‹ Ultima verba mon dernier ouvrageChapitre 26 sur 70 · QUERRE DE TARIFS · texte numérisé non relu

QUERRE DE TARIFS

Les salaires des classes ouvrières / aient alors laissés libres à la concurrence tandis que lè des indus-

triels étaient protégés contre les proûuus étrangers. La bourgeoisie exerçait h ce moment une domination exclusive (1). Depuis, la situation a changé. La classe

(i) Voici ce que nous écrivions en 1847, cela ne semblerait-il pas d’hier? « Depuis l’avènement de la liberté du travail, toutes les industries ont successlvsiuent transformé, amélioré leurs procédés de production i naguère emprisonné dans l’étroite alvéole du système restrictif, l’esprit humain a pris soudainement un rapide et large essor ; il a cherché et trouvé de» méthodes plus Mires, des moyens plus parfaits que ceux dont il a’était jusqu’alors contenté pour exploiter le magnifique domaine ouvert à son activité..... Mais ces progrès bienfaisants, ces progrès qui améliorent la vie de l’homme ne s’accomplissent point sans modifier profondément les conditions d’existence de l’industrie. Nous voyons, depuis cinquante années, disparaître successivement les petites exploitations sous la concurrence des grandes, nous voyons l’atelier se fermer lorsque la manufacture vient à s’ouvrir, la boutique faire place au magasin et la diligence céder le pas h la locomotive. Quelques esprits s’eficaient do ces perturbations continuelles, ils s’apitoyenl sur le sort des ouvriers h qui les changements de l’industrie enlèvent leur pain quotidien, et ils demandent des lois destinées à assurer la vie des hommes que le progrès menace. D'autres, observant le développement colossal des associations qui exploitent aujourd’hui économiquement la plupart de nos grandes industries, se sont mis h trembler devant celte puissance nouvelle née d’un globule de vapeur; ils l’ont vue en. valussent les premières places de la société moderne, monopolisant la fortune publique, et ils ont réclamé des garanties, des lois contre la féodalité industrielle*

Avons-nous besoin de dire que ces terreurs sont chimé-

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque

le de France

ouvrière armée du suffrage universel qui, grâce au nombre, lui donne une influence prépondérante, continue bien à contribuer à. la protection des produits,

riquèsî Avons-nous- besoin de dire .que le progrès n’est point nuisible à l'ouvrier et qu’il n’enfante aucune sorte de féodalité? Sans doute, le progrès déplace une foule d’existences, il oblige incessamment les travailleurs à passer d’un petit atelier dans un atelier plus vaste, mais ce changement n’est-il pas favorable à l’ouvrier déplacé au lieu.de lut être funeste? Si le progrès a pour inévitable et constant résultat d’augmenter la somme des produits obtenus à l’aide d’une même quantité de travail, la masse des producteurs n’obtientrelle pas, à chaque progrès nouveau, plus de ohoses utiles, sans -avoir besoin de dépenser plus d’efforts, sans être obligée de travailler davantage ? Chaque progrès n’augmente»t-il pas le revenu effectif de tous les travailleurs, y compris ceux qu’il déplace, et peut-on se plaindre d’un déplacement qui amène une augmentation de revenus, et, par conséquent, de bien-être ? A vrai dire, la transition est brusque, et l'ouvrier ignore le plus souvent où a jailli plùs abondante la source de travail qui vient de tarir sous sa main ; mais n’est-ce pas à lui à s’enquérir, è se tenir au courant des fluctuations du marché du travail ? SI ce marché n’est pas éclairé, si l’ouvrier ne sait point où le travail est demandé et où il est offert, h qui la faute? Les industriels, les négociants, les banquiers, n’igaorent point, certes, le cours des denrées ou le cours de la Bourse.

S’il est absurde de rendre le progrès responsable des chômages de la classe ouvrière, il ne l’est pas moins de lui imputer la formation d’une féodalité nouvelle. Le progrès exige sans doute des agglomérations considérables de forces, de capitaux, il oblige les hommes à constituer do vastes associations pour accomplir économiquement les rudes labeurs de la production, mais peut-on dire que ces associations aient, e

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque

le de France

OUERRE DK TARIFS 123

mais elle a commencé à vouloir aussi protéger les salaires. En France, il y a déjà, un certain nombre d'an? nées, .les travailleurs étrangers ont été taxés sous forme

elles-tnêthes, un caractère féodal? Le signe essentiel de la féodalité o’est l'exclusion} or, les associations industrielles n’excluent personne; elles donnent accès dans leurs rangs à tout homme qui possède des économies et qui veut les faire fructifier ; elles acceptent le petit capital, fruit du patient labeur du pauvre, comme le gros capital, superflu du riche. Elles constituent ainsi, non point une aristocratie, une féodalité, mais une véritable démocratie industrielle .

A une condition toutefois, h la condition qu'on ne leur accordera aucun privilège exceptionnel, à la condition qu'on les obligera à subir la commune loi de la liberté. Toute dérogation à cette loi protectrice des masses, tout privilège, soit intérieur, soit extérieur, accordé à une industrie, engendre aussitôt une inégalité, il élève une classe d'hommes en abaissant toutes les autres, et son action est d’autant plus dangereuse, d'autant plus funeste qu'il soulève au-dessus do la masse abaissée, des intérêts plus agglomérés, plus unis. Expliquons notre pensée. SI un droit protecteur est alloué à une industrie morcelée, individualisée, il en résultera assurément un grand dommage pour la nation ; chacun payera trop cher de la différence des prix à l'intérieur et à l'étranger les produits de cette industrie, mais. on ne verra point la classe des producteurs protégés réaliser, d'une manière permanente, des bénéfices exceptionnels. La concurrence 'intérieure, la concurrence Individualisée, empêchera les profits de l’industrie protégée de se maintenir longtemps au-dessus du taux ordinaire des profits industriels. Il y aura perte d’un côté, il n’y aura pas surcroît de gain d’un autre. Si, au contraire, l’industrie à laquelle la protection est accordée, se trouve exploitée sur une vaste échelle, par de puissantes associations, alors la situation sera

ULTIM.V VERBA

de déclaration du séjour, Car, quoique SI. Léon Bourgeois ait ajouté au vocabulaire, le mot solidarisme, il n’a guère cours pour les ouvriers étrangers, et moins

changée, alors le privilège engendrera inévitablement un mono* pôle. Les associations privilégiées pourront aisément s’entendre pour régie»' les prix de leurs denrées, et nécessairement elles les fixeront à un niveau plus élevé que celui de la libre concurrence ; elles gagneront tout ou partie de la diftérence, et le taux de leurs actions montera au-dessus du niveau général des actions industrielles, tandis que les consommateurs seront doublement spoliés, par la protection d’abord et sans profit pour personne, par le monopole ensuite cl avec profit pour les monopoleurs.

Ainsi pourra se constituer, ou pour mieux dire, ainsi s’est constituée déjà, partiellement du moins, une sorte de féodalité industrielle, féodalité exclusive en ce sens qu'en absorbant la meilleure part des fruits du travail des masses elle les empêche de monter jusqu’à elle, mais féodalité bien fragile, car il suffira d’ouvrir les portes à la concurrence libre, il suffira de détruire les dernières entraves apportées à la liberté du travail au dedans, à la liberté des échanges au dehors pour la priver de son monopole, et par conséquent du tribut abusif qu’elle prélève sur la nation. Alors les grandes associations de capitaux pleinement soumises à la loi régulatrice de la concurrence cesseront d’étre redoutables, elles ne seront plus que d’admirables et bienfaisants véhicules de production. Ce ne sont pas des lois, c’est de la liberté qu'il faut contre la féodalité industrielle.

Voilà ce que tout le monde devrait comprendre aujourd’hui, grâce aux lumières que la science économique a déversées sur la vas'e arène du travail, et voilà, néanmoins, ce que bien peu d’esprits consentent à accepter. On est prévenu contre le laisser faire, et la première ^hoae à quoi l’on songe quand

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque

le de France

0UEM1B DÉ' TARIFS

encore, du reste, pour les non-syndiqués, renards ou sarrasins.

Mais aujourd'hui nous ne nous occuperons quo de ce qui a été récemment fait & la Chambre par le vole de la loi frappant d'un impôt les industriels ocoupant des ouvriers étrangers, loi contre laquelle s’élèvent do nombreuses plaintes. Voici, entre autres, l'Association libre des compositeurs et typographes de Bruxelles qui < proteste énergiquement contre le projet de taxation ouvrière dont seraient victimes nos camarades travailleurs contraints d’aller gagner leur vie hors frontière, et qui tend, en quelque sorte, è ranger ces prolétaires dans la catégorie des bêtes de somme qui, elles aussi, sont imposées par télé ». L'adoption par le Sénat de celte mesure irait è l'encontre des intérêts du pays aux charges duquel contribuent largement les industriels du Nord. Dans une Lettre du Nord publiée par V Indépendance belge, nous lisons ceci : « Lille occupe cinquante mille Belges. Roubaix et Tourcoing emploient la main-

surgit un monopole, c'est è appeler non point une liberté nouvelle, mais une restriction de plus. Les uns veulent réglementer le monopole, d’autres, se croyant plus progressifs, veulent l’organiser, comme si le monopole n'avait pas été mis au monde par les réglementateurs et perfectionné par les organisateurs 1 On arrive ainsi, — et maintes fois l'expérience en a été faite, — non point è détruire le monopole, l’abus, mais à le fortifier par d’autres monopoles, par d'autres abus,

d'œuvro belge dans des proportions égales. Depuis Dunkerque, d’ailleurs, jusqu'aux environs de Paris, tout le nord agricole emploie, aux périodes de grands travaux, les ouvriers belges, plus communément appelés < Flamands > en raison de leur langage. L'impôt proposé, et qui sera proporlionnel au nombre d'ouvriers étrangers employés par le conlribuable, sera certainement de nature à réduire dans une mesure regrettable l’importation en France de la main-d’œuvre belge. Toutefois, il convient de remarquer qu’il sera bien difficile à ceux qui y avaient recours de ne point continuer à le faire. L'ouvrier agricole français, dans le nord, est. plus exigeant que le belge, tant au point de vue salaire qu’au point de vue nourriture. De plus, Ip rendement en travail du belge est incontestablement supérieur. H est docile et ne redoute ni les vents froids de la saison des betteraves, ni tes soleils de plomb de l’époque des mois - 1 sons, Enfin la population agricole locale est absolument insuffisante à effectuer, même avec des machines, je labeur qu’impose notre culture intensive. Longtemps, donc, on verra encore les « Flamands » loués pour la moisson, venir en Franco le pic sur l’épaule, un sac de toile bleue invariablement noué au manche de l’outil. Le paysan septentrional, qui les crr.-’nt un peu pour la violence batailleuse dont ils font parfois montre, après boire, estime trop néanmoins leurs qualités de probité et d'énergie pour reculer devant une taxe, d'ailleurs

Page 1