QU'EST-CE QUE L’IMPOT
Le premier type de l’échange imposé est celui qui apparaît dans l’esclavage, Enlre le maître et l'esclave il y a échange. Le mal Ira exerce sur l’esclave, d’abord sans aucune restriction ou réserve, la plénitude du droit de propriété, soit qu’il l’ait capturé comme tout autre animal, soit qu'il l'ait acheté. S’il ne se nourrit pas de sa chair, comme font encore les anthropophages de l'Afrique et de l’Océanie, c'est qu'il trouve un emploi plus avantageux, la culture d’une demée alimentaire, la construction d’une habitation, le service domestique ou la satisfaction de tout autre besoin. 11 le dresse & cet emploi, et, pour certaine destination, il le mutile comme le cheval ou le taureau. 11 l’oblige, sous des peines plus ou moins rigoureuses, h obéir & ses commandements, quels qu’ils soient, S’il s'abstient de lui infliger des pénalités qui mettent sa vie en péril.
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d’épuiser ses forces par un travail excessif, de le faire souffrir de la faim, elo., o’esl pour ne point diminuer la valeur de ce! instrument de travail. Sous l'empire de son propre intérêt, il entretient i’eselave en bon état et pourvoit & sa sécurité. Le profil que les deux parties tirent de cet échange comme de tout autre peut être inégal, quoique la différence ait été souvent moindre que les philanthropes ne l’imaginent. Celui du maître consiste dans ta somme, de peine que lui épargne l'esclave, déduction faite de ce qu'ii lui on n coûté pour l'acquérir et de ce que lui coûtent son entretien et son dressage ou son instruction. Le profit principal de l'esclave consiste dans l'avantage qu’il tire du drosscge auquel il est assujetti. Ce dressago lui cause à la vérité plus do souffrance que de jouissance, mais il profile à sa descendance en la contraignant à franchir le premier pas dans la voie de la civilisation. Ce premier pas, elle i n’aurait pu le franchir elle-même, ainsi que l'attestent les tribus qui sont demeurées à l'état sauvago. On a eu une preuve manifeste de ce progrès dans la condition du nègre américain, comparée à celle du nègre anthropophage do l’Afriquo, L’abolition do l’esclavage aurait été toutefois un bienfait indiscutable s’il avait été remplacé par un mode préférable de tutelle. Mais il n’en a pas été ainsi. En Afrique, où l’esclavage personnel procurait à l’esolavo une sécurité et une subsistance quotidienne garanties par l’intérêt de son propriétaire, a
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de France
qu’est-ce que l’isirôT ?
succédé un régime de conquête et de monopole, sous lequel l'esclave prétendu libre, mais obligé de pourvoir lui-même à sa subsistance et à celle de sa Famille, est assujetti h des impéls ou à des redevances en travail et en nature, — portage et recherche du caoutchouc, — pires que les traitements do l’esolavago et qui l'exposaient à de plus dures fatigues et à des châtiments plus cruels, car lo propriétaire do l’esclave était intéressé à le conserver vivant et intact, tandis qu’un Etat ou une société copcessionnaire n’a aucun intérêt à ménager les jours d’un nègre libre. En cas de refus de l’impôt, In société est plutôt intéressée à infliger au récalcitrant une pénalité exemplaire qui serve d’exemple visible aux imposés, el leur imprime une terreur salutaire. Tel est le régime qu’ont établi en Afrique les Etats civilisés qui so glorifient d'avoir aboli l'esclavage. En Amérique, le nègre affranchi est l'objet du mépris et des avanies de ses libérateurs, à rjui répugne son contact jusque dans la tombe. A la vérité, c'est en masquant sous des sentiments humanitaires des intérêts positifs et égoïstes de domination et de protectionnisme, que les politiciens des Etats du Nord ont affranchi les nègres en ruinant leurs propriétaires. Ils ont fait l’admiration des abolitionnistes naïfs du monde entier en accordant aux esclaves libérés du jour au lendemain leur liberté entière, avec la responsabilité et les exigences que ceux-ci étaient incapables de Supporter, on y ajoutant Molinarl 3
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même un supplément invraisemblable de droits politiques,
En Europe, l'esclavage a été remplacé, & la longue, par le serrage, puis par la sujétion, A l'impôt sans autre limite que celte de ses forces, que fournissait l'esclave en échange de sa subsistance et de la sécurité de sa vie a succédé un impôt limité : une corvée, b laquelle s’ajoutait pour les serfs agricoles, un loyer. 1, 'esclave devenu serf ét obligé à pourvoir lui-même à son entretien eût b fournir au seigneur : 1° Un loyer tantôt individuel, tantôt collectif pour le lot de terre dont il tirait sa subsistance •, 2° une quantité de travail quotidien ou hebdomadaire, ordinairement trois jours par semaine, désigné sous le nom do corvée, en échange de laquelle le seigneur pourvoyait à sa sécurité, le préservait du meurtre ou du vol, et assurait son obéissance aux lois divines et humaines. En un mot, le seigneur 1 gouvernait le serf, et, ou besoin, l’assistait, A la corvée en travail se substitua, b la convenance mutuelle des deux parties, une somme équivalente de produits. La corvée ainsi transformée prit le nom d'impôt. D’abord acquitté en nature, l’impôt, après l'invention de la monnaie, et toujours avec la convenance mutuelle des deux parties, se transforma en un instrument échangeable contre toute espèce de produits ou de services.
Lorsque le servage fut remplacé b son tour par la sujétion, et que les services de sécurité et d’assistance
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qu'esi-ce que i. 'impôt î
que rendait ie seigneur & la population da son domaine furent concentrés enlre les mains du chef do la société conquérante et propriétaire de l'Etat, plus lard, des délégués dé la nation, l’impôt qui en était la rétribution fut prélevé par les agents de ces propriétaires successifs de l’Etat, Mais entre le sujet et le gouvernement du roi ou de la nation, l’impôt ne changeait pas de nature. C’était toujours un échange imposé, qui était dû à l’Etat, en raison des services de sécurité et de gouvernement dont il avait le monopole, et dont il fixait le montant d’abord h sa volonté, ensuite avec le consentement des délégués d’une classe, puis de la. généralité de la nation.
Cependant les dangers qui menaçaient la vie et les biens de la population serve ou sujette, et qui étaient la principale raison d’être de l’impôt, avaient fini, sous l’influence do divers progrès matériels et moraux, par diminuer à l’intérieur, aussi bien qu’à l’extérieur de l’Etat : cetto population vouée aux travaux de la production et qui constitue l’immense majorité de la nation n’avait plus S redouter les invasions destructives des barbaresjle seul péril qui la menaçait consistait dans un changement de domination : à la société qui l’avait assujettie et la gouvernait, la conquête pouvait faire succéder la domination d’une société étrangère plus forte ; mais, entre ces deux sujétions à des sociétés presque également civilisées, la différence était presque