‹ Ultima verba mon dernier ouvrageChapitre 27 sur 70 · QUE1UIB DE TARIFS · texte numérisé non relu

QUE1UIB DE TARIFS

inévitable (t). Quant à la main-d’œuvre plus spécialement industrielle, il parait difficile d\ ffirmer que le nouvel impôt est destiné à battre en brèche l'introduc-

(i) On sait que déjà en 1904 on présenta une proposition législative tendant & limiter la proportion d'ouvriers étrangers employés dans les exploitations agricoles et à frapper les patrons d’uno taxe spéciale pour chaque ouvrier étranger pris à leur service. De tous les problèmes agricoles celui de la maind'œuvre est l’un des plus difficiles à résoudre ; la désertion des campagnes, alors que la culture devient chaque jour plu 8 intensive, les grèves de journaliers le compliquent encore. Le3 travaux de3 champs comportent des périodes de fiévreuse activité et des saisons mortes. Un agriculteur ne saurait conserver à l’année tout le personnel nécessaire pour la moisson, les fourrages, l’arrachage des betteraves, etc. Il y a donc nécessité absolue, dans les pays à culture intensive, de s'assurer un personnel sédentaire et fixe pour les travaux courants ou la tenue de la forme et un personnel hors cadre venant du dehors en nombre et à date déterminés pour les grands travaux. C'est pourquoi depuis la fin d’avril jusqu’en novembre, les grandes fermes de Seine-et-Marne, Seine-et-Oise, Aisne, Oise, Pas-de- Calais, Nord, Eure, etc., ne trouvant pas sur place les travailleurs requis, emploient de nombreuses équipes d’ouvriers, belges, bretons et quelquefois suisses. Les Bretons rayonnaient, presque exclusivement, en 1906, dans les départements desservis par le réseau de l’Ouest et cela grâce à la gratuité du retour; ils paseaiènt pour enclins à changer de fermes. Les Belges se montrent beaucoup plus stables,- revenant presque chaque année à la même exploitation. Us proviennent du Hainaut, des pays wallons et de la Flandre occidentale, L’âge des travailleurs varie entre 18 et 30 ans, Les engagements se font, sans aucun intermédiaire, par correspondance entre l’ouvrier et le fermier. L’ouvrier écrit en janvier ou février au fermier

ULTIJIA VERRA

tion ea France d’ouvriers belges. Le jour, en effet, ou Lille, Roubaix, et Tourcoing voudraient renoncer à ceux-ci, ces trois villes devraient instantanément fermer

chez lequel il a déjà travaillé ou à celui auquel il veut offrir ses services en indiquant le nombre de camarades, parents ou amis avec lesquels il s'engagera pour la campagne et la date à laquelle il sera libre de s’engager ; l’accord se conclut sans autre formalité. Fréquemment, les Belges se constituent en équipes pour effectuer à forfait et en un temps donné de3 travaux à la téche. Si, craignant un retard, l'agriculteur adjoignait à ce groupe un ou plusieurs ouvriers, les Belges constituant l’équipe l’obligeraient à s’en séparer ou b prendre pour l’avenir l’engagement de ne plus recourir à ces autres travailleurs.

En général la main-d’œuvre bretonne revient à un prix légèrement inférieur à celui de la main d’œuvre belge. En moyenne, on paie à la tâche, pour les travaux de la betterave, consistant en deux binages, l’arrachage et le chargement, 100 francs de l’hectare. Un homme est nécessaire pour le binage de deux hectares de betteraves, Four la moisson; les prix à la tâché payés aux Belges ou aux Bretons sont variables, la difficulté du travail étant en rapport avec la bonne ou la mauvaise tenue de la récolte. Les prix, à la tâche, peuvent varier pour ce motif entre 35 francs de l’hectare pour les blés qui se tiennent bien et 75 ou même 80 francs de l'hectare pour le j blés roulés, Le rentrage se paie en outre 10 francs l’hectare. Le prix à la journée est de 3 francs alors que le travail à la tâche rapporte au moins 4 francs.

Le fermier fournit le logement : une pièce unique servant de dortoir et de réfectoire commun et n’ayant pour tout mobilier qu’un lit de camp avec paillasses et couvertures, En nombre de fermes on a déjà fait dès améliorations sérieuses sous ce rapport. Belges et Bretons ne dépensent pour leur nourriture

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de France

ÛUEHJIE DE TA UI FS

plus de lu moitié de leurs usines. Il n’est pas jusqu’aux tramways qui devraient cesser en partie de circuler, une bonne part do leur personnel étant recruté parmi les « Flamands », jugés plus docites et plus souples que les autochtones. En réalité, le nouvel impôt sur la maind’œuvre étrangère e3t une nouvelle manière de faire peser des charges fiscales en plus grand nombre sur lo Nord que sur le Midi. Ses effets désastreux se feront

et leur entretien que le strict nécessaire afin de rapporter chez eux la plus grosse part de leurs gains; il n’est pas rare qu’ils en épargnent plus des trois quarts mais à ce régime ils se débilitent facilement. Dans presque toutes les fermes, le fermier fournit gratuitement, deux fois par jour, le bouillon ou la soupe, le cidre dans les pays à cidre. Les ouvriers achètent le pain et autres denrées, le fermier se portant garant vis-àvis du boulanger de cette fourniture. Souvent aussi la vin est fourni, à la ferme, au prix coûtant.

Depuis quelques années beaucoup de Belges viennent aux. environs de Paris avec leurs femmes qui sont employées à la cueillette de la fraise ou à d’autres travaux moyennant 2 francs par jour. Cette immigration ouvrière sert à combler les vides produits par l'exode de la population rurale vers la grande ville, en se fixant à la campagne et en y faisant souche elle fournit aux fermes voisines la main-d’œuvre permanente. Elle forme actuellement en maints villages la majorité de la population. — Remarquons eu terminant que Bretons et Belges s'entendent généralement assez mal lorsqu’ils sont ensemble et qu’il suffit que les uns Veuillent une chose pour que les autres en décident différemment,

(Renseignements extraits d’un article de M. Marcel Vacher dans La Vie A la Campagne du 1 er octobre 1906).

sentir dans le coffre-fort de l'industriel septentrional, mais ils s'arrêteront là et ne franchiront la frontière que très insensiblement ». — Si nous en croyons une information de Mons, plusieurs industriels du nord de la France, des Belges pour la plupart, ont l’intention d'établir leurs usines le long de la frontière de Belgique, si le vole do la Chambre française relatif à la taxe sur les ouvriers étrangers est ratifié par le Sénat.

, En voulant réserver aux ouvriers indigènes le travail national, lu France suscitera le mécontentement des autres nations, quoique les travailleurs trouvent maintenant, par l’augmentation de la facilité des communications, des marchés du travail qui leur étaient inaccessibles. C’est ainsi que les ouvriers italiens ont trouvé un ample débouché dans la République Argentine. Ils s’y rendent en masse — leur nombre est actuellement de plus de sept mille — pour y faire la moisson, car ils ont, pour y aller, des navires de retour qui, ayant apporté des grains et d’autres denrées en Europe, préfèrent, au lieu de retourner à vide, transporter à bas prix des émigrants temporaires. Leurs pays y gagne un surcroît de bons salaires qu’ils n’auraiènt point obtenus en subissant la concurrence de leurs compatriotes. ainsi que le quasi monopole de leurs propriétaires. Ceux-ci y perdent ia différence, mais ils sont incités à employer des machines qui économisent du salaire. A la vérité.

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les ouvriers flamands onl la plus grande peine à se créer de nouveaux débouchés parce qu'ils sont retenus par des habitudes séculaires. Mais, & l'exemple des ouvriers italiens, la différence des salaires finira par les attirer dans les pays neufs. Déjà le Brésil fait en Belgique. des réolames destinées k provoquer l’émigralion et h faire concurrence au Canada et à la République Argentine, Les uns et les autres préfèrent attirer le bon et solide travailleur belge, plutôt que les Bulgares, les Syriens et les Grecs.

Les gouvernements civilisés ont commencé à protéger les ouvriers. Ils ont même prohibé les ouvriers de couleur, Le gouvernement américain vient d’interdire aux travailleurs japonais l’entr.ée des États-Unis. En Australie, on défend la venue des ouvriers hindous qui, cependant, sont aussi sujets de l’Angleterre, & plus forte raison y défend-on celle des Jaunes, bien que les Australiens n’aient p.as à être trop fiers do leur ascendance.

Les gouvernements n’ont pas cessé non plus de protéger les profils des industriels ; ils taxent aujourd’hui plus que jamais les produits étrangers. En France, on vient d’élever le tarif sous prétexte de le mettre à l’unisson de celui des autres pays protectionnistes, ce qui n’a pas manqué de soulever les réclamations des producteurs étrangers. Les protectionnistes paraissent avoir moins de patriotisme que de souci de leurs inté-

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rôts ; ils sollicitent des accroissements de droits, au risque mémo de mécontenter non seulement des nations amies, telles que In Belgique et l’Angleterre, mais encore des populations qu’on avait toujours tenu jusqu'il présent à ménager, c L’émotion provoquée on Allemagne par le relèvement des droits sur certains articles, lisons-nous dans le Journal des Débals, s’est doublée, en pays annexés, d’un étonnement douloureux de voir les législateurs français négliger aussi facilement les intérêts de deux provinces autiefois françaises. Cette attitude est absolument contraire aux traditions observées en France depuis près de quarante ans. On ne peut l’expliquer que par l’ignorance complète des questions économiques internationales dont fait profession la majorité radicale. Les produits alsaciens, que le nouveau tarif douanier frapperait particulièrement, sont les jambons désossés, augmentés de 25 è 40 francs (n“ 17 1er du 1 projet); le gibier (lièvres et chevreuils), de 20 à23 francs (n° 18 bis ) ; !o houblon, de 30 à 33 francs (n° 160) ; la gélatine en feuilles, exempte jusqu’ici et frappée d’un droit de 10 francs (n" 326) ; les outils, etc. Mais les droits dont on a chargé certain arlioie tendraient h faire croire qu'on cherche à léser à dessein les intérêts alsaciens. Le fromage connu sous le nom de a fromage de Munster » est le produit exclusif des hautes vallées des Vosges. Le nouveau tarif, avec sa spécialisation à l’infini, ne frappe que très légèrement les fromages d’Angle-

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le de France

IlUEimt’ DE TARIES

terre, de Hollande et do Suisse. L’élévalion dos droits est uniquement dirigée contre les fromages « aile, manda ». Or, l'Allemagne n'exporte pas de fromage on France, et c'est uniquement lo « Munster » alsacien que le tarif voté par la Chambre entend toucher.

Les Belges sont parmi ceux qu’atteint la plus fortement l’exhaussement du tarif, puisqu'ils sont frappés jusqu'à concurrence d’environ 800 millions de francs. C’est pourquoi les protectionnistes belges ont immédiatement songé à riposter à celte élévation do droits par une guerre de tarifs. La guerre de tarifs n’est qu'une forme de la guerre et ceux qui l’ont déclarée y perdent toujours quelque chose. Quoiqu’ils espèrent bien que leur adversaire y perdra davantage, elle se termine souvent par une déception. Les protectionnistes belges so proposent d’élever les droits sur Ie3 vins et sur les ar licles de mode de France. Mais il faudrait oser mettre des droits presque prohibitifs pour décourager les Flamands d'acheter les vins de Bardeaux, et les Wallons de boire les vin3 de Bourgogne. Déjà, à vrai dire, o n vend en Belgique des quantités de vin du Rhin et de la Moselle, et les a weinstübe » sont en train de se popu lariseren maintes villes belges. Les articles de mode' g de Paris, s’ils devaient supporter des droits excessifs, finiraient par être supplantés par les modes de Berlin, ce que faciliterait grandement le défaut d’élégance des Molinari 8

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XJLTIMA VEnDA

modes françaises acluelles. Tel serait le résultat d’une guerre do tarifs engagée entre la France et la Belgique. Elle risque de ne faire guère plus d'honneur au patriotisme des protectionnistes français qu'à leur rapacité.-

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de France

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