‹ Un admirable inconnu [microforme]Chapitre 12 sur 45 · RS PO AI AR IR TT LE TE · texte numérisé non relu

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légitimes du Missionnaire de Michillimakinac ; mais Dieu, à coup sûr, n’en fut jamais absent. La récitation de l'Office prenait de longues heures ; les versets les plus frappants saisissaient le Père qui les répétait jusqu'aux larmes, si bien qu'après avoir longtemps pleuré, il ne pouvait plus lire.

A côté de cette occupation divine, le vieillard en avait une autre qui n'était pas moins utile. Il tâchait defaire du bien autour de lui. Religieux, il aimait l’Église et la Compagnie. S'il voyait, dans quelque maison de son Ordre, « du déran- » gement,»ilavaitsoind’en avertir les supérieurs, et quand les supérieurs n’y remédiaient pas, il refusait de les confesser. S'il voyait que la règle ne fût pas bien gardée, il se lamentait et pleurait amèrement. En dehors de la communauté, le P. de Carheil demeurait apôtre et se permettait de saintes hardiesses qu'on n'aurait pas osé lui interdire : tant sa réputation était solidement établie. Dans les rues, dans les chemins, il arrètait les passants, pour leur parler de Dieu. Quelquefois il se mettait au bénitier de l’église, d’où, à chaque personne qui sortait, il disait un mot d'édification. C’était une manière de prècher que l’on trouvait bien éloquente. Comment n’être pas ému des paroles d’un vieux Missionnaire que n’arrètait aucun respect humain, aucune pensée d’amour-propre ? La sortie de l’église n’était pas toujours agréable; car, après avoir refusé la Communion aux femmes peu modestes, il les

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attendait au bas de l'église et les admonestait de bonne sorte. Un jour, la scène fut vive dans la maison qu'il habitait: « Je l’ai vu reprendre un » intendant, vieux pécheur, qui, depuistrente ans, » ne s'était pas confessé, et qui, pour éviter ses » réprimañdes, manqua trois fois de se tuer dans » les chemins de Montréal : c’est le coupable d’où » je le tiens. » Ce rude saint de Bretagne n'avait peur de rien, quand il s'agissait de Dieu. Dans l'église, il eût averti un prince, s’il l'avait vu parler. Il tenait, croyons-nous, cette belle audace du curé de sa paroisse natale ; car les curés bretons, presque partout, gardent la vieille autorité sacerdotale devant laquelle tout vrai chrétien s'incline, comme devant un père ou devant Dieu.

Ainsi la vieillesse du P. de Carheil était féconde.

Il s'endormit dans le Seigneur, le 27 juillet 1726, avec la réputation d’un Saint qui tenait de Dieu une puissance miraculeuse.

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