‹ Ultima verba mon dernier ouvrageChapitre 9 sur 70 · LE VOL ET L ‘ÉCHANGE · texte numérisé non relu

LE VOL ET L ‘ÉCHANGE

prèler aux deux belligérants. Ajoutons qu’un Etal belliqueux n’a point 6 redouter les résistances de la ualion, si pacifique qu'elle soit, car, si lo progrès politique l’a munie abondamment de garanties théoriques, le progrès économique a armé l’Etat moderne d’instruments pratiques irrésistibles, chemins de fer, télégraphes, etc., pour réprimer toute tentative de résistance à ses volontés. 11 est facile, d’ailleurs, d’éveiller les passions belliqueuses do la multitude, d’autant plus qu’elle ne supporte pas immédiatement — et c’est un autre progrès — les frais et dommages de la guerre. Ses pires désastres demeurent simplement locaux même en cas de défaite, La région envahie souffre seulement de In présenco do l’ennemi. Et si c’est un ennemi suffisamment discipliné et civilisé, il respecte les personnes et les propriétés de la population civile, il paye mémo comptant ses achats. Le reste du pays n’en éprouve aucun dommage matériel. Au contraire, le départ d’une partie de la population valide, en diminuant le nombre des bras empêche les salaires de baisser el parfois môme les fait hausser. Les vides causés par les perles d’hommes ont un effet analogue, au retour de la paix, quelle que soit l’issue de la guerre. Quelle est alors la situation? St la guerre a été heureuse, le vainqueur reçoit d'habitude une indemnité, laquelle s’est élevée après la guerre franco-allemande à cinq milliards, mais le vaincu n‘a pas eu besoin do la prélever immé-

ULTISIA VEBBÀ

diatement sur ses contribuables. Le crédit la lui a Fournie. On com,oit qu’une somme de oinq milliards ajoutée au capital de la .nation victorieuse ait causé un vif stimulant & son industrie et l'on s’explique l'impulsion extraordinaire qu'elle en a reçue. Il semblerait que la nation vaincue ait dû subir une perte au moins équivalente. On a vu, au contraire, l’industrie française prendre un essor presque égal à celui de l’industrie allemande. Gela tient li ce qu’une faible partie seulement dos frais de la guerre n été demandée à une augmentation d’impéts et il ce qu’une somme équivalente nu montant de l’indemnité l’a été au crédit pour refaire et accroître le matériel de guerre. Le capital disponiblo de la nation, au lieu d’avoir été etilamé, a’est trouvé, en conséquence, aussitôt augmenté, et il a fourni un supplément d’aliment à l’industrie.

La nation vaincue s’est ainsi promptement relevée. Mais quel a été le résultat final de la guerre? Ça a été de reporter, en France, sur, les générations futures, la grosse pari des frais qu’elle a coélfs, et sur les deux nalions ceux de l’augmentalion de l’armement qu’elle a provoquée. Et remarquons que les générations futures n’ont pas été consultées et pour cause ! qu’elles supporteront indéfiniment des impéls qui diminueront leur capacité produclive, avec la perepeclivo d’une guerre de revanche. Or, une dette léguée par la génération présente aux générations tuturés, sans aucune contre-

valeur matérielle ou morale, est-elle outre chose qu'un

vol?

Tandis doue que la production et l'échange, stimulés par la concurrence, augmentent les forces et la riohesse d’une nation, le vol, sous la forme d’une guerre de conquête, les détruit, en léguant aux générations futures une masse croissante de dettes. Actuellement sur les IBO milliards do dettes dont les contribuables de l'ensemble des peuples civilisés ont à payer les intérêts, plus des deux tiers, soit 100 milliards, doivent être mis au compte des guerres passées. Les contribuables, qui ont de ce chef à fournir annuellement de 4 ê S milliards, y compris les frais de perception, commencent ê supporter impatiemment ce fardeau, surtout quand ils s’avisent de rechercher le profit qu’ils en ont tiré. Aussi tous les gouvernements ont-ils pris l'habitudeinvariable de réclamer l'augmentation, devenue habituelle de leurs budgets de la guerre, uniquement pour la défense nationale. Cependant, s’il est bien avéré que la civilisation n’a plus rien ê craindre de l’invasion des barbares, et si auoun peuple civilisé ne nourrit le projet antiéconomique et pervers d’attaquer les autres, on pept se demander s’il y a lieu d'angmenter chaque année les frais de la défense nationale. A la vérité, des procès peuvent surgir entre les gouvernemonls comme entre les particuliers. Ils peuvent avoir il défendre, suivant l'expression du Président de la Conférence do La Haye,

Ui-TISU VEtlOA

« tes intérêts essentiels et l'honnetir de la patrie ». Mais il en esl de môme pour ies procès qui surgissent entre les particuliers dont la collectivité constitue la nation. Ces procès, si importants et délicats qu’ils soient, les tribunaux se chargent do les résoudre, et ils déploient dans eello besogne plus d'intelligonco et do sens do la justice qu’on n’en trouve dans les torpilles et les schrapnells les plus perfectionnés. Enfin, la puissance nécessaire pour faire exécuter leurs jugements, les gouvernements pacifiques pourraient s'associer pour la leur fournir.

Aux charges résultant do la persistance de l’état de guerre, c’est-à-dire du vol par voie de conquête, se joignent celles des monopoles exercés par les gouvernements et leurs protégés. Les industries monopolisées par un gouvernement fournissent des arlicles, produils ou services, qui coûtent aux consommateurs et aux contribuables plus clicr que ceux des industries de concurrence, et causent par là-même à la nation une perte ou un ralentissement des progrès do la puissance et de la richesse.

il est assez cuiiottx d’examiner les raisons quo les gouvernements invoquent pour monopoliser, en totalité ou en partie, certaines branches do l'activité humaine.

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