I. ANAIUSE I)K Xi^lNni'llON
lait la faiblesse des soldats m<Mlif)cres en les faisafU encadrer [)ar les officiers et les soiis-ofliciers les plus vigoureux. En tète de clia<|ue (ile de vinp^t-cinq hommes marchait un chef de section (jui donnait l'exemple delà hravoure. A la ([ueue un serre-file marchait le dernier, avec droit de vie et de mort pour empêcher tout(î défaillance. Quatre files de sections, marchant à la même hauteur, formaient la loche ou compag-nie de cent hommes dont l'ensemble donnait l'impression d'une masse disciplinée et brave, en mesure d'affronter et d'emporter tous les obstacles.
Les discours que prononce Xénophon pour calmer ou pour exciter ses soldats sont des chefs-d'œuvre d'éloquence militaire. Il n'y apporte guère que des raisonnements avec une petite dose de pathétique. Les Grecs, subtils et madrés, ont besoin d'être convaincus par la raison avant de se laisser toucher par le sentiment. Dans ce langage grave et sévère, aucune trace d'emphase ou de déclamation. C'est simple, net et clair, entraînant par la rigueur de la démonstration et par le choix des arguments. Nous connaissons des orateurs qui aiment à étaler la richesse de leurs dossiers, qui ne nous font grâce d'aucune pièce ou d'aucun genre de preuves. Leur abondance même est
une cause de faiblesse. Il n'y a qu'un petit nombre d'arg-uments qui comptent. L'art consiste précisément à ne choisir que ceux-là et à écarter les autres. Le disciple de Socrate aurait été infidèle aux leçons de son maître s'il avait procédé autrement. Dans ce qu'il dit, rien d'inutile, rien qui ne contribue à l'effet oratoire de Tensemble.
Le caractère sain et fort de cette éloquence tient aussi en grande partie à ce qu'il n'y a rien d'artificiel ni de convenu dans la carrière de Xénophon. Aucun Grec de son temps n'est plus que lui fils de ses œuvres. Ce ne sont ni des traditions ni des convenances de famille qui font de lui un soldat. Ce sont les circonstances qui lui révèlent à lui-même sa véritable vocation. Il ne remplit aucune fonction, il n'a reçu aucun grade dans l'armée de Cyrus.
Son ami le stratège Proxène l'a simplement invité à faire partie de l'expédition. Il cède sans doute à la curiosité, au désir de voir des pays nouveaux, si commun chez les Grecs qui ont colonisé tant de territoires. On lui a promis qu'une fois l'expédition terminée, il rentrerait sans peine dans sa patrie. Il ne se doute pas de la lutte gigantesque qui se prépare entre Içs deux frères ennemis, il croit à une simple
l'anauask I)i: xi^:noi>ii(jn 0
campagne «le (jut'hjues mois contre les Pisidiens.
Les événern(»nts lui ouvrirent les yeux. Il vit avecépouvanlequelapelite armée des Grecs était cernée par un million de Barbares et que ceux-ci, après avoir demandé et obtenu une trêve, en violaient outrag"eusement les clauses en ég-orj^eant les stratèges qui s'étaient confiés à leur bonne foi. Une nuit, ne pouvant dormir sous le poids des inquiétudes qui l'accablaipnt, il alla réveiller quelques cbefs. 11 leur représenta dans les termes les plus énergiques l'horreur de la situation. Si eux-mêmes ne se frayaient pas résolument un ck^emin à travers l'armée des Perses ils seraient exterminés jusqu'au dernier. 11 leur conseillait de remplacer les stratèges égorgés, de prendre tout de suite le commandement des troupes et de montrer à celles-ci une attitude si déterminée qu'il ne restât plus chez les soldats aucune trace d'inquiétude. 11 leur soutint que pour chacun d'eux la meilleure chance de sauver sa vie était d'aller au-devant du danger. Il terminait par ces paroles lapidaires :
« Que celui d'entre vous qui désire voir sa famille se souvienne d'être un homme brave. C'est le seul moyen. Que celui qui aime la vie tâche de vaincre! Vainqueur, on tue; vaincu, on est tué. ))
A partir de ce jour-là, les Dix mille avaient trouvé le chef intrépide qui pouvait seul les ramener dans leur pays. Inconnu d'eux la veille, il est porté au commandement suprême par la presque unanimité des suffrages. En quelques heures il a transformé une foule découragée en une armée résolue à vaincre ou à mourir. Il obtient même, dès le premier moment, ce qui était plus difficile à obtenir que tout le reste, il obtient que les soldats renoncent à une partie essentielle de leur bien-être. Il fait brûler les voitures afin de pouvoir suivre au besoin des sentiers qui ne seraient accessibles qu'aux piétons, brûler aussi les tentes qui exigent un trop grand nombre de porteurs et diminuent par là même le chiffre des combattants. Par tous ces sacrifices, Xénophon a mis les Grecs en face de la réalité. Il leur a démontré qu'il ne leur restait plus qu'une chance de salut, la valeur individuelle de chacun et la discipline de tous.
Dans cette retraite les principes seuls sont rigides, les formations de combat se modifient suivant les accidents du terrain et les circon-