ULTIME VERBA
Sous la pression de la lutte entre tes sociétés qui vivaient de l’échange sous forme de monopole et celles qui subsistaient uniquement par le vol, de3 progrès s'accomplirent qui mirent à la longue les premières à l'abri des invasions des secondes. Mais la lutte n'en continua pas moins. Elle eut désormais pour objet principal, non plus la défense contre les tribus barbares qui vivaient de vol, mais la pralique du vol entre les propriétaires d'Etats plus ou moins civilisés. Cette pratique avait pour objet l’agrandissement de leurs Etats, l'accroissement du nombre de leurs esclaves, de leurs serfs ou de leurs sujets, partant, des revenus qu’ils leur fournissaient sous forme de corvées ou d'impôts. La guerre, savoir le mode d’acquisition delà richesse par le vol, restait la principale industrie des sociétés propriétaires d’Etats. C’était une industrie aléatoire, mais, néanmoins, ia plus avantageuse de toutes les branches, de l’activité humaine. A la société victorieuse, elle valait une augmentation plus ou moins considérable de territoire garni do sujols, parlant d’impôts ot de revenus. A la société vaincue, elle en enlevait temporairement une partie, mais en lui laissant d'ordinaire l’es- . poir de la recouvrer. Dans les deux cas, vaincue ou victorieuse, elle m'en supportait pas elle-même les frais. Ces frais élajenl couverts parlas sujets de l'une aussi bien que de l’autre. Au temps où ils étaient menacés do destruction par les invasions des barbares, la guerre, en
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suscitant des progrès qui augmentaient la puissance de leurs maîtres, leur valait un supplément de sécurité. Mais depuis que l'accroissement de cette puissance a mis fin aux invasions des barbares, iis n'en tirent plus ■ aucun profit. Au contraire, la guerre entre les Etals devenus plus nombreux et plus puissants leur coûte plus de frais et leur cause plus de dommage. Or, les esclaves, passés à l'état de serfs puis de sujets, sont devenus à leur tour riches et puissants. Le fardeau des redevances et des impôts allant s'alourdissant, par l'accroissement des frais de la guerre, ils les supportèrent de plus en pu s impatiemment. Ils ont fini par vouloir tes débattre et les fixer de gré à gré. Autrement dit, ils ont youIu être appelés à consentir l'impôt en échange duquel ils reçoivent les services de gouvernement et de sécurité de la société propriétaire de l’Etat, . Celle prétention, d'abord considérée comme insolente ei rigoureusement réprimée, acquit une force croissante par suite de l’extension du domaine dé l'échange et l’avènement de la concurrence sous sa forme productive.
Sous l’impulsion des progrès que suscita la concurrence, l'industrie prit un essor extraordinaire et détermina un accroissement rapide de la richesso et de la puissance des propriétaires et des directeurs des entreprises de production.. Une lutte s’engagea enlro cette .bourgeoisie industrieuse et l'aristocratie gouvernante.
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Celle lulto so termina tantôt par uno révolution violente, tantôt par une évolution paciflquo qui plaça l’Etat, avec les services de sécurité et de gouvernement dont il possède lo monopole, entre les mains de la nation. Mais la nation ne peut exercer elle-même ces services. Des associations- politiques ■ - des partis — se constituent pour les remplir et ils y sont d'autant plus excités que c’est uno industrie qui procure, plus qu'aucune autre, des profils matériels et moraux. Au monopole permanent d’une aristocratie ou d’une maison propriétaire de l’Etat a succédé je monopole temporaire d'un parti. Quelles ont été les conséquences do ce changement qui a fait succéder lo régime constitutionnel et parlementaire, au régime plus ou moins autocratique du chef héréditaire de la classo des propriétaires de .l’Etat ? La première de ces conséquences a été la mobilité du pouvoir et la lutte ouverte entre les partis pour s'en emparer. Ces partis ont pour objectif nominal l'intérél de la nation et, à leurs débuts, ils avaient sincèrement l’intention de lui être fidèles, Mais en leur qualité de concurrents, ils croyaient aussi non seulement qu'ils étaient seuls capables de se charger des services essentiels de l'Etat, que ces services, en tombant entre, les mains des autres partis subiraient une inévitable décadence et finiraient par causer la ruine de la nation. De là, l’ardeur de la lutte et, particulièrement en France, la violence initiale de ses procédés.
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Comment se forment les partis et reorutent-ils leur état-major et leurs soldats ? Ils se forment et se recrutent dans chacune des classes dont sa compose la nation. Quoiqu'on ait prétendu que ces classes n’avaient point survécu à la suppression de l’ancien régime et & l’avènement du nouveau, elles ont continué de subsister sous l'influenco, celle-ci permanente et indestructible, do la nature des sociétés et des choses. Les fondateurs du nouveau régime ont dé eux-mêmesen convenir, en finissant par reconnaître la nécessité de restreindre l’exercice du droit de posséder l'Etat et d’élire les mandataires chargés do gouverner la nation. La classe peu nombreuse seule réputée en Franco comme politiquement capable, se composa d’abord de l'aristocratie auparavant propriétaire de l'Etat et d'une ample part du domaine territorial, ensuite de la bourgeoisie enrichie par l'industrie et le commerce. Enfin, un progrès considéré généralement comme le plus nécessaire de tous, a conféré à une foule de plus en plus nombreuse l’exercice du pouvoir d’élire les mandataires chargés de la direction do l'Etat. Ce progrès est partout en train de se réaliser et il ne reste plus guère aujourd’hui qu’à adjoindre au suffrage universel masoulin le suffrage féminin.
Dans les divers pays où ces progrès politiques ont été accomplis : avènement du régime constitutionnel et parlementaire, extension du suffrage à ta multitude
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auparavant en tutelle, il importe avant tout d'examiner quels sont les opinions et les intérêts de chacune des classes dont se compose la nation.
La classe supérieure, en minorité dans chaque pays, se compose, en revanche, de membres individuellement .plus puissants, sinon toujours plus riches et plus intelligents, que les individus des classes inférieures, Ils appartiennent, les uns é l’aristocratie autrefois en possession des fondions supérieures militaires et civiles de l’Etat, les autres h la portion la plus riche de la bourgeoisie propriétaire de la plupart des entreprises de production industrielle et commerciale. Gomme celles de l'immense majorité des hommes, leurs opinions sont gouvernées par leurs intérêts. Occupant les principales fondions de l'Etat, ils emploient leur influence politique à s’en assurer la conservation et à en accroître l'importance, Propriétaires fonciers, ils sont protectionnistes agraires comme les chefs d’industrie, et les capitalistes leurs commanditaires, sont protectionnistes industriels, Quoique leurs intérêts soient divergents, ils trouvent cependant profit é se coaliser contre les partisans de la liberté du commerce. La même divergence d’intérêts lés Sépare sur la question- de la paix ou dé la guerre, Les descendants de l’apcienne aristocratie sont naturellement intéressés ê la persistance de la guerre qui leur avait, valu leur prééminence et é laquelle leurs instincts combatifs les rendaient pariieuiièrement
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propres, tandis, au contraire, que la classe qui tire ses moyens d'existence de l’industrie et du commerce est généralement intéressée à la paix, Cependant, quelques-uns de ses membres les plus riches et les plus influents trouvent dans l’état de guerre des jouissances exceptionnelles de situation et de vanité ; ils se mêlent à l'aristocratie en envahissant, par exemple, les fonctions de ta diplomatie que la permanence de l'état de paix achèverait de rendre inutiles. D’autres trouvent de fructueux profils dans les industries qui fabriquent et renouvellent le matériel de guerre.
Au-dessous de celle classe essentiellement conservatrice, apparat! une classe [composée de la plupart des membres des professions libérales et du personnel de la moyenne industrie. C’est dans celle-ci, que se recrute principalement le parti dit libéral. Il dispute la possession de l’Etat au parti conservateur, et réussit souvent à la lui enlever, en suppléant à l’influence du nom ou de la richesse par l’ardeur et le nombre. On distingue toutefois dans cette classé moyenne deux tendances opposées selon qu’elle se rapproche de la classe supérieurs ou confiné à la masse ouvrière. L'une grossit le parti conservateur et participe à ses bénéfices lorsqu’il est au pouvoir ; l'autre s’allie plutôt à la classe ouvrière depuis qu'elle a obtenu par l'abaissement du cens électoral, une chance d’y arriver'. liu parti libéral se détache alors un parti radioal, puis, l'avènement du
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suffrage universel fait surgir un parti socialiste, Comme ses atnés, celui-ci a pour objectif la possession du pouvoir et de ses avantages, Mais, conscient de la puissance que la richesse et l'occupation du pouvoir donnent à ses concurrents, il n’a qu’une faible confiance dans la supériorité du nombre et lui préféré volontiers, comme plus expéditif et plus sûr, l’emploi des moyens révolutionnaires.
Si donc on considère les résultats de la substitution du régime constitutionnel et parlementaire h l’ancien régime autocratique, on est amené à craindre qü’il ne résolve pas encore le problème du meilleur gouvernement possible. D’abord, il a lo défaut de coûter plus cher sans offrir toujours des garanties plus sûres de sécurité et de liberté. Il coûte plus cher, en premior lieu, à cause de la mobilité de la possession du pouvoir : le parti qui a réussi à l’obtenir n’en a que la' jouissance précaire, il est- en conséquence obligé de fournir à ses soldats, s’il veut les conserver, uno solde proportionnée aux risques de chèmage auxquels ils sont exposés, en second lieu, à une classe à laquelle la possession permanento du pouvoir avait conféré de génération en génération les avantages matériels et moraux altaohés à son exercice, a succédé, en concurrence avec elle, une classe parfois famélique, en tout cas formée de membres occupant des situations inférieures et d’autant plus ardents è combler la différence qu’elles étaient
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de France
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plus basses, Knfin, et ce n'est pas le moindre vice du système qui a transformé les gouvernés en électeurs, il a inauguré une nouvelle forme do la corruption, parente du vol : ia corruption électorale. On no poul, on effet, participer il la production des services do l’Etal ol aux bénéfices qu'ello confère qu’a la condition d’être élu par les consommateurs de ces services ; c'esl-à-diro après avoir oblenu la majorité dans une circonscription électorale. Il faut donc demander le vote des électeurs, et ce vote a une valeur puisqu’il est demandé. Les électeurs n'ont pas fardé ii s’en apercevoir et ils l’estiment d'autant plus haut que la fonction à laquelle il donne accès devient plus profitable : pourquoi n’en tireraientils pas, eux aussi, quelque profit ? Ils réclament en conséquence une part des subventions que leurs' mandataires ont le pouvoir d'accorder sous une forme ou sous une autre, une protection particulière pour leur industrie, parfois un adoucissement des rigueurs de là loi ; les plus besogneux et lés moins scrupuleux vont môme jusqu'à monnayer leur vote. Et plus la concurrence de la demande est vive, plus naturellement s'élève la valeur du vote. En supposant que la généralité des branches de la production vienne à être placée sous l’autorité souveraine des mandataires de la nation, ils acquerraient un pouvoir autrement étendu que celui d’un'Louis XIV ou d’un Napoléon, et la valeur du vole qui conférerait ce pouvoir serait à son maximum.
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Quoique le monopole temporaire d'une association politique ou d'un parti ait succédé au monopole permanent d’une aristocratie ou d'uno maison propriétaire de l’Etal, sou intérêt consiste, commo celui de sa devancière, à étendre le domaine sur lequel il s’exerce. En cela il ne diffère point de celui d’une société industrielle quelconque, toutefois avec une différence essentielle du mode d’acquisition : l'agrandissement du domaine de l’Etat ne pouvant s'opérer que par une guerre de conquête, c’est-à-dire parle procédé du vol. On a d’abord quelque peine à s'expliquer que l’emploi de ce procédé primitif ail subsisté depuis qu’il se solde eu perte et qu'il est généralement réprouvé commo immoral sous la plupart de ses autres formes,
Cela tient à un retard partiel de la mentalité de l’homme civilisé, dos facultés morales ne se sont pas développées .à l'égal de son intelligence ni suflisamment pour maîtriser ses autres penchants. Tout en pratiquant l’échange et quoiqu’il lui soit redevable de l’acorosisoment de sa richesse et de son bien-être, il n’a pu encore so dépouiller entièrement do son penchant au mode primitif d’acquisition, le vol. Une loi naturelle, amorale, ta loi de l’économie des forces, le porte instinctivement à choisir entre ces deux modes, celui qui lui parait le
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plus avantageux, celui qui lui procure instantanément la plus grande somme de matériaux de Jouissance en échange de la moindre somme de travail et de peine. Cependant, l’expérience des siècles ayant démontré l’incompatibilité de ces deux modes d’acquisition et la supériorité manifeste do l’échange, a fait rigoureusement prohiber le vol ou sein do chaque société. Et c’est pour assurer cetle •interdiction qu’ont été établies et sanctionnées par un pouvoir souverain toutes les lois qui en répriment et en punissent l’emploi, I.o penchant a s'emparer du bien d’autrui n'en a pas moins subsisté et l’on ne saurait dire qu’il se soitsensiblementaiTaibli. 11 s'est même développé en devenant plus productif à mesure que la production et l'échange ont accru la richesse, car le vol a pu alors faire main-basse sur une partie croissante de cette richesse. Toutefois, il a été do plus en plus activement poursuivi et puni par un pouvoir devenu de plus en plus fort. Aussi, saus disparaître sous sa forme primitive, n’cst-il plus guère pratiqué que par une minorité demouréo réfractaire à la civilisa: lion. Mais, tout en étant prohibé comme nuisible, immoral et déshonorant dans l’intérieur de chaque Etat, il est resté permis et même considéré comme honorable et glorieux h l'extérieur, quand il s'opère aux dépens des autres Etats sous la forme d’une guerre de conquête.
Ce phénomène et celle anomalie morale paraîtraient,
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disons-nous, incompréhensibles depuis que l'Etat appartient à la nation et que la guorro se solde par une perte, aussi bien en cas do victoire qu'en cas do défaite, si elle n’était partout décidée et engagée par le monarque ou le chef d'un parti en possession du puissant mécanisme de l'Etat, sous la pression d'une minorité politiquement influente à laquelle la guerre rapporte, quelle qu’en soit t’issue, plus qu’elle ne coûte. Cette minorité se compose du haut personnel des armées, des fournisseurs du matériel et des approvisionnements, des banquiers qui négocient les emprunts de guerre, cto., etc., qui trouvent les uns et les autres dans une guerre des prodis qui dépassent leur part des Trais et des perles qu’elto cause. Enfin, la guerre apparaît souvent comme un moyen de conservation à un chef de gouvernement autocratique ou constitutionnel, menacé par uno opposition à laquelle elle permet d'imposer silence.
Cependant la guerre exige aujourd’hui des quantités croissantes d’hommes et de capitaux. Le service obligatoire devenu presqu’universel, bien que la civilisation n’ait plus à redouter les invasions des barbares, fournit les picmiers en abondance, les seconds sont puisés, d’abord, dans le stock monétaire des banques nalionates, ensuite dans les emprunts auxquels prennent part les étrangers aussi bien que les nationaux. Et (elle est l’impartialité des capitalistes qu’il leur arrive parfois de .
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