‹ Ultima verba mon dernier ouvrageChapitre 33 sur 70 · I.’AUIOMOim.E Esr-EU.É UNE IUGIIESSE · texte numérisé non relu

I.’AUIOMOim.E Esr-EU.É UNE IUGIIESSE

Beaulieu, l’automobile est, pour la France, une richesse cl un bienfait. M. Yves Guyot est d’avis, que nous lui devons l'argent et ie panache. « Laissons, dit-il, le panache et parlons argent;- en ne ne prenant que le chiffre des exportations, 140 millions en chiffres ronds et en le capitalisant à iO 0/0, il représente un capital de près d’un milliard et demi — ce qui, en supposant que le commerce intérieur soit seulement égal au commerce extérieur, porte à trois miljards ay moins la valeur capitale de l'automobile. »

kn revanche, M. Charles Gide a, sinon exprimé un doute, du moins lait des réserves ;

Il est certain, a-t-il dit dans son interview aveo le curieux, que l’automobile est extrêmement prospère, qu’elle a créé autour d’elle de nombreuses prospérités; on lui doit des usines immenses et actives, elle emploie des tniBiers d’ouvriers ; son commerce est abondant et fortuné... mais il y a des contre-coups. L'argent qui va vers elle ne va pas ailleurs ; ce n'est pas parée que l’automobile est brusquement sortie toute carrossée du cerveau créateur de nos ingénieurs que soudainement la fortune de (ous s’est trouvée augmentée au point de permettre à chacun de faire face, sans trou dans le budget familial, aux dépenses qu'entraînent l’achat, l'usage et l’entretien d’une automobile. Ce qu'on a pris pour elle, on l’a enlevé & d’autres obligatoirement. Oui, mais il y a les exportations, dira-t-on 1 C'esl de l’argent

ULT1MA VEBBA

qui entre; Qui entre, oui, mais on oublie celiii qui eBt sorti. La France a exporté pour 138 millions en 1906. ; o’est magnifique, certes. Mais il faut' déduire de ces ,138 millions, les millions de matières premières que nous avonB été chercher à l'étranger, le charbon que nous en avons fait venir pour nos usines, les machinesoutils que nous avons achetées & l'Allemagne, et à l’Amérique,, et vous verrez que, 'tout compte fait, il reste bien peu de ohose, car, tandis qu’on ven&it acheter nos automobiles, on. n’achetait plus cent autres produits de luxe entièrement créés chez nous. Même au point de vue psychologique, il y a des réserves & faire ; chacun ne peut goûter dans sa vie qu’une somme limttéo de sensations ; le temps consacré à celle do l'automobilisme •— (et je les crois très grandes) — est pris au détriment de certaines autres ; les théâtres, les musées, la lecture,.... U y a un proverbe qui dit ! a Tout ce qui brille n’est pas or. > J’y pense un peu à propos de l’automobile. ».

En résumèi la question se pose ainsi : L’automobilisme esbii une nouvelle source do richesse, en d’autres termes plus. précis : son actif dépasse-t-il Bon passif ?

Pour résoudre cette question, ii faudrait examiner tes résultats des inventions qui ont élevé l’espèce humaine au-dessus de l’animalité inférieure. Sans remonter si haut, il nous suflirà de rechercher ce que nous devons à celles qui se sont si prodigieusement multi-

l’automobile est-elle uns richesse ? ' 183

pliées depuis un siècle, et qui ont créé la grande industrie. Tout d’abord nous serons frappés de ce fait que la population a doublé et que la richesse a au moins quintuplé dans l'ensemble des nations appartenant a noire civilisation. À quoi tient cette augmentation extraordinaire, mais inégale, de la population et, de là richesse? G'est évidemment à ce que le travail de l'homme est devenu plus productif, c’est à ce qu’en échange de là même somme d’efforts et de peine, il a pu, pn employant le nouvel outillage que lut fournissaient les inventeurs, créer Une quantité incomparablement plus considérable dés produits qu'il obtenait aupavant è l’aide du matériel grossier que lui avaient légué les siècles. El . telle a été cette différence de productivité, que, malgré la perte résultant do la mise è la réformé de l’ancien outillage et les frais d’acquisition du nouveau, la rlohesse des nations' industrieuses et épargueuses s’est accrue au point qu'en France, par exemple les contribuables alimentent régulièrement, et sans trop se plaindre, un budget octuple (près de 4 milliards au lieu de 4 è 800 millions) (t) de celui qui leur paraissait écrasant au xvm e siècle. On s’expliquera ce phénomène en calculant l'augmentation de la productivité de quelques-unes des industries que le progrès a transit) En ttté, les dépenses réduites per Tiirgot ne s'élevaient qu'à 414.445,163 livres. Charles Qomel, Ministère» de Target et de Keekei*.

Ll.riMA VERRA

formées. Michel Chevalier l'évaluait de 1 à 180 pour la mouture du blé, et h un chiffre plus élevé pour la fila* ture et le lissage des étoffes. La fabrication des tricots lui fournissait un exemple plus saisissant encore : une femme, habile à tricoter à la main, fait 80 mailles par minute: avec le métier circulaire, elle peut en faire 480.000, la progression est de 1 à G.OOO. D’après MM. Wheolor et Wilson, il faudrait pour confectionner une chemise d'homme, quatorze heures, vingt-six minutes du travail d’une couturière; il suffit d'une heure seize minutes avec la machine h coudre. Celle-ci faisant 640 points à la minute dans la toilo fine, une ouvrière n'eu fuit que 23, vingt-huit fois moins (I). Ces progrès ont eu des conséquences de deux sortes, directes et indirectes. En augmentant la production des industries sus mentionnées, iis ont abaissé le prix de leurs produits et les ont mis à la portée d’un plus grand nombre de consommateurs. C’est uno do leurs conséquences directes, sans parler des autres. En procurant une économie aux consommateurs, sur l’achat de leur pain, de leurs tricots ou leurs chemises, ils leur ont permis d’employer cette éconoriiie à l’acquisition d’autres articles de nécessité ou de confort, et de contribuer ainsi au développement des industries qui les produisenl.

(i) Introduction aux rapports du jury international de l'exposition de 1867. Cité dans l'fivoiufion économique du xix* siècle, p. 5.

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque

le de France

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