L’ÉVOLUTION DU SALARIAT
On peut partager en (rois périodes l'histoire des rapports des entrepreneurs et des ouvriers, des salariants et des salariés, sous le régime de la liberté do l’industrie, bien qu'il n’y ait entre ces périodes aucune ligne de démarcation, nettement tracée. La première va de la naissance de ce régime à l’époque de la transformation des moyens de communication et de l'abrogation des lois sur les coalitions. Elle est caractérisée par la prépondérance générale du salariant dans le contrat d’échange du travail contre un salaire. La seconde est marquée par la lutte de plus en plus ardente des deux parties : c’est une période de guerre dans laquelle les salariants s'efforcent per las et nef as de conserver leur prépondérance ou de la ressaisir, les salariés de l’acquérir. Dans la troisième, bien qu’elle commence seulement à poindre, on peut déjà prévoir que leurs
ULTIMA VEBOA
rapports, sa pacifieront par l'ajustement utile et équitable de l’offre et de la demande du travail, aoua l’impulsion de la concurrence agissent dans un milieu, de plus en plus étendu et libre.
Si le régime delà servitude qui a été, dès la naissance de l'industrie, celui du travail manuel, livrait l’ouvrier à la domination parfois tyrannique d’un maître, il avait l’avantage d'assurer son existence. Celte assurance imposée, il la payait au prix de sa liberté, mais dans l'état de sa mentalité et des circonstances du milieu où il vivait, on peut se demander s'il eût été capable de s’en passer. Il s’y soumettait généralement sans résistance, et c'est seulement è mesure que sa capacité de 1 pourvoir lui-même aux nécessités de son existence s’est accrue, qu’il a commencé à lu trouver trop onéreuse et cherché à s’en affranchir. Do même, c’est lorsque les propriétaires de domaines agricoles, de métiers ou d’irfduslries, ont pu se procurer le travail libre en quantité suffisante et au-dessous du prix que leur coûtait l’assurance de la vie de leurs esclaves ou l’assistance de leurs serfs, qu’ils ont cessé de s’opposer à leur libération et en ont pris même fréquemment l’initiative. Ce progrès sé serait donc accompli naturellement, de lui-même,
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque national
le de France
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au moment et dans la mesure où U eût élo avatitpgeux aux deux parties, et peut-être las maux qui ont suivi l'avènement de la liberté du travail, eussent-ils été évités si la Loi n’était pas intervenue pour l’imposer, sans avoir égard h l'étal de la mentalité des affranchis et aux circonstances du milieu où ils vivaient. Bref, en celte matière comme en bien d’autres, on peut se demander si l'intervention de l’Etat n’a pas été plus nuisible qu’utile.
Quelle était, en effet, In situation respective des employeurs et des emptoyés à l’époque où les liens do dépendance mutuelle qiii les unissait encore, — quoique ces liens se fussent successivement affaiblis, — ont été brusquement rompus par la loi ? Cette situation était essentiellement inégale.' Les entrepreneurs d'industrie étaient protégés è la fois contre les consommateurs auxquels ils vendaient leurs produits et contre les ouvriers dont ils aciietaient le travail. Celle douille protection, dont ils étaient redevable à leur influence dans l’Etat, avait pour instruments, d’une part, la législation douanière, d'une autre part, les lois sur les coalitions. La législation douanière fournissait aux entrepreneurs d'industrie le moyen d'élevèr, au-dessus du taux naturel de la concurrence, le. prix des articles de consommation contre lesquels les ouvriers échangeaient leur salaire. Le surcroît de profit que celle législation protectionniste procurait è scs bénéficiaires était ainsi
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acquis, au moins pour la plus forlo part, aux dépens du salaire, dont lo pouvoir d’achat se trouvait diminué d'autant. Les lois sur les coalitions, on interdisant aux ouvriers de s’associer pour débattre les prix et conditions de l’emploi de leur travail, les plaçaient, vis-à-vis de l’employeur, dans une situation inégale, car ils étaient plus pressés de lui vendre leur travail qu'il rte l'était de leur acheter. Gomme le remarquait Adam Smith, « à la longue, il ae peut que le maître ait autant besoin de l’ouvrier que celui-ci a besoin du maître, mais la besoin du premier n’est pas si pressant. » Quoique l’ouvrier fût libre de par la loi de débattre les prix et conditions que lui offrait l'employeur, en fait, il était généralement obligé de les accepter sans débat. Est-il besoin d’ajouter que l’employepr s’efforçait naturellement d'obtenir la plus grapde quantité de travail comme de toute' autre marchandise en échange dè la plus petite somme de monnaie, autrement dit du salaire le plus bas. À la vérité, dans les localités où l’industrie se partageait entre plusieurs entreprises, l’ouvrier pouvait profiter de la Concurrence des employeurs, auxquels les coalitions étaient iiiterdilescomme & lui-même; mais ainsi que le remarquait encore Adam Smith, « les maîtres sont en tous temps et partout dans une sorte de ligue tacite, mais constante et uniforme, pour ne pas élever le salaire au-dessus dii taux actuel. Violer cette régie est partout une action de faux frère. » L’ouvrier