XII PRÉFACE
semble plus que jamais devenir une utopie puisque le régime constitutionnel augmente ehcore ainsi lés frais du gouvernement belliqueux et protectionniste quoiqu’il les reporte souvent sur les générations futures en les laissant responsables de ses emprunts et de ses dettes.
On s'imagino communément que ce régime est le plus parfait possible, pourtant on remarque de nombreux symptômes de décadence même chez les peuples les plus avancés en civilisation. Nous croyons qu’il sera perfectionné comme l’a été la machine à vapeur et lé métier à tisser. Et déjà l’on peut conjecturer ce que seront ces progrès en voyant quelles évolutions ont subies les entreprises financières ou industrielles. Mais si le perfectionnement du régime constitutionnel est possible, il peut.aussi être retardé à cause du grand nombre d’ihdividus incapables qui remplissent les devoirs électoraux. Nous ne parlons pas de l’extension aux femmes du droit de vote, que nous ne souhaitons pas, bien que nous soyons tout l’opposé d’un anliféministe, parce que plus il y. aura d’électeurs, plus les résultats seront mauvais. Et ce n’est pourtant pas déjà brillant. Si l’on regarde d’un peu près les faits et gestes des représentants du peuple, on aperçoit partout lour inconséquence : En Espagno les uns consentent à
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laisser fusiller Ferrer sous prétexte qu’il enseignait une morale contraire 4 celle du gouvernement, qui n'en a pas, et les autres sous prétexte de libéralisme, rompent avec le Pape à propos d’associations religieuses qui conviennent à certains partis mais non à tous. En France ils ont confisqué des biens et prononcé le bannissement de religieux et religieuses qui enseignaient une doctrine qui leur déplaisait ; pour accomplir ce travail ils se sont adjugé individuellement quinze mille francs par an I En Belgique, nous avons été témoin d’une enquête libérale dirigée contre les pauvres femmes qui faisaient donner à leurs enfants l’enseignement congréganiste, le résultat a été d’amener le parti clérical au pouvoir, où il se maintient depuis vingtsix ans malgré la rancune d’une partie des électeurs mécontents de le voir monopoliser places et faveurs du gouvernement pour ses créatures au détriment de l’industrie et du eommerco qui eu font tes frais. En Allemagne, les représentants du peuple se montrent les humbles serviteurs du gouvernement qui opprime les anciens sujets du Danemark et les Polonais obligés à Un service militaire et à des impôts qu’ils ne doivent pas, En Russie, la Douma a accepté le transfert au peuple des charges et emprunts de la guerre avec le Japon et a, en outre, validé le despotisme infligé aux Juifs,
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aux Polonais et aux Irlandais. En Amérique, les représentants du peuple ont ratillé la confiscation des intérêts des vaincus des Etals du Sud au profit des industriels protectionnistes du Nord et do l'Est qui en ont profité pour accaparer les industries protégées, d’ofi découlent les trusts avec les milliardaires, et remplacé l’esclavage par le mépris ol le lynchage des noirs. Leurs politiciens sont pour la plupart tellement décriés que les honnêtes gens ne veulent pas les recevoir... et le malheur est qu’en nombre d'autres pays ils commencent aussi à glisser sur cette pente. En Italie ils ont augmenté le fardeau des impôts dans des proportions telles que l'émigration s’y est développée d’une façon intense. En Angleterre des scènes de pugilat se sont produites en plein Parlement de même qu’en Autriche-Hongrie où les antisémites se livrent à leurs fureurs et les diverses nationalités & leurs disputes pour la prééminence dans la direction des affaires de l’Empire, ne retrouvant un peu d’accord que lorsqu’il s’agit de s’emparer du bien d’autrui comme l’annexion de la Bosnio-IIerségovine, par exemple. En Turquie, ne voit-on pas aussi une petite coterie, sorte de comité directeur, s'efforcer de faire prévaloir les intérêts du « lurquisme » au lieu de régir équitablement ceux de toutes les populations qui forment l’ensemble du pays. Tels ont
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été quelques-uns des faits ot gestes des représentants du peuple sous le régime qualifié de constitutionnel.
Mais on peut se figurer un régime supérieur au régimo constitutionnel. Et ce régime, modelé sur là constitution naturelle de l’industrie, sera énormément simplifié. Déjà los compagnies de transport, tes institutions financières, les sociétés industrielles et commerciales ont un conseil d’administration dont les opérations sont surveillées par des délégués des actionnaires et aussi par cés derniers qui se réunissent une lois l’an, parfois deux, pour examiner les affaires, prendre les décisions utiles et ratifier les comptes. Ils participent aux travaux de l’assemblée suivant le nombre d'actions qu’ils possèdent. Une partie du conseil d'administration est nommée par le fondateur de l’entreprise^ la ratification des autres nominations est réservée aux actionnaires après proposition du président et du Conseil. Les membres de ces conseils sont généralement rééligibles et restent en fonctions leur vie durant. Ils diffèrent peu en cela des ministres de l'ancien régime monarchique, témoin Colbert, tandis que ceux du régimo constitutionnel sont devenus d’une mobilité excessive, selon l’état des partis qui se partagent les parlements. — Dans les entreprises privées, tes assemblées nomment un préei-