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qu'un royauFiU' si éloijj^nn vîfiI clirrrlicr un roi dans le nuire. » BranUnne s'allendriL sur les Poulacs, victimes desTurrs, et la Satire Ménippée fait encore mention du roi de Pologne et des institutions polonaises.
Nous avons vu très vaguement les Français à Cracovie, voyons maintenant un Polonais à Paris. Celui-ci va nous apparaître en pleine lumière ; il ne joue pas de rnle politique, il ne s'enveloppe pas de diplomatie et de mystère; c'est un simple particulier qui voyage pour son instruction. Il n'en appartient pas moins à une race illustre, il s'appelle Sobieski; il sera le père d'un roi, et son témoignage a toute l'importance d'un document historique. Nous apprenons par lui l'impression que produit l'aspect de Paris au commencement du xvu^ siècle sur un homme du nord intelligent. A première vue, ce qui le frappe le plus, c'est la grandeur. Paris se compose de trois villes : la ville proprement dite, la Cité, l'Université. En sa qualité d'étudiant, c'est l'Université qui l'attire le plus. Le mérite des professeurs, le nombre des collèges et celui des étudiants le remplissent d'admiration. Il n'admire
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pas moins la valeur théologique des prélats et des cardinaux français. Le Louvre, le Palais- Royal, la Bastille, TArsenal, les beaux hôtels du faubourg- Saint-Germain, la basilique de Saint- Denis reçoivent sa visite. Il va voir sur le mont Valérien un ermite de quatre-vingt-dix ans dont la cellule est murée, qui ne communique avec le monde que par une petite fenêtre d'oii il dicte des oracles. Lorsqu'on lui demande des conseils, il répond simplement : « Craignez Dieu, la loi et le roi. » En passant, Sobieski nous donne un renseignement curieux sur la thérapeutique d'un médecin écossais fort renommé que lui recommandent ses amis de Paris. Au retour d'un voyage en Normandie, ayant eu un accès de fièvre chaude, il fut saigné trente fois. « Ces diables de Polonais, ils sont forts comme des Turcs, disait cet excellent docteur, il ne faut pas les ménager. » Le pauvre patient serait sans doute mort à la peine si le médecin du roi n'avait entrepris de le guérir et si en bon catholique il ne s'était placé sous la protection de la sainte Vierge.
Le grand événement de son séjour en France, événement qui le remplit de tristesse, fut l'assassinat de Henri IV. Avec d'autres seigneurs polonais il avait été reçu chez le roi et il venait d'assister au couronnement de la reine dans une
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Iribune spéciale lorscju'il entendit crier dans les rues de Paris: « Le roi est assassiné! » Un violent tumulte suivit ses paroles. « Paris semblait être au jour du ju«:^ement dernier, les femmes surtout faisaient un vacarme effroyable. » Le ressentiment populaire se décbaîna contre l'assassin. Tous les Parisiens voulaient assister à son exécution. On louait les croisées un prix exorbitant. Sobieski en loua une (ju'il partagea avec les princes Radzivill et il assista à Tborrible spectacle. « La rag-e du peuple ne peut s'exprimer^ écrit-il; chacun se jetait sur ces chaiis toutes sanglantes, on s'arrachait les moindres parcelles et on les enveloppait dans le bout de son mouchoir. » Les Polonais détournaient leurs regards de ces horreurs, mais ils regrettaient profondément le prince qui avait succombé au moment où il préparait de grands desseins dans lesquels la Pologne aurait eu sa place et sa part.
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Trente-deux ans plus tard, au commencement du règne de Louis XIV, les deux fils de Jac(jues Sobieski arrivaient à leur tour à Paris, entraînés par l'attraction que la France continuait à exercer sur les imaginations polonaises.
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Au xvie siècle, la Pologne nous demandait un roi; au xvii% elle nous demandait une reine.
Wladyslaw avait d'abord pensé à la Grande Mademoiselle, puis à Mlle de Guise. Repoussé par toutes deux, il s'était rabattu sur une personne moins en vue, Marie-Louise de Gonzague, fille du duc de Nevers. Les deux jeunes Sobieski étaient envoyés chez nous surtout pour compléter leur instruction sous des maîtres renommés. Il ne semble pas qu'ils aient rempli avec beaucoup d'empressement cette partie du programme qu'avait tracé leur père. Ils paraissent avoir fre'quenté beaucoup plus les salons de Paris et les rendez-vous de la société élégante que les cours de l'Université. L'un d'eux, Jean Sobieski, le roi futur, y acquerra une distinction de manières et une ouverture d'esprit qui frapperont tous les historiens. A la grâce naturelle de ses compatriotes il ajoutait tous les raffinements de la culture française. N'avait-il pas commencé par se faire inscrire dans la compagnie rouge de la garde royale, au beau temps des mousquetaires et des cadets de Gascogne, de Cyrano de Bergerac et de Georges de Scudéry ?
Les relations intimes de la nouvelle reine de Pologne avec les Condé ont permis aux deux ieunes Polonais d'être reçus dans la maison de
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toutes lesélrganct's, cliczle vainqucurde Hocroi. Ils ont ('«'rtainomont connu la société choisie qui se groupait autour de la duchesse de Longueville.
Les grands spectacles littéraires ne leur manquaient pas non plus. Us virent jouer les pièces de Corneille et le Saint-Genest de Uotrou. Us entendirent parler des ouvrages religieux du grand Arnaud et des premières inventions qui rendirent célèhre le nom de Biaise Pascal. Gassendi, Descartes, Molière figurent dans la bibliothèque qu'ils rapportent de France. En rentrant dans leur pays ils y trouvent une reine toute française de naissance et d'éducation. Marie- Louise de Gonzague arrive au trône après des épreuves qui l'avaient mûrie de bonne heure et qui, en lui infligeant de grandes déceptions, lui faisaient supporter patiemment et même avec bonne grâce, comme une compensation de la fortune, un exil lointain auprès d'un mari vieux et goutteux. Après avoir été distinguée par le duc d'Orléans et abandonnée par lui, après avoir aimé inutilement Cinq-Mars et peut-être le grand Condé, elle se console de ses déboires en régnant sur la Pologne. Ambitieuse et hardie, comme quelques-unes des héroïnes de la Fronde, elle oublie ce qu'elle à souffert dans la joie et
dans l'orgueil d'être reine. Ce fut un beau jour pour elle et pour la population parisienne que celui où arriva l'ambassade polonaise chargée d'épouser par procuration la fdle du duc de Nevers.
Mme de Motteville, confidente de la princesse, décrit avec complaisance l'entrée des ambassadeurs par la porte Saint-Antoine, la gravité de leur maintien, l'ordre parfait de leur marche, la magnificence de leurs costumes enrichis de rubis, de diamants, de perles. Jusqu'aux harnais de leurs chevaux, tout ce qui composait leur suite apparaissait couvert de pierreries. En comparaison de ce luxe éblouissant, la parure de nos cavaliers qui ne portaient que des rubans et des plumes fut trouvée modeste. Les Polonais voulaient évidemment frapper l'imagination du peuple de Paris. Ils avaient môme forcé la note en peignant de rouge quelques-uns de leurs chevaux.
La cour de France répond à cet étalage par l'élégance delà cérémonie dans laquelle le palatin de Pologne épousa Marie-Louise de Gonzague au nom de son maître. La mariée portait comme habit de noces un corps avec une jupe de toile d'argent blanche, en broderies d'argent. Elle était parée des perles et des diamants de la couronne que la reine avait accommodés ensemble
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(le SOS propres mains. Une couronne fermée (l'un g-rand prix complétait sa coiiïure. Il ne fallut pas moins (|ue lo souvenir de celte journée de Iriomplie pour faire accepter parla nouvelle reine les (lt''sagrt''ments (|ui l'attendaient en Pologne. Klle était belle, admirablement faite et passionnée. Accoutumée aux bommages, elle tomba de son baut lors(|ue après un long et pénible voyage elle arriva enfin auprès de son vieux mari. Celui-ci la re(jut à l'église, assis sur une chaise dont il ne se leva point, et n'en fit môme pas le semblant. 11 ne témoigna du reste aucun empressement à se rapprocher de sa femme, il laissa passer plus d'un mois avant d'accomplir le dev^oir conjugal.
Déçue comme femme, elle se rattrapa par l'action politicjue. Les historiens polonais lui reprochent d'avoir tra(i({ué des emplois de la République et acheté tous les personnages influents dont elle avait besoin. Mais ils ne peuvent contester l'énergie de son caractère, son dévouement à sa nouvelle patrie, lorsqu'ils nous la montrent aux portes de Varsovie, assise sur un tambour, surveillant le tir d'une batterie dirigée contre les Suédois. Elle a rendu aux Polonais un autre service : elle leur a conquis le cœur du poète Saint-Amant qui se fait appeler Saint-Amansky
et qui consacre quelques-uns de ses meilleurs vers à chanter leurs mérites. Quoique intrépide buveur et capable de tenir tête, le verre en main, à toute la noblesse de Varsovie, il est le premier poète français qui ait célébré les eaux de la Vistule. Quand il s'éloigne d'elle, il lui adresse cet adieu poétique :
Adieu, chère Vistule, et que tes vierges sœurs Me fassent en chemin goûter mille douceurs.
Bossuet n'a pas visité la Pologne, mais en prononçant l'oraison funèbre de la princesse palatine, il a jeté quelques fleurs sur la tombe de Marie de Gonzague. La Fontaine a fait mieux. Dans son « discours à Mme de La Sablière » en face des animaux-machines de Descartes, il a planté le roi de Pologne, Sobieski, dont il avait sans doute reçu les confidences, comme le plus redoutable adversaire de Terreur cartésienne. Depuis lors la glace est rompue. Bien des idées vont s'échanger entre le monde slave et la France. Après la Pologne, la Russie entrera en scène à son tour, au xvin^ siècle, et multipliera les points de contact.
CIIAPITUK IN
Fontenelle '.
C'est une joie de voir dans ce volume la subtilité savante et pénétrante de M. Emile Faguet aux prises avec un des esprits les plus subtils et les plus déliés du .win- siècle. Mèiiie en laissant de coté les travaux scientitiques de Fontenelle, sa figure reste une des pliysionomies les plus orig^inales de notre littérature. La longueur de sa vie, l'activité infatigable de son intelligence, la variété de ses recbercbes entretiennent cliez ceux qui le lisent une curiosité qui ne se lasse pas. Pendant quatrevingts ans, il passe de sujet en sujet avec une aisance élégante. Il commence par le ton des « précieuses » pour finir par la langue de Voltaire. Ce neveu des Corneille, cet admirateur, cet imitateur de Voiture tend la main aux encyclopédistes. Une certaine unité per siste néanmoins dans ses œuvres les plus diverses : la grâce du langage, le tour inattendu