AROU.MENTS DU PROTECTIONNISME
revanche d'être invoquée en faveur de la proteclion des industries qui fournissent le matériel de guerre etles principaux articles de consommation. L’argument tiré de cette nécessité a pu être fondé à l’époauc où la guerre presque à l’état permanent pouvait isoler complètement les nations, mais le développement du commerce international lui a enlevé l'autorité dont il jouissait. Le commerce a créé entre les nations des intérêts devenus assez nombreux et assez forts pour se faire respecter. Il no dépend pas aujourd’hui de l'Etat le plus puissant d'isoler une nation et d’interrompre ses relations avec le dehors, quel que soit l'intérêt qu’il puisse avoir à l’affamer et à la priver des matières premières nécessaires à son industrie. Les intérêts pacifiques l’ont décidément emporté sur les intérêts belliqueux, en provoquant & cet égard la réforme du droit des gens. En supposant, par exemple, qu'un Etat en guerre avec l'Angleterre ne voulût pas tenir compte de cette réforme, il susciterait aussitôt, parmi les nations qui trouvent en Angleterre un immense ét fructueux débouché pour leurs produits agricoles etautres, une nouvelle Ligue des neutres(l). Aussi l'argument que le péril de la famine en cas de guerre fournissait aux protectionnistes a-t-il perdu toute valeur.
(t) Voir « Les progrès réalisés dans les usages de la guerre », Questions d'Eoonomie Politique et de Droit public, tome il, p. m, -
l'LTIMA YERBA
Que la protection soit indispensable d'abord pour préserver la nation dç la perte de sa monnaie, par conséquent de sa richesse, ensuite pour l'empècher de mourir de faim en cas de guerre, c’étaient deux arguments capables de faire la plus vive impression sur les esprits et dont la perte devait sembler irréparable. Mais il en restait un troisième qui pouvait à la rigueur y suppléer savoir, la 'nécessité non seulement de défendre l’industrie nationale contre la concurrence de l’étranger, mais encore de multiplier ses branches pour subvenir autant que possible aux besoins de la consommation. Car c’était une expression passée à l'état d’axiome, et dont tout le monde se sert, à l’exception de quelques économistes, qu’on paye un tribut h l’étranger en lui achetant ses produits. Nous verrons tout à l’heure ce qu’il en faut penser.
Sans doute une nation en progrès a une tendance naturelle à ajouter à son industrie de nouvelles branches. Elle peut y trouver un emploi profitable pour l’accroissement de ses capitaux et de sa population. Mais c’est à la conditionque son sol,sonc)imat et ses aptitudes soient propres h l’exercice d'une nouvelle industrie, sinon, il sera plus avantageux de continuer h s’en procurer les produits par l'échange de ceux des industries existantes. Car l'échange ne donne pas les siens gratis. Mais deux sortes d'inlèrèts ne tardent pas à agir pour mettre fin à ce mode d'approvisionnement, intérêt plutôt illusoire
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ARGUMENTS DU PRbTEClio.NSIS.ME 91
du personnel financier de l’Etal qui découvre dans une nouvelle industrie dont l’éclosion a été hélée par la protection la matière d’un nouvel impôt, intérêt positif des capitalistes ingénieux à chercher des profils extraordinaires. Ces deux intérêts s’associent pour élever une barrière contre l’importation des produits étrangers. Une nouvelle industrie s’improvise à l’abri do celte muraille douanière. Elle procure, sinon au gouvernement national auquel un droit purement fiscal sur le produit étranger aurait fourni un impôt équivalent, du moins aux capitalistes qui l’ont fondée, des bénéfices immédiats et plantureux, des bénéfices de monopole. Aussi longtemps que le prix dit produit ravi à l’étranger peut être porté au niveau du droit protecteur, ces bénéfices s’élèvent bien au-dessus du taux de la concurrence. C’est au point qu’ils ne manquent pas d’attirer dans le pays les producteurs étrangers dont la muraille douanière a supprimé ledébouché et qui compensent largement la perte de ce débouché en écrémant les profits du monopole. A la vérité, le développement de la concurrence intérieure a pour effet de diminuer & la longue ces profits, Alors il arrive d’habitude que les entreprises fondées par te capital éi ranger sont vendues à haut prix et passent entre les mains des nationaux, auxquels la décadence du monopole cause une fâcheuse déception.
La situation est un peu différente lorsqu'une industrie nationale déjà existante reçoit un surcroît de protection
«ITIM A VERBA
qui enlève brusquement à l’industrie étrangère une portion de son débouché. C’est ce qui est orrivéà l’époque où la hausse du tarif a fermé tes colonies françaises à l'importation des colonnades anglaises ot américaines, au profil des industries de la métropole. C’était è ta fois une confiscation infligée à ceux qui les produisaient et un nouvel impôt prélevé sur ceux qui tes consommaient. Quoique celte confiscation soit opérée au détrimentd’une industrie étrangère, elle n’en est pas moins une atteinte à la propriété. On peut en dire autant de l’impôt perçu sur les consommateurs coloniaux ou métropolitains et qui consiste dans la différence entre les prix de l’industrie protégée et ceux de l’industrie étrangère. Cet impôt est-it autre chose qu’un tribut, réel celte fois, payé à une industrie nationale qui vend cher les produits que l’industrie étrangère fournissait auparavant à bon marché? Mais il reste à savoir si ce sacrifice imposé aux consommateurs en faveur d’un intérêt particulier est conforme à l’intérêt général de la natioii. En achetant plus cher un produit protégé qu’il obtenait jusqu’alors à bon marché, le consommateur est obligé d'augmenter la dépense que lui causait la satisfaction du besoin auquel éépond ce produit. Il no peut donc consacrer à la satisfaction de ses autres besoins qu'une somme moindre do toute ta différence. D’où il résulte que le' débouché acquis à l’industrie protégée détermine une diminution égale des débouchés de toutes les autres
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