p. de Rémusat. L'Angleterre au xviii* siècle. H
2. Longtemps après, en 1800, Laclos écrivait ix son fils : u Mande- » moi, je te prie, si ce M. Eliott, dont tu me parles, est le fils ou le y» parent du général Eliott, qui défendit Gibraltar si honorablement, »» et que j'ai eu l'avantage de voir assez souvent lors de mon voyage > en Angleterre en 1790 ».
Londres qu'à Paris. Dans le courant de novembro, on vit le prince de Galles, que son inconduite avait éloigné de la cour, se rapprocher du Roi son père» et lui « rendre même des devoirs assidus». 11 abandonna Brighthelmstone, où était établie M"** Fitzherbert, et le règne de cette favorite parut près de finir. « Mylord Longhborough et M. Fo\, » annonçait dans le même temps La Luzerne, « ont paru à la Cour » dans les deux derniers cercles, ce qui a fait nou- » velle ». On voyait enfin se réveiller, plus fortes que jamais, les anciennes rivalités de Pitt et du grand chancelier Thurlow. Celui-ci s'efforçait de faire entrer le prince de Galles dans le Conseil pour Topposer à Pitt. La lutte devint si vive qu'on put se demander si le Roi conserverait en même temps ses deux principaux ministres et Ton parla de Longhborough pour remplacer Pitt. Lord Landsdowne fut consulté par Georges IlL 11 représenta adroitement que l'entrée au Conseil du prince de Galles lui donnerait du goût pour les affaires et Tempècherait de fortifier l'opposition. « On peut présumer avec » quelque vraisemblance, écrivait Laclos à Paris, » qu'il y aura bientôt des changements importants, » non dans les choses, mais dans les personnes ».
Sans attendre l'effet de ses prophéties, il saisit ce moment pour tenter un nouvel assaut. Tout à Theure il a grandi son maître et amplifié sa mission. Il a parlé d'alliances solennelles, de liberté du commerce et de paix universelle. Brusquement le tableau change. Aux propositions de bravoure succèdent les airs de mystère, et le diplomate philosophe prend la figure impudente et le manteau à surprises de Scapin. Pitt va parler ! 11 n'attend que l'effet produit dans les Flandres par l'arrivée des nouvelles troupes autrichiennes. Qu'on prenne garde à la Prusse ! Si
elle réussit à s'entendre avec FAngleterre, tout se fera si vite que nous n'aurons pas le temps d'y parer. « Ce que je puis vous dire, M. le Comte, c'est qu'il » y a un moyen sûr de traiter avec ce pays-ci ; qu'il » n'y en a qu'un et que ce n'est pas celui mis en » usage jusqu'à présent. Il ne m'est pas possible de » m'expliquer davantage sur ce moyen unique, parce » qu'il m'a été confié, au moins pour le moment, » sous le sceau du secret : mais je pourrai en » faire usage si mes instructions m'autorisent à faire » quelques ouvertures conditionnelles, ou encore » si, sur l'article qui m'est personnel, ces instruc- )) tions étaient assez claires pour que je n'eusse pas » à craindre le reproche ou le soupçon de les avoir » outrepassées, ou même d'en avoir abusé pour » servir une ambition que je suis bien éloigné » d'avoir. »
Ainsi, comptant sur l'effet de son secret magique, ce n'étaient plus des moyens de répondre occasionnellement aux propositions anglaises que demandait Laclos pour son maître, c'était l'autorisation de faire des ouvertures conditionnelles, qu'il réclamait maintenant avec des airs modestes et des protestations d'innocence. La nature du moyen secret qu'il comptait employer, est clairement indiquée dans la lettre que le duc d'Orléans écrivit à Biron le 2 décembre : « Je crois, disait-il, que Pitt n'aura pas beaucoup » d'influence dans cette affaire; mais j'espère avoir )' trouvé les personnes qui décideront la volonté du » Roi dans cette occasion... Je crois qu'un bon » ambassadeur ferait ce qu'il voudrait pourvu qu'il rt eût carte blanche et un peu (Vargent^ pas même » beaucoup ». Peut-être s'agissait-il de payer les dettes du prince de Galles ?
Mais si l'on ne pouvait tout dire, il était encore
plus malaisé de tout écrire. C'est pourquoi Laclos^ après avoir écrit à Montinorin, dépécha son maître chez l'ambassadeur du Roi. Le prince récita sa leçon avec importance. 11 représenta que Pitt, nous sachant hors d'état de régler par nous-mêmes le sort des Pays-Bas, ne nous ferait sûrement pas les premières ouvertures : « Je sens, dit-il, combien il est » intéressant de ne pas se brouiller avec la Cour de » Vienne, puisque nous voulons tenir au système » autrichien, mais, pour moi, j'aimerais, ma foi, » mieux former une alliance avec l'Angleterre, la » Prusse et la Hollande, alliance dans laquelle nous » engagerions TEspagne. iNous nous assurerions par » là une paix perpétuelle, mais je vous avoue que » nous ne sommes pas assez avancés pour cela ; la » Reine a encore trop d'influence dans le gouver- » nement. » — « Croyez-vous, objecta La Luzerne, » qu'il y ait un seul ministre dans le Conseil du Roi, » dévoué à la Maison d'Autriche ? » — « Non, répon- » dit le duc, je suis convaincu, sur mon honneur, » qu'il n'y en a aucun qui ne soit extrêmement bon » français, et uniquement français, mais on craint » la Reine. C'est une vieille habitude et nous sommes » menés par des habitudes. » Son intention évidente était de rendre Marie-Antoinette responsable des objections que lui faisait Montmorin. 11 revint ensuite sur le traité de commerce, et fit enfin valoir qu'un accord avec l'Angleterre pourrait nous donner une partie de la Flandre, en échange de quelque cession coloniale. Mais voici le point essentiel de son discours : « Croyez-vous, dit-il à La Luzerne, que si » nos ministres, auxquels j'accorde extrêmement de » probité, n'encensaient pas encore ïldole, ils ne » trouveraient pas moyen de se mêler des affaires » de Flandre, sans choquer la Cour Impériale. Us
» n'auraient qu'à inciter, même laisser faire l'Assem- » blée nationale, tout rejeter sur elle, si les choses » allaient mal, et s'en servir si elles allaient bien. » La Luzerne répondit qu'une pareille négociation devait être entièrement réservée au pouvoir exécutif. Le prince reprit aussitôt « que l'Assemblée, pour le » moment, se mêlait de tout, sans s'informer si c'était » de son ressort ou non, mais qu'il était biendémon- » tré que toute autre assemblée raisonnable laisserait » en entier le détail des affaires étrangères entre les » mains du Roi, car il serait rebutant et choquant » de vouloir jamais le lui contester ; qu'elle avait » fait bien des sottises nuisibles, et qu'il fallait, puis- » qu'on en avait l'occasion, lui en faire faire une » qui pourrait être utile. »
Assurément c'était là des conseils ingénieux et opportuns, mais ils marquaient plus d'habileté que de respect pour Tesprit nouveau ; on comprend que Laclos ait eu quelque répugnance à les écrire et qu'il ait préféré cette voie détournée pour proposer à Montmorin d'utiliser contre l'Autriche les excès mêmes et l'inexpérience de l'Assemblée. En s'en faisant l'interprète, le duc d'Orléans montrait assez, qu'il avait plus de rancune contre la reine ([ue d'amour pour la constitution.
Montmorin avait besoin de tout son flegme. Sa moindre parole eût été exploitée avidement par le subtil secrétaire de son extraordinaire envoyé. Tout l'engageait d'ailleurs à rester imperturbable. Malgré ses précautions, l'Autriche avait pris ombrage de la mission du duc. M. de Kaunitz s'en était expliqué à notre ambassadeur avec l'aigreur qu'on réserve aux alliés malheureux comme aux parents pauvres. L'Empereur, déclara-t-il de très haut, avait été extrêmement ému en lisant les instructions du prince
« l(»s trouvant très singulières et ne pouvant se per- » suader qu'on n'ait pu trouver à M. le duc d'Or- »/ léans d'autre commission * ». En France l'opinion se dégoûtait des insurgés belges, menés par les nobles et les prêtres. La Fayette et l'Assemblée méprisaicMit une révolution, qui confisquait et massacrait contrairement à leurs principes. Montmorin se déroba donc une fois encore aux appels réiténV de Laclos. Même il se piqua, en homme du métier, de garder avec son collègue d'aventure une manière assez dégagée. Il parla avec un sérieux comique du fameux secret, qui enveloppait dans son inquiétant mystère le moyen décisif proposé par l'impatient négociateur. Le Roi était persuadé qu'on le lui ferait bientôt connaître. « Il est certain que nous ne pou- » vous le mettre en usage que lorsque nous en aurons » connaissance ; et Monseigneur sent sûrement com- » bien il serait important, surtout dans les circons- » tances critiques où nous sommes, de connaître un » moyen sûr de traiter avec l'Angleterre. »
Laclos n'était pas d'humeur h souffrir la plaisanterie. Dès le commencement de 1790, il se donne des airs de dignité offensée ; « Vous savez mieux » que moi, M. le Comte, qu'en fait de négociations, » il ne peut y avoir de certitudes, mais plus ou » moins de probabilités. Or, voici ma règle pour les » calculer : d'une part le caractère moral des per- » sonnes avec qui je traite ; de l'autre, leur intérêt » à réaliser les espérances qu'elles me donnent. » C'est d'après ces données que je vous ai mandé » que je me croyais en mesure pour entreprendra* » de remplacer notre désastreux traité de commerce
1. A. E. Le marquis de Noailles au rointe do Montmorin l'i el 21 novembre 1789.
•' par un commerce libre entre les deux nations et » d'établir entre elles deux une alliance étroite et » durable; mais si, pour être chargé de tenter ce » grand ouvrage, il faut annoncer la certitude d\ » réussir, assurément j'en laisserai la gloire ou Tim- » prudence à tout autre qu'à moi ». Continuant d'escompter l'entrée du prince de Galles au conseil ou son arrivée à la régence, il réclame encore une fois les moyens de répondre aux ouvertures qu'on lui fera, « de quelque part qu'elles viennent, soit du ministère, soit de tout autre. » Mais ses efforts avaient avorté à Londres comme à Paris. La fermeté de Pitt avait bientôt lassé ses ennemis. Le prince de (ialles était retourné à ses plaisirs. Son père lui avait refusé l'entrée du (Conseil. La grande cabale contre le ministère n'avait eu d'autre effet, écrivait La Luzerne, ([ue <( les conjectures des gazetiers. »
^'ayant pu séduire, le père de Valmont va maintenant essayer de faire peur. On n'a pas voulu l'écouter, l'opinion jugera. Ce n'est déjà plus un succès qu'il cherché pour son maître, c'est un échec (juil désire pour la diplomatie du roi. Il conclut à l'impossibilité de s'entendre et fait de sombres prophéties : l'Autriche sera dépouillée, la France abaissée. Désormais le duc d'Orléans attendra en silence. Il |)eut rendre un compte satisfaisant de sa conduite, si on le lui demande. C'était une menace de prendre le public pour juge. Louis XVI et son ministre en lurent touchés. Ils comprirent qu'il fallait enfin donner un peu d'espoir à l'exilé. Âlontmorin répondit aussitôt qu'il allait s'enquérir des intentions de Joseph IL
Il était trop tard. Le 5 février, Laclos pousse un cri de triomphe. L'Angleterre, la Prusse et la Hollande viennent de conclure un accord pour unir leur
action aux Pays-Bas. Comme Laclos Tavail prédit depuis trois mois, on s'est passé de la France, qui n'a pas su se décider à temps. Bien mieux cet accord, il est le premier à l'apprendre. Montmorin l'ignore, il Tavoue, et aucun des agents officiels n'a pu le pénétrer.
Pour un diplomate novice, c'était tout au moins un succès d'information assez flatteur. Le duc d'Orléans était désormais assuré du rôle de bon prophète et de politique méconnu. Laclos se résolut donc à parler net et détermina son maître à une démarche énergique. Il prend un ton décidé, presque impérieux, et s'il ruse, c'est maintenant en attaquant.
Montmorin fut invité par lettre privée à conférer avec les ducs de Liancourt et de Biron sur la situation du duc d'Orléans tant vis-à-vis du Roi que de l'Assemblée nationale. Les deux amis du prince avaient été munis d'une note fort bien faite et destinée, au besoin, à être publiée. Depuis la mort de l'Empereur, disait cette note, l'affaire des Pays-Bas ne pouvait plus être séparée de la totalité des intérêts de la Cour de France avec celle de Londres. M. de La Luzerne devait donc être employé ailleurs ou mis en congé. Le duc d'Orléans serait mis à la tête de la négociation avec ou sans le titre d'ambassadeur. Il était porté à accepter ce titre « par la » considération que ce serait entrer dans l'esprit de » l'Assemblée nationale, qui a décrété que les diffé- » rences de rang ou d'état n'approcheraient ni n'éloi- » gneraient d'aucune place ». M. Barthélémy ne pourrait rester k Londres que si le duc était ambassadeur et lui commandait; si M. de La Luzerne partait seulement en congé, le duc se réservait de choisir le chargé d'alfaires. Après avoir posé cet ultimatum, Liancourt et Biron imposèrent un délai d'un mois pour la réponse.
Dans une seconde entrevue, ils remirent à Montmorin une note plus pressante encore et qui marquait un désir évident d'aboutir. On y fait de nouveau parade du fameux, moyen secret. On ne -le dira pas encore, mais voici ce que la plus grande confiance peut faire ajouter : « Tout moyen de succès » dans une négociation qui ne tire pas sa force ou » de la position avantageuse de la puissance qui » propose, ou de la convenance de la puissance qui » accepte, tient de plus ou moins près à la séduction. » Ces moyens peuvent du plus au moins ne manquer )) à personne, mais il n'en est peut-être pas de » même de la facilité de les employer à propos et » de les placer d'une manière efficace, et c'est ce » que je crois que mes liaisons dans ce pays me » mettent à portée de faire mieux qu'un autre. Ce » n'est pas seulement depuis que j'ai été chargé » d'une mission à la Cour de Londres, mais c'est » depuis le temps assez long que j'ai reconnu com- » bien l'alliance de l'Angleterre était désirable pour » la France, que je me suis occupé de diriger vers )) cet objet toutes mes liaisons, toutes mes connais- » sances sur ce pays; et je crois être actuellement » en mesure d'en faire un usage avantageux. »
Tel était le désir de Louis XVI de [retenir loin de Paris le duc d'Orléans, qu'il finit par céder et se résigna, poussé sans doute par La Fayette, à faire du mortel ennemi de la reine, un ambassadeur à Londres. Barthélémy l'assure dans ses mémoires inédits : « J'aurais eu horreur, ajoute-t-il, d'être atta- » ché à un aussi mauvais homme. » M. de La Luzerne déclarait « qu'il ferait de bien bon cœur le » sacrifice de sa place s'il pouvait débarrasser \e Rov » d'un homme aussi incommode.» Birorx et ^^^^^^^^^ reçurent verbalement l'assurance que Vt à^ \ja.\iv^'"
zerne profiterait de la date du 4 juin, jour de la fête du roi d'Angleterre, pour quitter Londres aussitôt après la cérémonie et que le duc d'Orléans serait mis à la tète de la négociation avec des instructions spéciales. La forme des nouveaux pouvoirs restiiit seule à régler. Laclos eût ainsi couru une nouvelle* carrière. II avait prouvé qu'il y i)ouvait tenir s«i place. De la diplomatie de cour, il ne lui manquait que les dehors vertueux, la minutie importante, certiiins raffinenu»nts de goût dans la tenue, de noblesse dans le flegme et de hauteur dans la bonhomie. Comme un Dumouriez, il eût fait merveille dans la diplomatie secrète.
Un incident impré\u vint tout bouleverser. La guerre fut >ur le point d'éclater entre TAngleterre et l'Espagne. Celle-ci réclama de nous l'exécution du Pacte (le famille. Ce fut à TAssemblée Toccasicm des fameuses discussions sur le droit de paix ou de guerre. Pitt armait avec éclat. Son véritable objet était de séjmrer la France de l'Espagne et de les tenir Tune et l'autre à sa discrétion. Si Louis XVI se refusait à abdiquer entre les mains de l'Angleterre ,^ il devait en témoigner publiquement. Le 14 mai, Montmorin annonça h l'Assemblée l'armement de quatorze vaisseaux de ligne. Ce n'était guère le moment de remplacer à Londn»s M. de La Luzerne par le duc d'Orléans. Celui-ci déclarait à qui voulait l'entendre, que l'alliance de l'Espagne n'avait jamais rien valu pour la France et exprimait partout resj)oir que les dispositions favorables de l'Assemblée pour l'Angleterre nous rapprocheraient à tout jamais de cette puissance. Sa nomination d'ambassadeur aurait paru précéder la dénonciation du Pacte de famille. M. de Montmorin, pressé par le terme du 4 juin, se décida donc à écrire au duc
frOrléans pour reprendre sa parole. Il insistait cependant, et d'autant plus, pour que le prince restât à Londres. Son retour paraîtrait extraordinaire en un pareil moment, il détruirait Tidée d'une mission précédente. Les circonstances étaient d'ailleurs à Paris les mêmes qu'à son départ. Qu'il aidAt donc de ses conseils M. de La Luzerne! Le langage qu'on lui tenait était celui de la franchise et de la vérité et tout autre ne serait inspiré « ni par l'amour de la » chose publique, ni par un véritable intérêt pour » Monseigneur et pour sa gloire. »
Laclos était à bout de patience; il fit éclater la rupture. Le 7 juin, le duc constita qu'on revenait sur des engagements formels, constatés par les lettres de Biron et de Liancourt ; il s'indigna que le roi d'Espagne concourût à la nomination des ambassadeurs de France et observa dédaigneusement que, quant à lui, « il ne serait guère utile à sa gloire » d'être le conseil d'ambassade de M. de La Luzerne.» « Je ne suis pas moins étonné, ajoutait-il, de ce que « vous me mandez, que mon retour détruirait cette » idée d'une mission précédente, car je ne suppose » pas qu'au besoin, vous refusiez de la certifier, et, » de plus, j'ai en main toutes les preuves néces- » saires, non seulement pour la constater, mais pour » faire voir comment ma mission dans ce pays n'est » pas devenue aussi utile à la France que je devais » raisonnablement l'espérer. Je suis donc sans in- )) quiétude h ce sujet. Je ne veux pas m'effrayer » davantage des troubles que vousparaissez craindre » que des gens mal intentionnés ne suscitent sous » mon nom dans le cas de mon retour; comme ces » gens ne pourraient être que ceux qui, après s'être » efforcés de m'empêcher autant qu'il était en eux » d'être utile à mon pays, voudraient de même,
» m'empêcher de donner au roi, comme à la nation » des preuves de mon zèle et de mon dévouement. » j'espère que je les démasquerai, et plus facilement w surtout de Paris que de Londres. »
Louis XVI était résolu à ne pas céder. L'inténH de la France était en jeu, et il n'y avait de ferme en lui que la conscience. '« Le roi, écrivit Mont- » morin, désire que les choses restent à tous égards » comme elles sont.» C'était mettre entre le duc et la France, la dernière et fragile barrière de l'autorité royale. Le ministre de Louis XVI ne voulut pas, du moins, recevoir, sans y répondre, les menaces d'un factieux. Le malheureux homme s'épuisait à concilier tout le monde ; il affectait avec les députés de la gauche, qu'il abhorrait, une familiarité gênée. Les émigrés le traitaient couramment de jacobin et Mirabeau d'« animacule. » Frêle et timide, il passait ses journées à rédiger et opposait à la révolution des flots d'écritures. C'était là son terrain favori de résistance. Il en avait épuisé toutes les ressources contre des gens, qu'il eût fallu gagner ou anéantir, et qu'il n'avait su qu'exaspérer par toute l'apparence d'une perfidie. 11 voulut du moins clore d'une phrase aux nuances significatives le dossier de ses expédients : « Monseigneur me rend justice, ajoutai- » t-il, en voulant bien supposer que je ne refuse- » rai pas de certifier au besoin la mission qu'il a » eue en partant de Paris. J'en connais en effet les » motifs et l'objet et je serai toujours prêt à donner » sur ce qui la concerne toutes les connaissances que » Monseigneur pourra désirer. »
Ainsi finit, sans résultat appréciable, cette mission singulière. Elle fraya du moins la route à la tentative très honorable, qui fut faite, moins de deux ans après, pour aiguiller dans les voies normales et sages
la diplomatie de la France révolutionnaire. Par deux fois, dans le courant de Tannée 1792, Talleyrand se rendit à Londres \ 11 y portait les mêmes projets d'alliance et songeait à offrir aux Anglais des avantages commerciaux ou des compensations aux colonies. Comme Laclos, il chercha chez les whigs des intelligences et un appui et se flatta, dit Gouverneur Morris, de faire renvoyer M. Pitt. II emmenait avec lui Biron et se servait d'Heymann à Berlin. Ce politique si clairvoyant, dont l'esprit, mobile comme la conscience, fut toujours fidèle à la cause de la paix et à celle de son pays, pensait qu'une nation libérale, commerçante et égoïste, était la seule dont pût s'appuyer à l'extérieur un gouvernement révolutionnaire; il pensait aussi que la France ne pouvait rien faire en Belgique qu'avec l'Angleterre ou contre elle. Telles sont les idées, qu'il défendit à l'origine de sa longue carrière; telles furent celles qu'il reprit, à son déclin, quand il assit en Europe, par l'alliance anglaise, le gouvernement de Louis-Philippe, en même temps qu'il obtenait cette neutralité de la Belgique, qu'on appelait, hier encore, le dernier bienfait de la monarchie. Il n'obtint de Pitt, en 1792, qu'une déclaration de neutralité. C'est qu'il ne s'agissait plus en France, comme en 1790, d'entraîner un gouvernement timide et défiant, mais de retenir un gouvernement débordé par les passions révolutionnaires. La peur des émigrés et l'esprit de propagande avaient déchaîné une guerre, qui devait changer le cours delà Révolution. Déjà nos armées menaçaient la Belgique et, quand elles y furent établies, l'Anî?leterre elle-même, la dernière, entra dans la lutte avec une passion lente et réfléchie, qui jus-