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arrive de France avec les plus fortes préventions contre sa tante. Klle a entendu ses parents dans la prison du Temple parler sans ménagements de la comtesse de Provence; et avec ses idées arrêtées, avec son caractère entier, elle la considère comme une ennemie. La réconciliation s'opéra néanmoins. Les deux princesses finirent même par vivre auprès Tune de l'autre, mais ce ne sera pas l'affaire d'un jour. Il y a même des moments oii dans la vie commune, lorsque la duchesse d'Ang-oulème est préoccupée, elle se dit malade et refuse de recevoir sa tante.
Tant de malheurs s'étaient abattus sur la tête de Joséphine-Louise de Savoie qu'il ne lui reste plus rien des agréments extérieurs qu'elle avait pu avoir dans sa jeunesse. La princesse Dorothée de Courlande, de passage à Mittau, parle avec ironie de « son mantelet de taffetas noir et de ses cheveux gris coupés en hérisson ».
Une Anglaise plus indulgente reconnaît que « sa taille vague par devant et sa tournure légèrement dëjetée lui donnent l'air d'une véritable abbesse toute petite et vieillotte », mais elle s'extasie sur la grâce de son accueil et sur la beauté intelligente de ses yeux noirs.
C'est au château d'Hartwell, en Angleterre, que la comtesse de Provence s'éteignit en 1810,
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après une maladie dont au début la gravité avait échappé à son entourage. Après beaucoup de tribulations et de prérégrinations, Louis XVIII avait fini par se fixer définitivement sur la terre anglaise, où il trouvait un asile plus sûr et plus rapproché de France qu'ailleurs. Il y vivait dans une demeure vaste en elle-même, mais beaucoup trop étroite pour le nombre de personnes qu'il y recevait. Avec la sévère étiquette de la cour de France, il en conservait, autant que ses ressources le lui permettaient, le très nombreux personnel. Les officiers laïques et ecclésiastiques, les médecins, les dames d'honneur habitaient la même maison que les princes. Lorsque le roi invitait quelque visiteur à passer la nuit au château, il ne manquait pas de l'informer qu'on y serait bien mal logé. La vie s'y passait sans autres distractions que les visites des membres de la famille ou de l'aristocratie anglaise.
Le jeu, autrefois si en honneur à la cour de Versailles, occupe encore les soirées d'Hartwell, mais ce n'est plus le pharaon ou la banque avec les gros enjeux. Le roi se contente d'une simple partie de whist à prix réduits. La reine, qui était jadis une joueuse enragée, ne touche plus une carte. Le whist lui paraît trop savant ; peut-être aussi y renonce-t-elle parée qu'elle ne
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retrouverait plus dans un jeu si modeste les fortes ('^motions d'antan. Elle cause avec ses voisins ou elle travaille à un ouvrage de tapisserie. Elle termine ainsi sa vie, à peu près comme elle l'a commencée à la cour de Turin, sans beaucoup de plaisirs, dans un milieu formaliste, avec les exercices religieux comme occupation j)i'iricipale.
CHAPITUr. I\ Chateaubriand Ambassadeur à Londres ' .
La politique n'a pas grandi la ligure de Chateaubriand. L'histoire de son ambassade en Angleterre, que nous raconte pieusement M. le comte d'Antioche, ne vaut pas pour sa gloire une page des Jlarftyrs ou de V Itinéraire de Paris à Jérusalem. Mais des traits de caractère s'y révèlent, l'homme y apparaît plus complexe encore, plus difficile à déchiffrer que nous ne le supposions. On n'a pas tout dit lorsqu'on a parlé de son égoïsme. Assurément, il rapporte beaucoup de choses à lui-même, peu de politiques ont été plus infatués de leur personne. Soyons justes cependant, reconnaissons que sous cette écorce personnelle se découvrent souvent des sentiments très nobles, un désir très sincère de servir la royauté de la France. S'il est ambitieux, s'il aspire aux plus hautes fonctions de l'Etat, ce n'est pas uniquement pour sa propre satis-
l. Par le comte d'Antioche. 1 vol. in-S», librairie académique l»errin, Paris, 1912.
faction ; c'est parce qu'il est convaincu que rÉtat n'aura pas de serviteur plus dévoué et plus clairvoyant que lui. D'illustres exemples n'attestent-ils pas la valeur diplomatique des grands écrivains ? Pourquoi un Chateaubriand ne ferait-il pas au xix® siècle ce qu'ont fait autrefois un Dante, un Arioste, un Milton ? On aurait pu lui répondre que les exemples choisis étaient fort contestables ; mais emporté par son imagination, il n'y regardait pas de si près.
Il part donc pour l'Angleterre sans l'ombre d'une inquiétude, avec une confiance absolue dans le succès de son ambassade. Le jour même de son arrivée, avant d'avoir pris contact avec les ministres anglais, il écrit que son air assuré a produit la meilleure impression. Jl est certain qu'il bénéficie de la grande renommée de ses œuvres, que la haute société l'accueille comme elle n'aurait pas accueilli un ambassadeur obscur. Le roi en particuher lui témoigne les plus grands égards. Seulement, il y a une nuance entre les égards et les confidences. Si l'ambassadeur s'est flatté de lire dans le jeu du cabinet britannique et d'obtenir des résultats
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fjivoi'.'ibh's il son goiivcrnciiicnl, ii vsi obligé (l'on rabattre. Aucun sujet de dissentiment sérieux n'existe witre la cour de France et la cour (l'An^4(;terre. On saisit pourtant une diflerence, dans leur attitude respective. Sur aucun point essentiel la politique française ne se sépare des principes adoptés par les monarcbies européennes. Le roi Louis XVlll tient pardessus tout à rester d'accord dans les grandes lignes avec la Russie, avec l'Autriche, avec la Prusse. L'Angleterre tient au contraire à conserver une indépendance absolue. Elle ne rompra pas avec les puissances continentales, elle observera à leur égard toutes les formes ; mais elle ne se laissera pas entraîner par elles dans des combinaisons qui gêneraient sa liberté d'action. Deux questions préoccupaient alors les cabinets : le conflit survenu entre la Russie et la Turquie à propos des principautés danubiennes, et l'état lamentable de l'Espagne. La mission de Chateaubriand consiste à pénétrer sur ces deux points la secrète pensée du gouvernement anglais. Après des efforts souvent renouvelés, il est obligé de reconnaître qu'au bout d'un mois il n'est guère plus avancé que le premier jour. Il ne sait presque rien, on ne lui a presque ricui dit de positif ; d'une manière générale il
ne peut transmettre à son g^ouvernement que des conjectures. Il finit cependant par obtenir un aveu. Le marquis de Londonderry, ministre des Affaires étrang^ères du cabinet britannique, plein de bonne grâce en apparence, se livre le moins possible. On devine sa pensée plus qu'il ne l'exprime. Si la guerre éclate entre la Russie et la Turquie, les puissances continentales, y compris la France, paraissent décidées à retirer leurs ambassadeurs de Constantinople. Que fera l'Angleterre ? S'associera-t-elle à cette démarclie collective ? Londonderry, mis au pied du mur, refuse d'aller aussi loin. 11 fera déposer au Divan une protestation par l'ambassadeur d'Angleterre, mais il ne le retirera pas. Le commerce anglaisa trop d'intérêts dans le Levant pour qu'on risque une rupture avec la Turquie. En lisant entre les lignes, Chateaubriand croit s'apercevoir que si l'Angleterre avait à choisir, elle serait plus favorable à la Turquie qu'à la Russie. « Toute l'Angleterre est turque, par haine de la Russie », écrit-il quelque part. Elle nous en voudrait même si la politique française s'inféodait à la politique russe. L'influence dont les Anglais se défient le plus en Europe et en Orient est celle de l'empereur Alexandre. On dit que les deux souverains ne s'aiment pas : en tout cas ils ne font
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aucun rlloi'l pour se rapprocliei" politiquenriont.
Il fallut ccponriant reconnaitrt; que le goiiverneriKMif russe t'cai'lail le premier toute chance (le guerre en acceptant à Vienne la réunion dun congrès dont les décisions seraient souveraines. Ce fut pour Tambassadeur de France l'occasion d'un succès (jui le mit en bonne posture auprès de la société anglaise. La saison de Londres battait son plein. Chateaubriand allait ouvrir ses salons lorsqu'il apprit avant tout le monde la conclusion de la paix. 11 eut la bonne fortune de pouvoir l'annoncer le premier au roi d'Angleterre et au représentant de l'Autriche. Aucune nouvelle ne pouvait être plus agréable aux Anglais. Une grande nation commerçante, telle que la leur, est obligée de tenir compte avant tout des intérêts de son commerce. Elle a naturellement des antipathies et des méfiances. Si on la gêne dans le développement de ses affaires^ si l'on menace de tarir les sources de sa richesse, elle ira sans hésiter jusqu'à la guerre. Mais aucun pays n"a le tempérament plus pacifique, aucun n'a plus besoin du maintien de la paix.
L'ambassadeur de France ne se plaignait pas et n'avait pas à se plaindre des ministres anglais. Il aurait simplement voulu les trouver plus ouverts, plus communicatifs. Leur réserve gla-
çait sa nature expansive. Il aurait souhaité des échanges de sentiments amicaux, quelque chose de chaud et de vibrant dans leurs appréciations sur la France. Il n'obtenait que des relations oflicielles dans toute leur froideur, des paroles courtoises et des procédés corrects. Il en arrivait à cette conclusion philosophique qui est bien près de la vérité vl que personne ne peut reprocher k l'Angleterre. C'est que ce peuple, qui a un si grand souci de la dignité humaine, qui a introduit et qui conserve jalousement chez lui les mœurs de la hberté, qui a donné généreusement asile à tant d'infortunes, k tant de victimes des gouvernements absolus, ne sacrifiera cependant sur aucun point du monde ses intérêts politiques et commerciaux k aucune considération sentimentale.
(( La Grande-Bretagne, écrit mélancoliquement l'ambassadeur, n'entrera dans les intérêts généraux du continent qu'autant qu'ils se lient k ses intérêts particuliers... On ne peut exercer aucune influence sur la cour de Londres, le parti est pris, on ne vous écoute pas. » Il y alk chez lui une déception pleine d'amertume. Ce grand séducteur ne comprend pas que les interlocuteurs avec lesquels il traite si aimablement les affaires résistent k l'autorité de son nom, au charme de
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sa parole. Plus il se, met. en frais de ('oqiiellorie avec la société anglaise, jusqu'à s'imposer des «l('peiises exagérées j»our la bien i'ece\oir, [)lus il s'étonne (le liouver s<'S repi'ésenl.ints si Ternies <'t si (listants.
En ce qui concerne les choses d'Espagne, il n'est pas beaucoup plus écouté par le gouvernement anglais. Il s'agit d'abord de l'attitude que doivent adopter les puissances européennes à l'égard des colonies révoltées contre la métropole. Pas plus que les autres États monarchiqueS:, la France ne paraît disposée à les reconnaître. Tout ce qui a une couleur révolutionnaire est suspect aux monarchies du continent. Le marquis de Londonderry proteste, lui aussi, de ses sentiments conservateurs, de l'aversion que lui inspire l'esprit de la révolution. Mais il invoque comme toujours des nécessités commerciales dont il entend rester seul juge. Il n'ira pas au-devant des gouvernements révolutionnaires, il ne les reconnaîtra pas inutilement. Il peut arriver néanmoins qu'il ait la main forcée. Il ne croit pas devoir s'en excuser auprès de ses alliés. Il laisse entendre seulement qu'en pareil
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cas la politique anglaise s'inspirerait non d'une doctrine qui lui serait commune avec eux, mais des besoins du moment.
Même indépendance avec la cour d'Espagne elle-même. Le roi, menacé et assiégé dans son palais, fait appel pour se défendre aux puissances monarchiques. Le corps diplomatique lui prête son appui en rédigeant un manifeste qui rend les révolutionnaires responsables de la sûreté du souverain. Tous les ambassadeurs accrédités à Madrid ont signé. L'ambassadeur d'Angleterre reste seul à l'écart. Sa réserve est particulièrement blessante pour la France, parce que c'est notre représentant qui a été chargé par ses collègues de rédiger le manifeste. Cette considération n'exerce aucune influence sur la conduite du cabinet britannique. Loin d'avoir l'air de nous ménager, il tient au contraire à nous faire savoir qu'il ne verrait pas de bon œil notre intervention dans la péninsule. Depuis la guerre de l'Indépendance, oià F Angleterre a sauvé l'Espagne, elle considère celle-ci comme un fief qui lui appartient, dans lequel elle ne permet à personne, à nous moins qu'à d'autres, d'intervenir. La conclusion très nette que tire Chateaubriand de cet état d'esprit, c'est que nous n'avions rien à attendre en Espagne du cabinet britannique, que
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nous aurions loi'l de compter sur son conroui's, mais qu'il ne faul pas non [)lus nous efirayrr ilc ces dispositions inalveillantcs. Tout se passera on bouderies, en arcès de mauvaise humeur. La reconstitution lapide de notre armée, la renaissance de notre prosptTité et de nos forces inspirent aux Anglais une jalousie qui se traduit quelquefois par des paroles peu aimables. Mais si nous tenons bon, si nous ne nous laissons pas émouvoir ils n'iront pas jusqu'à la rupture, ils accepteront en rechignant le fait accompli.
Du reste, après s'être rendu compte des dispositions de l'Angleterre, l'ambassadeur conseille à son gouvernement d'adopter une politique aussi détachée, aussi indépendante que celle de nos voisins. Ils ne peuvent se lier les mains ni avec nous ni avec personne.
Faisons comme eux, consultons nos intérêts aussi librement qu'ils consultent les leurs.
Pourvu que nous restions d'accord avec nos alliés du continent, ne prenons pas un souci exagéré de ce que pensera ou de ce que fera l'Angleterre.
Chacun pour soi.
Elle nous laisse sensiblement en dehors de ses combinaisons, répondons-lui par notre indifférence.
C'était bien aussi la pensée du ministre des Affaires étrano^ères de France, Montmorency.
II écrivait à Cliatoaubriand qu'il serait fâché de n'avoir pas l'approbation du marquis de Londonderry, mais qu'après tout ilavait des éléments d'information qui manquaient au noble lord ou que celui-ci n'appréciait pas à leur véritable valeur.
La mort inattendue du chef du cabinet britannique coupait court à cet échange d'observations.
Peut-être est-ce Chateaubriand qui dans une dépêche adressée au vicomte de Montmorency a tracé le portrait le plus exact de l'homme d'État qui venait de disparaître.
(( Une volonté qui ne pliait et ne reculait jamais, un courage de grenadier, un profond dédain pour les doctrines du jour et un dédain encore plus profond pour ceux qui les professent le rendaient très propre au pouvoir. »
Il résumait avec la même netteté le programme de la politique anglaise, telle qu'elle devait survivre au marquis de Londonderry : oublier entièrement l'Italie, ne se mêler en rien des affaires d'Espagne, négocier pour celles d'Orient en maintenant la paix sans accroître l'influence de la Russie.
niiAi>:Ai'nHiANi) AMhASsAl)i:tii a i.ONlJiiks il;?
L'ambassadeur était alors absorbé par une idée fixe. La saison dr Londrcis lirait à sa (in, la société élégante et le inonde des ambassades quittaient la ville. Lui aussi, il aurait voulu prendre le cliemin de Paris, pour revoir ses belles amies, surtout pour obtenir d'être envoyé comme un des représentants de la France au congrès qui allait se réunir. Mais son ministre, qu'il accusait amèrement de mauvaise volonté à son égard, se dérobait, non sans quelque raison, en lui faisant observer que ce n'était pas le moment d'abandonner son poste avant que le successeur du marquis de Londonderry eût été désigné. Chateaubriand insiste et envoie M. de Marcellus pour plaider sa cause auprès du gouvernement français. Marcellus, ayant fait diligence et gagné la partie, revenait triomphant au bout de huit jours, réveillait son chef et lui annonçait la bonne nouvelle.
Le ministère s'était décidé à envoyer l'ambassadeur comme plénipotentiaire à Vérone. Dans sa joie Chateaubriand embrassait le messager; mais le lendemain il avait réfléchi, un sentiment vague le retenait et il ne voulait plus partir.
« Mon vrai penchant, disait-il^ n'est pas pour ce que j'avais obtenu. » Dans ce chef-d'œuvre d'infatuation et d'éloquence qui s'appelle les Mémoires (ï outre-tombe^ ces scènes contradictoires sont arrangées pour la plus grande gloire de l'auteur. On croirait à le lire qu'il a renoncé à toute prétention, qu'il ne demande plus rien à personne et qu'il a fait son deuil de ce qu'il désirait si ardemment. Il voudrait nous faire croire qu'après qu'il a renoncé à tout, c'est M. de Yillèle qui prend l'initiative de le nommer malgré lui et de lui forcer la main. M. le comte d'Antioche s'aperçoit bien de tout ce manège, mais l'admiration aveugle que lui inspire Chateaubriand l'empêche de nous le dénoncer. Pour mettre les choses au point il ferait bien de relire Sainte-Beuve. Il y trouverait un peu d'acidité, mais cette acidité même est plus près de la vérité qu'un optimisme trop complaisant. Il perdrait aussi sans aucun doute quelques-unes de ses illusions s'il prenait la peine de lire l>a Correspondance générale dont l'éditeur Champion vient de publier le premier volume. Le Chateaubriand qui écrit ces lettres n'est pas tout à fait le Chateaubriand de M. d'Antioche.
Pour conclure, l'heureux ambassadeur allait obtenir beaucoup plus qu'il ne demandait. Il ne
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s'agissait plus d'une simple mission clijilomatique. C'est au ministère des Affaires étrangères que le porl^aicnt les puissantes amitiés qu'il avait mises en mouvement. Un incident ayant obligé le vicomte de Montmorency à donner sa démission, le roi, instamment sollicité, désignait pour le remplacer Cliateaubriand. Celui-ci allait donc être en mesure de pratiquer à Tégard de l'Espagne la politique énergique qu'il n'avait cessé de recommander à son prédécesseur. Dans la question espagnole, Montmorency s'était prononcé pour une entente avec les puissances continentales, il avait accepté l'idée d'envoyer à Madrid une note qui serait présentée en commun par l'Autriche, la Russie, la Prusse et la France. Le conseil des ministres et le roi tenaient au contraire pour une action séparée. Ils estimaient que la situation géographique des deux pays, le voisinage des deux frontières et les- liens de famille des deux souverains créaient à la France une situation et des droits particuliers. Ce qui se passait en Espagne avait pour elle une tout autre importance que pour les autres États européens.
Le premier soin du nouveau ministre fut d'indiquer au cabinet britannique l'attitude qu'il entendait prendre. Montmorency aurait voulu
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qu'après avoir participé à la remise de la note commune le ministre plénipotentiaire de France se retirât de Madrid avec se.s collègues des autres légations. Louis XVIII, au contraire, réprouvait l'ide'e d'une rupture immédiate. Il était possible, après tout, que le roi d'Espagne eût besoin de notre appui et nous demandât notre concours. Nous lui donnions un moyen de défense en laissant auprès de sa personne un représentant accrédité de la France. Mais le maintien de nos relations diplomatiques avec l'Espagne était accompagné d'une note beaucoup plus menaçante que celle qui avait été rédigée en commun. La France y prenait nettement position contre les révolutionnaires et le comte de La Garde, notre ministre à Madrid, recevait Tordre de ne rien accepter qui parût une atteinte h la majesté royale. Surtout, disait Chateaubriïmd, interprète de la pensée royale, que les révolutionnaires ne s'imaginent pas que la France a l'intention de les ménager, parce qu'elle maintient son représentant en Espagne. Ce diplomate doit au contraire les informer que la patience du gouvernement français est à bout. Il ne désire assurément pas la guerre, mais si on l'y force il acceptera la bataille sans hésiter. Jusqu'ici Chateaubriand n'a eu que des
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conseils à donner. C'est la première fois qu'il parle en ministre, en directeur de la politi(jue française. H le fait très noblement. Ce terrible 7noi^ qui nous offusque si souvent dans ses dépôclies comme dans ses œuvres, disparaît ici pour faire place au double sentiment qu'inspirent la responsabilité du pouvoir et ce que Ton considère comme l'intérêt supérieur de la patrie. Si ce jour-là le ministre des Affaires étrangères s'est trompé, comme beaucoup le pensent, il s'est trompé du moins par les motifs les plus honorables.
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Correspondance générale de Chateaubriand '.
La plus grande partie de cette correspondance a déjà paru dans des publications diverses ; réunie cette fois en un seul ouvrage par ordre chronologique, elle compose la série de documents la plus complète pour l'étude de la vie et des pensées de Chateaubriand. Est-ce la conséquence d'une disposition générale de la race bretonne à la mélancolie? Est-ce le résultat d'une jeunesse durement traitée par l'autorité paternelle et tout de suite assombrie par l'exil? Au fond, le trait dominant du caractère de René est la tristesse. Il mêle presque toujours quelque chose d'amer et de désenchanté, même à l'éclat des plus grands succès littéraires ou à la joie des amours partagées. La correspondance que publie avec un soin pieux M. Louis Thomas, chez l'éditeur Champion, abonde en expressions mélancoliques. Nous n'en retiendrons cette fois que le premier volume, le plus significatif de tous à cet égard, parce que