FONTE N ELI
l'écrivain tri que nous le point La Bruyère à cette époque de sa vie, indilTérent à ce qui est vrai, beaucoup plus occupé d'exprimer dos idées originales que des idées justes. 11 voudrait nous faire croire que la vie pastorale n'offre qu'un intérêt : celui de nous représenter des gens oisifs n'ayant d'autre souci que de garder leurs troupeaux, et par conséquent heureux. Suivant lui, que veut l'homme, au fond ? Mener une vie tranquille. Si vous lui présentez des campagnards occupés et soucieux de quelque chose, des laboureurs, des moissonneurs, des vignerons peinant et geignant pour leurs récoltes, il en détournera ses regards. Ce n'est pas le spectacle des agitations qu'il cherche h la campagne, c'est l'image d'un bonheur paisible conquis à peu de frais. Le berger seul, le moins occupé des paysans, réalise son idéal, et c'est pour cela que les bergeries lui plaisent, à condition qu'on n'y fasse pas étalage de soucis et d'occupations champêtres. Un pasteur qui ne se donne aucune peine et qui se. contente de jouer du chalumeau, voilà le personnage favori de Fontenelle dans la poésie bucolique. Il n'en accepterait pas d'autre.
Il ne se singularise pas moins dans la conception de l'amour. Ce qui en fait la puissance.
l'élan, la flamme, la passion lui échappe absolument. Ses amants se promènent ensemble dans les allées ratissées d'un jardin fleuri et y tiennent des propos spirituels. Si le cœur est de la partie, on ne s'en aperçoit guère à leur langage. Ils discutent sur des pointes d'aiguille, ils se disent volontiers des choses fines et déhcates, mais sans les échaufTer par le sentiment. C'est joli et c'est froid. Voici, par exemple, dans quels termes un de ses amoureux hasarde une déclaration : a II y a justement un mois, mademoiselle, que je vous aime. Vous prendrez cela comme il vous plaira; vous vous fâcherez, vous vous mettrez en colère. Pour moi, je n'ai voulu que faire l'acquit de ma conscience. Après cela, je ne m'occupe de rien. » La quiétude de l'objet aimé ne sera pas troublée par des discours si calmes. Pas trop émue non plus la jeune fllie indifférente à laquelle on annonce paisiblement qu'on se fera aimer d'elle, quoi qu'elle en pense ; qu'on ne se rebutera d'aucun de ses refus, et qu'on finira bien, à force de patience, par triompher de son mauvais vouloir. Au moment où il écrit ainsi, tout en voulant faire preuve d'originalité, Fontenelle se ressent encore de son premier commerce avec les « précieuses » et avec Voilure.