réforme zwinglienne de mépriser l’art et d'introduire un culte froid, sec, monotone, d’où le chant serait rigoureusement proscrit. Erreur! En supprimant momentanément le chant d'église, Zwingli, musicien dans l’âme et auteur de plusieurs hymnes sacrés, ne songeait nullement à bannir les cantiques chantés par la communauté chrétienne. Il s’opposait seulement à
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ces litanies monacales, mercenaires, qui n’ajoutent rien à l’édification. Une génération s'était à peine écoulée qu’à Zurich, comme dans les autres Eglises protestantes, les fidèles avaient et chantaient leurs psaumes et leurs cantiques.
De cette manière intervenait la participation individuelle, l’élément laïque. que Zwingli était loin d’exclure. En achevant l’organisation de l’Eglise zuricoise, ne la dotait-il pas d’un synode, qui se réunit pour la première fois le 21 avril 1598 et qui comprenait des laïques en même temps que les membres du clergé? Une de ses Thèses (la 8e) disait : « Tous ceux qui sont attachés au chef Jésus sont enfants de Dieu; ils forment la communion des saints. » Dans son Explication des thèses, il revendique hautement les droits de la conscience chrétienne éclairée par l’Ecriture sainte. C’est dans cet écrit que nous trouvons ses principes gouvernementaux. Zwingli rejette absolument le pouvoir clérical et affirme l’autorité du gouvernement civil, auquel tous les chrétiens ont à se soumettre et dont la règle doit être la Parole de Dieu. Il aboutit ainsi à une théocratie républicaine, dont on a critiqué l’opportunité d’après l’essence de l'Etat moderne, mais que Zwingli, ainsi que ses contemporains, envisageait comme une nécessité politique indiquée par les circonstances du moment.
La cause de la liberté chrétienne et celle de l'autorité civile lui étaient également chères. Un bon chrétien, déclarait-1l à propos des fanatiques
anabaptistes, « un bon chrétien est aussi un bon citoyen et un bon magistrat; et la meilleure cité, c’est une cité vraiment chrétienne. La vraie liberté ne consiste pas à pouvoir satisfaire sans obstacle à tous ses désirs et à toutes ses passions, ce qui serait une tyrannie pire que le despotisme d’un seul ou de plusieurs ; elle existe plutôt là où on laisse un libre cours à la vérité et à la justice, et où règne une égalité entière de droits et de devoirs. » En dernier lieu, Zwingli écrivait au roi de France : «Les Grecs reconnaissent trois sortes de gouvernements qui peuvent chacune dégénérer.
D'abord, la monarchie, le gouvernement d’un seul prince qui doit exercer son pouvoir dans la crainte de Dieu et de la justice. Le vice dans lequel ce gouvernement peut tomber est le despotisme, qui méprise toute crainte de Dieu et foule aux pieds toute équité, en faisant partout dominer le caprice et la force brutale. — Ensuite, l'aristocratie, le gouvernement des meilleurs, des hommes notables qui doivent avoir en vue le bien public, en gouvernant avec la crainte de Dieu et la justice. Ce gouvernement peut dégénérer en oligarchie, où quelques égoïstes, négligeant le bien public, ne recherchent que leur profit et exploitent tout le monde. — La troisième forme de gouvernement est la démocratie, où le pouvoir est aux mains du peuple entier, de la totalité des citoyens. Si chacun ne suit que ses propres intérêts et ses convoitises charnelles, en ne se souciant pas de
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l’ordre, de l’obéissance aux lois et de la prospérité publique, ce gouvernement dégénère en révoltes, en discussions et en anarchie, d’où sortent les conspirations, les meurtres et les crimes. — Nous admettons ces trois formes de gouvernement, en tant qu’elles sont bien exercées ; mais dès qu’elles dégénèrent en vices, nous les réprimons. Nous nous en tenons strictement à la parole du Seigneur : «Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce » qui est à Dieu. » Sans la piété, la justice, la crainte de Dieu, nul gouvernement ne peut être prospère. Nous devons prier Dieu de bénir le gouvernement civil et de faire régner partout la paix, l’ordre, la piété et la moralité. » [Inutile de souligner où était toute la sympathie de l’écrivain.
L’attitude et les idées gouvernementales de Zwingli n’ont pas manqué de critiques. Parce que le pasteur zuricois, dans sa vive sollicitude pour le relèvement national, matériel et spirituel, de son peuple, ne se contentait pas d’obtenir l'abolition des capitulations militaires ; parce que, en dehors du temple et de l’école, il s’intéressait aux améliorations générales en inspirant diverses lois sur le mariage, le prêt à intérêt, la police des mœurs ; parce qu’il prenait au sérieux le rôle moralisateur de l'Etat et l’étendait parfois au détriment de quelque liberté ; parce qu'il en était Venu à occuper une place importante aux côtés du magistrat et à soutenir de ses lumières le conseil secret (1529), dont il fut le membre influent quand il s’agit du
Aus pe triomphe de ses principes rénovateurs, on a prétendu qu'il confondait l'Eglise et l'Etat et que l’épée avait déchiré sa robe de ministre du Christ. Le fait est qu’il comprenait les périls d’une république sans Dieu ou n'ayant d'autre divinité que celle du Vatican.
En analysant pour la Revue politique et littéraire de décembre dernier la récente brochure de M. Scherer, M. le sénateur de Pressensé ajoutait : € Dans sa conclusion, M. Scherer a bien raison de dire que la démocratie vaudra ce que vaudront les peuples dont elle aura façonné les institutions et que c’est de leur valeur morale que dépend leur avenir. Cette valeur morale, nous ne pouvons, quant à nous, la séparer de leur foi religieuse. Si celle-ci s’éteint ; si lutilitarisme, qui est la morale du matérialisme, remplace la morale de l'obligation avec ses divines sanctions ; si la démocratie 5e fait athée et ne croit plus qu’à la force, alors tout est dit et tout est fini. Si nul souffle du ciel n’enfle plus les voiles du grand navire, il n’a plus qu’à pourrir dans la vase, tandis que, sur le pont, passagers et matelots s’entre-dévorent. » Malgré des divergences d'application, le vaillant initiateur de la réformation helvétique désirait prévenir au fond les mêmes dangers. Pour les conjurer, il ne lui suffisait pas d’une ligue de Combourgeoisie chrétienne entre confédérés protestants (1527) ou avec des coreligionnaires étrangers (1529), il visait à la régénération religieuse et morale de la Suisse entière.