‹ Ultima verbaChapitre 22 sur 32 · I.AMArrlINK KT t. A Kf.ANDIlK i · texte numérisé non relu

I.AMArrlINK KT t. A Kf.ANDIlK i

(lu coininerci^ 1<; plus agrcablo, sans pn-tcnlion, sans pose, qui met tout !<' uionile à l'aise par la simplicité de ses manières.

Comment cessa l'étroite union des électeurs et de l'élu ? Les circonstances en furent la cause bien plus que la volonté du poète. Très fiers de lui, ses compatriotes de Sa6ne-et-Loire, dont il essayait cependant de modérer les élans, l'avaient nommé une première fois leur représentant ; il crut les avoir découragés en déclinant, pour demeurer député du Nord, le mandat qu'ils lui offraient. Mais lorsqu'ils revinrent à la charge, lorsque deux circonscriptions du Maçonnais l'élurent le môme jour, il se trouva dans un grand embarras. 11 n'habitait pas la Flandre, dont le climat ne convenait guère à sa santé, tandis que Milly était la terre natale. Les souvenirs de famille auxquels il restait si attaché l'emportèrent sur la reconnaissance qu'il devait aux Flamands.

Malgré l'enthousiasme qu'il avait inspiré aux gens de Dunkerque et de Bergues, il ne fut que momentanément l'homme de la Flandre, dont il ne parle jamais dans ses vers. La vieille légende avait raison. La députation du Nord ne fut qu'un incident dans la vie si pleine de Lamartine, incident qui nous a valu le livre

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aimable et instructif de M. Henry Cochin, mais dont le caractère est essentiellement passager. Par les attaches de toute sa vie, par son culte pour le passé des siens, par mille détails épars dans ses œuvres, le poète demeure bien l'homme du terroir, l'homme de Milly et de Saint-Point.

CIJAPITUK Xlll

Journal du Comte Rodolphe Apponyi'.

Le comte Rodolphe Apponyi de l'illustre famille de ce nom, dont M. Ernest Daudet publie le Journal, était secrétaire de l'ambassade d'Autriche à Paris pendant les dernières années de la Restauration. Accueilli partout à bras ouverts, reçu dans les maisons les plus élégantes, il note jour par jour ses impressions. Nous connaissons par lui les salons oij l'on reçoit etoii l'on danse. Valseur intrépide, conducteur de cotillons, il lui arrive constamment de rest,er au bal jusqu'au jour. Ses récits sont en général des récits purement mondains. Quelquefois cependant il rencontre sur sa route ou une anecdote savoureuse ou un portrait piquant.

11 porte, par exemple, les derniers coups à une renommée depuis longtemps bien atteinte, mais qui, cette fois, succombe sous le ridicule, celle de

1. Publié par Ernest Daudet, 1 vol. in-8°, Paris. Pion, 1913.

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Mme de Genlis. Cette ancienne gouvernante des enfants du duc d'Orléans est déjà octogénaire lorsqu'il se présente chez elle. Son grand âge ne lui enlève aucune de ses prétentions. Elle admire tout ce qu'elle fait, ses dessins, ses peintures et surtout ses écrits. Elle en parle comme si elle était un des plus grands écrivains du siècle. Une partie de la société française l'entretient dans cette illusion par les égards extraordinaires qu'on lui témoigne. Lorsqu'elle entre dans un salon, tout le monde se lève, comme pour les princesses ou les ambassadrices. Chateaubriand lui parle de sa gloire et lui demande sa bénédiction. En revanche, le grand public ne lui témoigne que la plus froide ironie.

Chemin faisant, le comte Rodolphe Apponyi trace quelques portraits pris sur le vif, tantôt à l'emporte-pièce, tantôt bienveillants. Voici comment il juge quelques diplomates de son temps. Lorsque M. de Reyneval est nommé ambassadeur à Vienne, il dit de lui : « Le roi peut faire des comtes, des marquis et des ducs, mais pas d'anciens gentilshommes. Voilà ce que M. de Rayneval n'est pas ; avec cela il n'a pas

.lOl'HNAI. ni' COMI'K IU>nr)[J>|IK AI'POWI i:,'»

une bonne tournure, il a l'air diin paysan, ri avec tout l'esprit qu'il a, il ne fait pas de IViiis dans la société. S'il en fait, ses plaisanteries sont pres(jue toujours de mauvais goût; enfin il est laid à fiure peur. » Un autre ambassadeur, le duc de Laval, est encore moins bien traité. On l'envoie en Autricbe bien qu'il soit bègue, sourd, aveugle et disirait. Au contraire, Apponyi ne tarit pas en éloges sur le duc de Cbartres^ qu'il trouve plus aimable et plus intelligent que la plupart des jeunes gens de son temps.

Ayant connu deux des personnes qu'il met en scène et trouvant leurs portraits fort ressemblants, je suis disposé à croire qu'en général il voit juste, soit en bien, soit en mal. La première est cette lady EUenborougli qui a fini sa vie sous la tente d'un cbef arabe et dont About a raconté l'histoire. Outre une liaison affichée avec le prince de Schwarzenberg, elle avait eu quelques aventures galantes. A la voir et à l'entendre, personne ne s'en serait douté. Il était impossible d'avoir une tenue plus décente et plus réservée. Le moindre propos léger l'aurait fait rougir comme une jeune fille. La physionomie d'Alexandre de Humboldt n'est pas moins bien rendue. Avec sa science et son génie il ne s'en occupait pas moins des plus petits détails de la vie

parisienne. Il retenait et propageait volontiers jusqu'à Berlin tous les commérages qu'il avait entendus. Il m'en offrait la primeur chaque fois que j'allais le voir chez lui.

Les personnages en vue de la cour de Franco apparaissent dans le Journal avec leurs vrais caractères : la duchesse de Berry, celle veuve qu'on croit inconsolable, passionnée pour le plaisir, particulièrement pour la danse.

Talleyrand, toujours impassible au milieu des vicissitudes de sa fortune, conservant sa superbe indiffe'rence même lorsqu'il est frappé par Maubreuil.

Apponyi n'aime pas Gliateaubriand et se réjouit quelquefois de ses mésaventures, par exemple lorsqu'on 1830 on lui joue le tour de publier dans les journaux, comme inspiré par les circonstances du moment, un article de lui qui remontait à 1816 ou à 1817.

Le seul reproche sérieux qu'on puisse adresser à ce chroniqueur mondain, c'est d'accueillir sans discernement comme des choses vraies les cancans, même les plus invraisemblables, qui circulent dans la société parisienne. Rien de

.JOL'HNAI. DU COMTK UMOOFJMIK AI'I'ONYI ICI

|)lus suspecL (juo ce (jn'il raconte sur hi liaison (le lk)na()arte avec un M. de Juif^né à l'école île Hrienne et sur les ouvertures que Mme de Feurlieres aurait faites à la duchesse de Berry relativement au testament du prince de Conde', avant de s'adresser au duc d'Orléans.

Quoicju'il ne s'occupe pas beaucoup de la politique intérieure de la France, Apponyi entrevoit de loin à l'horizon les dangers qui menacent la monarchie. A partir du ministère Polignac, il est vaguement inquiet. Il remarque que beaucoup de monarchistes ne veulent pas aller jusque-là ; il entend même dire autour de lui qu'une famille qui a contre elle l'opinion tout entière du pays ne peut rester sur le trône. Il connaît les dessous de la congrégation et devine le mal qu'elle fait en poussant ses créatures dans tous les emplois publics, particulièrement dans l'armée. Il ne peut pas se dissimuler non plus que la grande popularité du duc d'Orléans rejette dans l'ombre la figure de Charles X. 11 n'est pas à Paris pendant les journées de Juillet, mais rien de ce qui se passe alors ne l'étonné ni ne le surprend. Il a prévu depuis longtemps la marche des événements.

CHAPITHK \IV Le Maréchal Oudinot'.

On a liien raison de dire que la realité est (juelquefois plus dramatique que la fiction la mieux imaginée. Aucun roman ne surpasse en intérêt et en péripéties émouvantes l'autobiog'raphie que la maréchale Oudinot a écrite pour répondre au désir de ses enfants.

Si nous voulons en comprendre les débuts, reportons-nous aux années les plus glorieuses de TEmpire, à l'époque oii les victoires de nos soldats excitaient en France un enthousiasme universel, où les noms des généraux qui les commandaient étaient dans toutes les bouches. Parmi ces noms il y en avait un que Mlle de Coucy, fille d'un capitaine au régiment dArtois, entendait souvent prononcer autour d'elle à

1. D'après les Souvenirs inédits de la maréchale. Paris, pion, 1912,

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Vitry-le-François et surtout à Bar-le-Duc où l'appelait fréquemment une alliance de famille, celui d'Oudinot, duc de Reggio.

Les habitants de Bar parlaient avec orgueil de leur illustre compatriote ; ils considéraient même sa gloire comme une propriété qui leur appartenait et dont ils faisaient volontiers les honneurs. Ils connaissaient tous la part que l'intrépide soldat avait prise à la bataille de Zurich, au siège de Gênes et aux rudes campagnes des bords du Rhin. Le commandement des grenadiers de la garde qu'en dernier lieu l'empereur avait confié à Oudinot augmentait encore son prestige. D'autre part, bien peu de généraux célèbres étaient restés autant que lui en contact permanent avec leurs compatriotes. Très fréquemment et très grièvement blessé, Oudinot avait été obligé de prendre souvent des congés, et ces congés il allait les passer régulièrement dans sa ville natale.

Mlle de Coucy était donc d'avance familiarisée avec ce nom glorieux. On ne vantait pas seulement la bravoure du maréchal. On exaltait ses qualités morales, sa générosité, sa délicatesse, sa bonté. On rappelait qu'ayant eu à se battre contre un corps d'émigrés, il avait volontaire-' fnent laissé échapper ses prisonniers pour ne pas

LL MAUÉCHAL OUDINOT iO!»

leslivicrau triljunalrévululiunnuire. Dans la viil<; même de Bar, il planait au-dessus des divisions politiques et méritait l'estime de tous les partis.

Rien d'étonnant à ce qu'une jeune fille, habituée àentendreceséioges, n'ait pas hésité lorsque le maréchal, devenu veuf, lui fit l'honneur de demander sa main. Au moment oii le maréchal fit cette demande, il venait de remplir en Hollande une mission pacifique que lui avait confiée l'empereur, et pendant le congrès d'Erfurth il avait commandé la place, à la grande satisfaction de Napoléon et de l'empereur de Russie.

11 ne dissimulait pas à sa fiancée qu'il avait de grands devoirs à remplir et qu'il ne songeait pas un instant à s'y soustraire. A peine marié, en effet, il reçut le commandement du 2^ corps dans la Grande Armée qui allait envahir la Russie. Il ne se séparait pas pour cela de la maréchale, il se rendait compte de son énergie et il avait résolu de l'emmener avec lui. Pour elle, tout s'effaçait devant la joie de ne pas le quitter, et la fatigue du parcours ne diminuait en rien son bonheur. Elle arriva ainsi à la frontière de la Russie pour reprendre seule le chemin de la Meuse. Des circonstances inattendues devaient la ramener par la même route. Dès

qu'elle apprit que son mari avait eu Tépaule fracassée par un biscaïen, elle se remit courageusement en voyage, ne voulant laisser à personne le devoir de le soigner. La voilà donc encore une fois sur le chemin de la Russie, se dirigeant vers Wilna où le maréchal a été transporte'.

Pendant ce temps, la retraite commençait et se transformait en désastre. En voyant autour d'elle le pays dévasté et en subissant les horreurs du froid, la maréchale se demandait comment elle pourrait ramener en France son mari, qui avait repris un instant son commandement et reçu dans le côté une nouvelle blessure. A partir de Wilna, rien de plus navrant que les étapes du retour avec vingt-huit degrés de froid, avec la difficulté de faire les pansements et l'impossibilité de réchauffer les voyageurs. Partout l'image de la désolation, les régiments en lambeaux, les misérables maisons du pays prises d'assaut et quelquefois un tel encombrement que les morts restent debout au milieu des vivants.

Sans le dévouement et les soins de sa femme,

Oudinot n'aurait pas résisté à tant do souflVarices. Chez lui le moral était plus malade encore (jur le corps. Habitué à la victoire, plein d'admiration pour le génie de Tempereur, il essayait dv se dissimuler l'étendue du désastre et il entendait avec une profonde indignation les murmures de ses compagnons d'armes. La maréchale faillit payer de sa vie cette eti'royable épreuve. Lorsqu'elle rentra en France avec son mari sauvé, elle était h bout de forces.

Les noms du mari et de la femme sont désormais inséparables. On ne peut parler de l'un sans parler de l'autre. Les habitants de la Meuse, également fiers de tous deux, les confondent dans un môme sentiment d'admiration.

CHAPITRK \\

Bismarck '.

11 y u deux hommes en Bismarck. D'un cùte, l'homme privé, tout à fait respectahle, bon époux, excellent père de famille, témoignant aux siens les sentiments les plus affectueux. De l'autre, le politique qui s'est fixé un but, qui le poursuit avec une ténacité implacable, que n'arrêteront sur la route si scrupules de conscience ni considérations dejustice et d'humanité. M. Welsching-er, qui veut être impartial, salue avec déférence le premier de ces deux hommes, mais il ne doit au second que la vérité et il la dit sans ménagements, avec son àme de patriote et ses douleurs d'Alsacien. Du reste, si une mémoire ne doit attendre des historiens aucune indulgence, c'est bien celle de l'homme qui a manifesté en toute circonstance son mépris de l'opinion. 11 ne peut pas être aujourd'hui jugé plus sévèrement, plus détesté qu'il ne l'a été de son vivant. 11 a connu les sentiments qu'il

1. Par M. Welschinger. 1 vol. in-S^, Paris, Félix Alcan, 1912.

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inspirait et il en a pris son parti avec le plus magnifique dédain.

Parlons donc de lui en toute liberté. Cette liberté n'aurait pas été pour lui déplaire. Le ressentiment que nous lui gardons du mal qu'il a fait à la France, il le considérait précisément comme un de ses titres de gloire. D'ailleurs, il faut bien reconnaître qu'il n'est pas le seul auquel nous devions en vouloir. A cliaque époque de son ascension correspond une faute de notre diplomatie. C'est ce qui rend cette bistoire si douloureuse pour nous. Dans trois circonstances décisives nous aurions pu gagner la partie et nous l'avons perdue par la faiblesse de notre politique extérieure.

La commission chargée de rechercher les origines diplomatiques de la guerre de 1870 les fait remonter justement à l'affaire des duchés danois. Voilà en effet le point de départ de la fortune de Bismarck et le commencement de nos déboires diplomatiques. Si l'on compare à distance la situation des deux adversaires qui vont se rencontrer pour la première fois depuis 1815 sur l'échiquier européen, il semble bien que

BISMAHCK ni

toutes It's cliances de succès soient en notre faveur. Nous bénéficions de la gloire acquise par nos soldats en Crimée et en Italie. Sous la garde d'une année plusieurs fois victorieuse le gouvernement de Napoléon'Ill paraît invincible. Kien ne peut se faire en Europe sans son assentiment.

C'est cependant en face de ce colosse que Bismarck engage la partie, après avoir fait passer dans l'âme du roi de Prusse la passion patriotique qui l'anime. 11 prononce à la Chambre des députés des paroles que tous les diplomates auraient dû méditer comme la révélation d'une politique nouvelle. « Ce n'est point par les discours parlementaires et par le vote des majorités que se résoudront les grandes questions actuelles, c'est par le fer et par le sang. » Cela voulait dire qu'enfin, après être restée depuis près de cinquante ans l'arme au bras, l'armée prussienne allait entrer en ligne. La campagne contre le petit Danemark n'avait rien de bien glorieux. Mais Bismarck y trouvait deux avantages : s'approprier les ambitions germaniques et bien établir aux yeux du monde que la France laisserait faire. Un seul geste de nous eût suffi pour l'arrêter. Il avait pris ses renseignements, il savait que nous ne le ferions pas. L'empereur Napoléon, tout occupé de faire

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accepter par rAutriche une convention conclue avec l'Italie, ne pouvait défendre en même temps aux deux extrémités de l'Europe son principe favori : le principe des nationalités. Il ne comprit pas d'ailleurs la gravité de la question. Il ne se rendit pas compte de l'importance du pas que Bismarck venait de faire en avant.

Chose particulière. Dans nos provinces de l'Est le sentiment national restait plus clairvoyant que notre diplomatie. Nous n'avions conservé des Russes et des Autrichiens aucun mauvais souvenir, mais nous ne pouvions oublier le mal que nous avaient fait les Prussiens, la dureté et l'insolence de leur occupation. Nous nous rappelhons avec quel acharnement les cavaliers de BlUcher avaient poursuivi après Waterloo les débris de l'armée française. Nous savions aussi que nous seuls Français, nous étions désignés à la jeunesse allemande comme l'ennemi héréditaire et que l'instituteur allemand tenait école de gallophobie. Si l'on nous avait demandé qui était à craindre en Europe, nous n'aurions songé ni à la Russie ni à rAutriche, nous n'aurions fait ni la guerre de Crimée ni la guerre d'Italie, nous nous serions réservés pour la Prusse. Au quai d'Orsay, on ne soupçonna pas le danger du premier coup et lorsqu'une diplomatie

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plus clairvoyante, essaya (!<' le fairr connncrnlre, l'esprit fatigué et llottant de Naj)olroii III iccula devant une décision définitive.

L'allaire des duchés danois qui nous laissa si indifî'érents contenait cependant en germe la plus audacieuse et la plus inquiétante des politiques. L'érudition allemande avait préparé de longue date l'annexion en essayant de prouver que la population du pays était d'origine germanique ; la Diète avait suivi timidement, l'Autriche avec embarras, Bismarck avec résolution en revendiquant, puisqu'il s'agissait d'une terre allemande, pour la Prusse seule le droit de l'occuper.

11 indiquait ainsi du premier coup l'attitude qu'il allait prendre en Europe : partout oii une terre prétendue allemande se trouverait à sa portée, écarter la Confédération germanique ainsi que l'Autriche et la réclamer comme faisant partie du domaine de la Prusse.

Une telle prétention ne pouvait se soutenir qu'à la condition de se dégager de tout lien avec la monarchie autrichienne. Ce fut en effet la seconde manœuvre du ministre prussien. Après que les soldats des deux armées avaient combattu

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ensemble et vaincu l'infortuné Danemark, il ne chercha plus que le moyen de se débarrasser de ces alliés d'un jour. Malgré sa confiance en lui-même et son audace, il ne crut pas prudent d'aller plus loin sans prendre contact avec le gouvernement français. Enchanté de l'abandon où nous avions laissé le Danemark, il saisissait toutes les occasions de nous témoigner sa reconnaissance, il parlait avec les plus grands éloges de la modération de l'empereur Napoléon III ; il prenait soin que ses paroles fussent répétées aux Tuileries, et de cette façon, il préparait les voies au voyage qu'il méditait. Quoiqu'il fût admirablement servi et renseigné par le comte de Goltz, son ambassadeur à Paris, il voulut se rendre compte par lui-même de l'état d'esprit de l'empereur et se transporta à Biarritz. Le lieu était bien choisi. Il pensa avec raison que dans un séjour champêtre le souverain serait plus libre de le recevoir, moins gêné par l'étiquette; qu'il lui serait peut-être plus facile à lui-même de pénétrer la pensée de son interlocuteur.

Les entretiens de Biarritz font penser à ceux qui s'étaient tenus quelques années auparavant à Plombières, avec cette différence que Cavour emportait de Plombières des stipulations précises, tandis que Bismarck ne fît qu'échanger avec

rciiijx'i ciM- (l»*s pensées et des vues. Il ne lui en fallut pas (lavaFita^'-e pour être fixe sur (juelques points essentiels. Non seulement l'empereur n'avait pas soupçonné en lui l'ennemi caché, mais il avait entendu avec sérénité les ouvertures les plus audacieuses. Sur la résolution de conserveries duchés danois, sauf à offrir à l'Autriche une compensation pécuniaire; sur le droit historique de la Prusse à s'agrandir de toute terre allemande, le souverain n'avait opposé aucune objection ; il s'était contenté de répofidre que la France et la Prusse ayant des intérêts identiques, il serait possible de sceller un jour par un accordées sympathies véritables. Bismarck n'en demandait pas davantage. Il avait osé parler du droit historique de la Prusse, et son interlocuteur ne lui avait pas répondu par un non possii- 7nus énergique. Il emportait de Biarritz la certitude que ses projets d'agrandissement ne seraient pas combattus par le pays qui avait le plus grand intérêt à les combattre. Il triomphait d'avance de ne trouver en face de lui que la politique la plus inconsistante, la moins conforme aux traditions françaises, que pût avoir la France. Il avait lu jusqu'au fond de la pensée de l'empereur, et il n'y avait vu qu'un souci, celui de la Vénétie, comme s'il était plus important

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pour la France de compléter l'unité de rilalie que de s'opposer à toute acquisition prussienne.

Rassuré de ce côté, le premier ministre de Prusse mit k exécution ses projets contre l'Autriche. Il eut alors pour complice une partie de Topinion française. Nous ne serions pas justes si nous rejetions sur l'empereur seul la responsabilité des. événements de 1866. Il se passa alors à Paris ce qui se passait au xvnie siècle lorsque les philosophes portaient aux nues Frédéric II, cet allié si peu sur de la France. La Prusse de Bismarck trouva chez nous dans les mômes rangs des partisans et des admirateurs. L'Autriche, cléricale et réactionnaire, inspirait à beaucoup de démocrates une répulsion invincible, sa défaite paraissait une victoire de la libre pensée. Certains journaux partaient en guerre contre elle. IL y avait là comme un regain des vieilles luttes soutenues autrefois par la Maison de France contre la descendance de Charles- Quint. Mon excellent ami l'historien Henri Martin était parmi les plus véhéments. Je ne réussissais pas à lui faire comprendre que nous n'avions rien à craindre d'une monarchie sur son déclin,

UISMAUCK [11

liiiiis qu'iMM' iiuissaiicc ii()u\«'II<' f^randissail en Alleniagin' avec dos îinibitions ot «les apprtits l)eau('()U[> f»Ius rodoulables. Un des chagrins de ma vie est d'avoir vu (jucdcjues (|uartiers <le Paris illuminés en riionneur de Sadowa.

11 élait manifeste cependant que les Autrichiens n'étaient [)as seuls vaincus, que nous allions suhir \v contre-coup de leur délaite. Une autre ambition que celle de Bismarck pourrait être satisfaite d'un si éclatant succès et d'un agrandissement de territoire si considérable. Mais., M. Welschinger nous le montre, dès lors très pénétré de la valeur de l'armée prussienne et se demandant comment il pourrait compléter son œuvie par les mêmes moyens, c'est-à-dire par le fer et par le sang. Dès 18GG, il entrevoit la possibilité d'une guerre avec la France. Seulement, cette guerre, qu'il appelle de ses vœux en comparant les forces qui vont se trouver en présence, il ne la déclarera à aucun prix. S'il la déclarait, la Confédération du Sud ne le suivrait pas dans une campagne agressive. Il en serait tout autrement si la France prenait l'initial ive de la rupture et s'il pouvait appeler toute l'Allemagne à la défense du sol national contre l'invasion française. C'est pour obtenir ce résultat que la dépèche d'Ems fut falsifiée. Le gouvernement

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français, qu'un peu de sang-froid et de possession de soi-même aurait sauvé, tomba dans le piège qu'on lui tendait.

Jusqu'en 1870, tous les plans de Bismarck avaient réussi ; à la place de la Confédération germanique divisée et impuissante, il avait créé un grand empire uni et fort. Fut-il aussi bien inspiré lorsqu'il exigea l'annexion de l'Alsace et de la Lorraine ? Il a introduit par là dans son œuvre un germe de mort. Dans un temps d'ex- •trème civilisation comme le nôtre, on ne conquiert pas les peuples civilisés malgré eux. La conquête morale n'a pas suivi la conquête matérielle. Les populations annexées, formées pendant des siècles par ce qu'il y a de plus brillant et de plus généreux dans la culture française, résistent aux attraits de la germanisation. Plus on leur parle de la supériorité de la grande Allemagne, plus elles regrettent ce qu'elles ont perdu. Il y a là une blessure ouverte au cœur de l'Europe ; tant qu'elle ne sera pas fermée, personne ne déposera les armes ; la paix du monde, si nécessaire à tous les peuples, restera toujours à la merci d'un incident.

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