CORRESPONDANCE AVEC M«^ RICCOBONI
semble se relâcher î C'est ce que j'ai voulu faire. M™* de M... et V... excitent dans ce moment une clameur généralle. Mais rappelés-vous les événements de nos jours, et vous rctrouverés une foule de traits semblables dont les héros des deux sexes ne sont ou n'ont été que mieux accueillis et plus honorés. J'ajoute même que je me suis particulièrement privé de quelques traits qui manquent à mes caractères par la seulle raison qu'ils étoient trop récens et trop connus, et que Thonnéte homme en diffamant le vice répugne cependant à diffamer les vicieux.
Les mœurs que j'ai peintes ne sont pourtant pas, Madame, celles de ces malheureuses que la misère réduit à vivre de leur infamie; mais ce sont celles de ces femmes, plus villes encore, qui scavent calculer ce que le rang ou la fortune leur permettent d'ajouter à ces vices infâmes, et qui en redoublent le danger par la profanation de l'esprit et des grâces. Le tableau en est attristant, je l'avoue; mais il est vrai ; et le mérite que je reconnois i\ tracer des sentiments qu'on désire d^im^iter, n'empêche pas, je crois, qu'il ne soit utile de peindre ceux dont on doit se deffendre.
Je ne finirai pas cette lettre sans vous remercier. Madame, de l'honnêteté avec laquelle vous avés combattu mon avis, et même encor de la complaisance que vous avés eue de la combattre, et je me félicite d'avoir fixé un moment sur moi l'attention volage du public; c'est particulièrement par l'occasion que j'y ai trouvé de faire parvenir jusqu'à vous, et de pouvoir vous adresser moi-même l'assurance et l'hommage des sentiments d'estime et de respect que je vous ai voués pour la vie.
J'ai l'honneur d'être, etc .
A Monsieur, Monsieur de La Clos^ à Vhôtel de la Garde, à Paris ^ rue Melléey
Avec de l'esprit, de l'éloquence et de l'obstination, on a
souvent raison, monsieur, ou du moins on réduit au silena* les personnes qui n'aiment ni à disserter, ni à soutenir leur opinion avec trop de chaleur. Permettez-moi donc de terminer une dispute dont nos derniers neveux ne verroient pas la fin, si elle continuoit. Le brillant succès de votre livre doit vous faire oublier ma légère censure. Parmi tant <le suffrages, à quoi vous serviroit celui d'une cénobitu ignorée ? Il n'ajouteroit point à votre gloire. Dire ce que je ne pense pas me paroit une trahison, et je vous tromperois en feignant de me rendre à vos sentimens. Ainsi, monsieur, après un volume de lettres, nous nous retrouverions toujours au point d'où nous sommes partis. J'ai l'honneur d'être votre très humble et très obéissante servante.
RiGCOBOM.
Ce vendredi.
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