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Un vol. \n-S°, t. I. Champion, Paris

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s'il correspond à des années singulièrement difficiles, il correspond aussi aux ressources que la jeunesse trouve en elle-même dans l'épanouissement de tout l'être, pour résister à la souffrance.

Dès la seconde lettre, écrite à vingt et un ans, adressée à un camarade, le mot de mélancolie est déjà écrit, comme étant une note commune aux deux amis. Il n'y a pas là ce que nous trouverons plus tard dans les Mémoires cloiitretomhe, des phrases arrangées pour la postérité, une attitude dans laquelle se drape l'auteur. Le charme de la partie inédite de cette correspondance, le grand service que 31. Louis Thomas rend aux lettres françaises en la publiant est de nous révéler un Chateaubriand plus intime, moins littéraire. En écrivant à ceux qu'il aime, sous l'impression du moment, il se montre à nous tel qu'il est en réalité dans la sincérité de sa nature, sans les ornements que le travail de l'écrivain — surtout d'un écrivain tel que lui — ajoute à la vérité les choses. Lorsque dans la première lettre adressée au meilleur des amis, à l'excellent Fontanes, il dit qu'il est triste, sans indiquer aucun motif de tristesse, il faut bien reconnaître qu'il

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cède îiii besoin do confossor iino disposition involontaire de soniinie. Disposition aggravée encore par les ('tudes auxquelles il se livre, parles méditations dans lesquelles il se plonge pour composer le Génie du christ 'ia7iisjnc. La religion clir»'*tienne promet de grandes joies à l'homme, mais elle ne les lui fait entrevoir que dans un monde meilleur. Elle nous montre plutôt la terre comme une vallée de larmes où nous passons en voyageurs pour ne nous reposer qu'au tombeau. Plus Chateaubriand travaille à se représenter l'existence des premiers chrétiens, les persécutions qu'ils ont subies, l'horreur que l'invasion des barbares a répandue sur le monde, plus il se nourrit de pensées douloureuses. La beauté tragique du sujet déteint sur une imagination déjà frappée par le côté sombre des choses.

L'écrivain découvre aussi le fond mélancolique de son àme lorsqu'en parlant des sauvages de l'Amérique au milieu desquels il a vécu, qui se reportent volontiers vers le passé, mais qui ne se préoccupent jamais de l'avenir, il termine par cette réflexion attristée : « Heureux le sauvage qui ne sait pas, comme nous, que la douleur est suivie de la douleur I Ne serait-ce pas folie, ajoute-t-il un peu plus loin, de donner beaucoup de soucis à Tavenir quand le présent suffit à

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toutes ' nos douleurs ? » Même au moment où il est le plus absorbé par la composition du Génie du christianisme et le plus satisfait du succès de son œuvre, la note découragée revient volontiers sous sa plume. Il ne pense plus qu'à planter ses choux, à végéter doucement dans une complète indifférence à l'égard des autres et de lui-même. On ne peut contester la sincérité de ses sentiments chrétiens quand on le voit si pénétré delà vanité des choses humaines : « A quoi bon s'agiter ? Dans cinquante ans qui est-ce qui pensera à nous ? Le mépris de la postérité pour nous n'aura d'égal que le néant dans lequel nous serons tombés. » On dirait qu'on entend résonner la cloche funèbre du chartreux ou du trappiste.

Et cependant, chez ce merveilleux arrangeur de pensées et de mots, au fond de cette nature vibrante, il reste une source si profonde de poésie naturelle, une telle richesse d'imagination qu'il répand autour de lui la vie, le mouvement, le bonheur. 1801. C'est peut-être le moment où il a le mieux connu la douceur de vivre, où il a été aussi heureux que le lui permettait sa tendance à l'amertume. Il travaille à une œuvre qui remuera le monde et qui renouvellera la société française, il a trouvé un asile champêtre où rien ne le distrait de son travail ; il y vit avec

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la femme la plus capable de le comprendre et de l'inspirer : la délicieuse Mme de Br'aumont. Leui' existence commune^ est pr(\s(jue un encliantemenl. Chaque jour, il lui lit (juelques paj^cs du (iénie du christianisme, et dans l'élan de son enthousiasme, elle lui nmvoie, sonore <'t plus retentissant encore, l'écho de sa propre pensée. A ces heures-là, sous l'impression d'un magnifique langage, on ne sait pas lequel des deux est le plus éiiiu. Pendant que Mme de lîeaumont fond en larmes, Chateaubriand, pris au piège de sa propre éloquence, se met à sangloter avec elle. Leurs cœurs déjà attendris par l'amour sont plus sensibles que s'ils étaient de sang-froid à la grandeur du sujet et à la poésie enivrante des paroles.

Quel dommage que l'imagination mobile de l'homme ne se contente pas d'un bonheur si délicat ! M. André Beaunier a raconté celte douloureuse histoire ^ : Pauline qui s'était donnée si simplement, avec tant d'abandon et pour toujours ; lui qui se reprend peu à peu, qui

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