‹ Un acteur caché du drame révolutionnaire, le général Choderlos de Laclos, auteur des Liaisons dangereuses, 1741-1803, d'après des documents inéditsChapitre 141 sur 168 · Sensations d'Italie, p · texte numérisé non relu

Sensations d'Italie, p

» masse dans le soir qui tombe... » Pensait-il, en efifet, à ces tyrans grecs à Tâme voluptueuse et dure, comme celle des grands seigneurs de Versailles, qui, deux mille ans auparavant, avaient fait de la molle Tarente la ville des plaisirs pervers et des jouissances cruelles? Quelques mois après, un autre artilleur, égaré dans ces parages, Paul-Louis Courier, capitaine au 7® régiment, l'ancien régiment de Toul, militaire amateur comme Stendhal et styliste raffiné, traduisait Xénoplion, dressait des chevaux d'après ses méthodes et fouillait, en amoureux passionné d'histoire, les campagnes de la grande Grèce. Laclos, qui avait reconnu dans son siècle la maladie de rame antique, Laclos, qui Tavait décrite dans une langue aussi pure et aussi fine que celle des contemporains d'Alcibiade, songeait-il à cette rencontre singulière ? Vivait-il en Grèce comme Courier ? Jouissait-il, avec un sourire amer, de contempler ces lieux, témoins des raffinements d'une décadence, où palpitèrent des cœurs comme celui de Valmont et de M™" de Merteuil? Ou bien son âme, lassée de tout, s'abîmait-elle dans un universel dégoût de la nature et de la vie ? Nous pouvons maintenant répondre à la question que se posait M. Paul Bourget.

Après un voyage de 600 lieues, é[iuisé de fatigues, malgré sa faiblesse et son âge, le général Laclos ne pensait qu'à remplir dignement son devoir militaire. A peine arrivé au quîirtier général, il visite, sans prendre un moment de repos, cette côte brûlante et veut inspecter les différents établissements d'artillerie. En même temps, il ne cesse de réclamer au ministre des gardes, des officiers, du matériel. 11 lui faut six compagnies de renfort, dont deux à cheval. Le colonel d'Anthoûard reçoit l'ordre de

lui en fournir une, mais il entend garder les ouvriers. Or, Laclos les estime indispensables à Tarente. L'affaire est portée devant Lacombe Siiint- Miehel, de qui dépend toute l'artillerie de la péninsule, et celui-ci donne raison à Laclos. Le 3 septembre, on décide enfin à Paris de renforcer l'artillerie de l'armée de jNaples * ; mais, à la même heure, le général Laclos agonisait.

Dès le 2 août, la dyssenterie Ta cloué sur son lit; il n'a déjà plus la force d'écrire. Son aide de camp, le capitaine Lespagnol* couche à ses côtés et ie soigne « comme le fils le plus tendre ». C'est lui qui fait connaître à M'"^ de Laclos, en la mesurant prudemment, la triste vérité. Le 17, Laclos trace encore quelques lignes d'une main tremblante : a Bonjour, bonne chère amie, je t'aime et embrasse » de tout mon cœur ainsi que nos enfants. J'ai bien » peu de forces, mais c'est quelque chose d'en avoir » assez pour vous aimer tous et pouvoir vous en » assurer. Lespagnol te dira le reste ». Lespagnol continue, donne des détails et console M'"" de Laclos. 11 annonce que le général Gouvion Saint-Cyr propose d'envoyer Laclos à Paris, dans quelques semaines, dès qu'il sera mieux. Ce retour inespéré ne laisse pas d'égayer malgré tout le capitaine Lespagnol, qui est jeune, vigoureux et qui, lui aussi, aime sa femme, « la petite M'"^ Lespagnol ». Jadis il faisait six jours

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