LU YOL ET L'ÉCHANGE
L'espèce humaine, formée des mêmes éléments que les espèces végétales et animales, doit pourvoir, avant tout, aux besoins qui lui sont communs avec elles. Elle doit chercher sa subsistance et défendre sa vie contre les espèces concurrentes, en suppléant h son infériorité physique par l’exercice et |o développement des facultés intellectuelles et morales qui lui sont propres. Dans les différentes parties du globe oh ils sont nés, les hommes unissent leurs forces pour se défendre contre leurs ennemis ; ils forment des sociétés, clans ou tribus, inventent des aimes et des outils. Et tandis que les es- : pèces inférieures ne possèdent que le pouvoir de détruire et de consommer les matériaux de subsistance à leur portée, ils peuvent les multiplier. Us peuvent produire. Comment? En substituant l’échange au vol dans 'acquisition dés subsistances. Le vol est le procédé
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commun à toutes les espèces végétales et animales. Elles s'emparent des matériaux nécessaires à l'entretien de leur vie et les consomment, mais sont incapables do les reproduire. Or, quelle est la conséquence inévitable do l'emploi de ce procédé? C'est l'épuisement final des matériaux de la vie et l’extinction des espèces. Quelle est, au contraire, la conséquence de l'échange ? C’est la reconstitution des matériaux de la vie, aussi longtemps que les éléments constitutifs do ces matériaux existent.
La civilisation qui a élevé l’espèce humaine au-dessus des espèces végétales et animales, s'est opérée par la substitution de l'échange au vol, accomplie sous la pression du moteur do l’activité de fous les êtres pourvus de vie : la concurrence. Sous lu pression de la concurrence, tes tribus industrieuses ont mis en œuvre leurs facultés d'observation et d'invention, créé l'agriculture et les premiers arts, décuplé ainsi la productivité de leur travail. Mais en réalisant ces progrès, elles éliraient une plus riche proie aux tribus mieux pourvues des facultés destructives qui continuaient à vivre de vol. Les plus intelligentes de celles-c i ont -fini par découvrir qu’elles trouveraient plus de profit à les assujettir qu’à les dépouiller et à les détruire. Dès ce moment, t'échange a commencé à so substituer au vol. Les hommes forts et courageux qui s'étaient emparés des producteurs de subsistances et du domaine qu’ils cultivaient ont été intéressés à les conserver et à les défendre
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de Fr
IK YOI, ET I.’ÊCHANGB
comme auparavant ils l'étaient ii les piller et à les massacrer. Alors s’est ouverte une longue période de luttes entre les fondateurs d'Etats et les tribus vivant encore uniquement do vol. Dans cette période, la nécessité qui s'imposait aux sociétés fondatrices et propriétaires d'Etats consistait & augmenter leur puissance et leurs ressources, sous peine do dépossession et de destruction, c’est-à-dire d'empéclter leurs membres d'user à l'égard les uns des autres du procédé du vol, et tel a été l'objet des premiers codes ; ensuite de conserver et de multiplier les producteurs de subsistances qu'ils avaient assujettis et d’augmenter le profit qu'ils tiraient d'eux. Avec cette population assujettie, ils faisaient un échange — échango de services de gouvernement et de sécurité contre des produits matériels ou des services domestiques, Seulement, cet échange, opéré sous sa forme primitivo de monopole, contenait une part de vol. Le maître pouvait imposer à son esclavo la totalité d'efforts, do travail, que l’esclave était capable do fournir, et lui enlever de même la totalité des produits do ce travail. Dans ce cas, le monopole n’aurait été .qu’un vol pur et simple. Mais la nature s’y opposait.’ Quelle quo fût la rapacité du maître, il ne pouvait conerver son esclave qu’à la condition de lui abandonner la part de produit nécessaire à sa subsistance, en sus des services de gouvernement et do sécurité qu’il lui codait.
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