‹ Un acteur caché du drame révolutionnaire, le général Choderlos de Laclos, auteur des Liaisons dangereuses, 1741-1803, d'après des documents inéditsChapitre 120 sur 168 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Alquier obtient la libération de Laclos. — Laclos invente les < boulets creux ». — Il est nommé Commissaire en chef des expériences de Meudon. — Exécution de Philippe-Egalité.

— L'avis de Napoléon sur sa mort. — Situation terrible de Laclos incarcéré à Picpus. — Son frère incarcéré au Luxembourg. — Le billet de Laclos k sa femme avant la guillotine.

— Comment il se sauve. — Laclos, auteur des discours de Robespierre. — Les lettres de prison. — Il se fait professeur d'arithmétique. — La sensibilité de l'auteur des Liaisons. — Le 9 thermidor. — Libération de Laclos et de son frère.

Laclos fut incarcéré le l**" a\Til à l'Abbaye. D'après Montjoie, il y rencontra }e duc d'Orléans. Le lendemain, sa femme s'adressait à l'assemblée générale de la section de la Butte-des-Moulins et lui demandait un certificat justificatif de la conduite de son mari. Sur sa requête, l'assemblée déclara que le citoyen Laclos avait rempli avec zèle et activité toutes les fonctions, dont il avait été chargé par elle, et arrêta qu'il lui serait délivré une expédition de tous les procès-verbaux qui le concernaient < . Cette manifestation de sympathie eût été impuissante à changer le sort du prisonnier, si, par bonheur,

U Archives de la police.

Alqiiier, raneien ami de La Rochelle, riniime du ménage Laclos, n'avait alors été président du Comité de Sûreté générale et de surveillance de la Convention. Tandis que Laclos lui adressait, comme président du Comité, les pétitions les plus persuasives, M™° de Laclos le pressait de ses sollicitations et de ses larmes. Le 10 mai, Laclos fut extrait de TAbbaye sur un ordre du Comité de Sûreté générale, signé d'Alquier, président, de Basire et de Rovère, et mis, dans sa maison, en état d'arrestation, sous la surveillance d'un garde, payé par lui et désigné par sa section.

Ce fut le citoyen Dreys, demeurant rue l'Evéque, n** 359, sans doute quelque artisan du quartier, auquel échut Thonneur de s'assurer de la personne de l'inquiétant gouverneur de Pondichéry. On en disait long dans la section de la Butte-des-Moulins sur cet homme étonnant, qu'on avait vu tour à tour diriger le Palais-Royal et le Club des Jacobins, répandre l'argent et prêcher l'émeute, soufflant tout le jour l'incendie sur les foules et, le soir, se retranchant brusquement dans la mystérieuse intimité des siens. Le citoyen Dreys n'approcha pas sans crainte l'infernal auteur des Liaisons dangereuses : il pensa que cet homme, qui s'était si bien joué, disait-on, de M™^ de Tourvel et de Philippe-Egalité, lui réservait aussi, à lui Dreys, un tour de sa façon ; il se tint donc prudemment sur ses gardes. Bientôt il vit M'"® de Laclos quitter l'appartement de la Cour des Fontaines, avec sa fille, pour se rendre à Versailles. Le lendemain, partirent encore la femme de chambre et le petit garçon. Le frère de la femme de chambre vint prendre des paquets, qui parurent à Dreys être du linge: il remarqua même un matelas. Mais il savait que le frère de la femme de chambre

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portait habituellement « des glaces et de Teau de » Ville d'Avray à Antoinette, au Temple ». Le 3 juin, cet homme reparut et emporta d'autres paquets, dans lesquels Dreys reconnut des objets de toilette. Cependant le gardien ne pensait plus qu'à échapper a son redoutable prisonnier, encore assisté d'un domestique et d'une cuisinière. Il avait remarqué dans l'intérieur de l'appartement une porte de service, donnant sur un autre escalier, et dont M™* de Laclos avait emporté les clefs ; sur le même carré, de ce côté-là, il savait encore que donnait la porte d'un autre appartement, actuellement scellée et gardée par un nègre ; or Dreys crut remarquer « qu'on faisait des démarches pour écarter le nègre». Il n'y tint plus, et, dès le 4 juin, il vint à la section pour y faire part des inquiétudes qui le rongeaient ; le nègre parti, il aura deux escaliers à surveiller au lieu d'un et déclare qu'il ne peut y suffire. La section en réfère aussitôt au Comité de Sûreté générale, qui ne répond pas; le 7 juin, elle renouvelle SOS instances ; Dreys se prétend malade et persiste dans sa démission. 11 fut remplacé par le citoyen Loppin ^

Cependant une terrible menace restait suspendue sur la tète de Laclos. Pour la conjurer, il fait appel à ses amis, multiplie ses démarches, renonce à ses emplois. Le 16 juin, muni d'une recommandation d'Alquier, il demande un rendez-vous à Condorcet, pour se disculper auprès de lui des calomnies dont il est l'objet ^. Le 20 septembre, pour éviter la destitution prochaine et sur le conseil de plusieurs membres du Comité

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