CHAPITRE XVI
A l'armée du Rhin. — Laclos a perdu l'habitude du cheval. — Grande estime d'Eblé. — A Grenoble . — En Italie avec Brune et Marmont. — Aflection de Marmont pour « le célèbre Laclos ». — Il lui confie le commandement de sa Réserve. — Le baptême du feu à soixante ans. — Lassitude et désir du foyer. — L'envoi du camée. — L'avis d'un Evêque sur les Liaisons dangereuses. — Le de Senectute de Laclos. — Il n'a aimé ni l'Italie, ni les Italiennes. — Sa rencontre avec Stendhal. — Retour à Paris. — Au Comité d'Artillerie. — L'affût Laclos. — Le fils de Laclos. — On le nomme à Saint-Domingue. — Il part pour Tarente.
L'armée du Rhin, commandée par Moreau, avait mission de repousser les Autrichiens sur le Danube, tandis que Bonaparte lui-même franchirait les Alpes, pour courir au secours de Masséna. Tout semblait présager une courte campagne. Au milieu d'avril, Laclos s'achemine en poste, par Meaux et Epernay, vers Strasbourg. Il passe sous la maison
1. Les biographes ont cité, les uns après les autres, à propos de Laclos, l'ouvrage anonyme suivant: Biographische Nachrichten von Laclos franzœsUchen Artillerie-général. Francfort-a. -l'Oder, 180'i. in-8. Cet ouvrage, s'il a existé, est actuellement introuvable en France et en Allemagne.
qu'il habitait en 4761, comme lieutenant, dîne avec le Général et Madame Baraguey d'Hilliers et va voir jouer M'*" Contât dans le Vieux Célibataire : c'est une ancienne connaissance: il soupe avec elle, en reçoit mille compliments et devise du temps passé. Des officiers généraux le recherchent. « Ou je me » trompe fort, écrit-il à sa femme, ou quelque » considération est attachée à mon nom. »
Le 24 avril, Eblé, qui commande l'artillerie de Tarniée, lui envoie ses ordres, u Le corps de réserve » étant le seul, qui n'ait pas de commandant de son » artillerie, je vous désigne pour remplir cet emploi. » Le corps est [)résentemenl à Bâlc ; son parc est » sous Huningue K » Cette réserve était la force principale des quatre unités, qui composaient Tarmée. On rappelait « corps de Moreau » ; le général en chef la commandait en personne. L'autorité de Laclos ne s'étendait pas seulement aux troupes actives, mais aux places et aux dépots, d'où il fallait expédier en hâte les munitions et le matériel nécessaires aux troupes d'opération. Le nouveau général de Tartillerie de réserve achète troischevaux à des juifs de Strasbourg et, le 1" mai, il a passé le Rhin avec toute l'armée, escorté de son ordonnance Tilleman, « exact » et soigneux », d'un postillon et d'un cuisinier (( bien seigneur pour être honnête ».
Laclos n'avait jamais fait la guerre. Si, vingt ans avant, pareille fortune lui fut échue, quelle ardeur l'eût transporté ! Les vœux de sa jeunesse sont enfin couronnés, mais, par une dérision du sort, c'est alors qu'il est impuissant à en jouir. A présent, des rhumatismes paralysent ses membres ; il prend froid la nuit sur les grandes routes ; de terribles rhumes