‹ Un admirable inconnu [microforme]Chapitre 29 sur 45 · DE LA MISSION DE SAINT-JOSEPH · texte numérisé non relu

DE LA MISSION DE SAINT-JOSEPH

A GOYOGOUEN (1)

Ma très aimée et très chère sœur et filleule,

La paix de Jésus et de Marie.

J'ai une obligation commune d'écrire à toutes mes sœurs, parce que je suis leur frère, mais j'en ai une particulière de vous écrire, parce que je suis votre frère et votre parrain. Je dois avoir deux amours pour vous, l’un de frère, l’autre de parrain; mon cœur est plein pour vous de l’un et de l’autre : tous deux ne me donnent qu’un même désir par lequel, sans penser à tout le temporel, je ne vous souhaite uniquement que la sainteté, pour laquelle nous sommes tous créés et qui est le principe de tous les biens et de tous les plaisirs véritables et de tous les honneurs pour une éternité.

Je n’ai quitté le monde que pour m'’éloigner de tous les empèchements qu'on y trouve à la

(1) Cette lettre est la septième dans le Recueil de la Guichardaye. Nous la plaçons d’après sa date.

Désir d’être saint.

Amour de la virginité,

sainteté; je veux ètre saint parce que Dieu l’est et veut que je le sois, pour lui ressembler comme un fils à son père. Il ne veut avoir que des saints pour enfants; pourrais-je vouloir n'être pas son fils? Non, il m'est impossible de ne pas le vouloir, et même je ne saurais vouloir autre chose que d’être son fils. Mais s’il faut que je devienne saint pour être son fils, il faut aussi que vous soyez sainte pour être ma sœur. Je renonce à l’amour d’un cœur qui peut aimer quelque chose d’opposé à Dieu et à la sainteté. Soyez donc sainte pour être ma sœur, et soyez-le encore pour être ma filleule et remplir le grand nom que vous avez reçu au baptème :

c’est le plus saint nom après celui de Jésus ; c’est le nom de la Reine des Saints, Marie la tout aimable. Vous n’avez reçu ce nom que pour imiter sa sainteté. Accoutumez-vous à lui faire souvent cette courte prière que je fais moi-même à mon cher patron saint Étienne : Sanctificetur nomen tuum, que votre non soit sanctifié ! c’est-à-dire, Ô sainte Vierge, Ô mère de mon Jésus, qui avez sanctifié dans vous-même le nom de Marie de la plus haute sainteté possible à une pure créature, aidez-moi à le sanctifier dans moi-même.

La lettre de notre très honoré père m’apprend, ma chère sœur, que vous vivez avec lui hors des engagements du mariage ; j'en suis ravi et je prie mon Dieu, par l’amour qu’il a pour la virginité, par sa qualité d’'époux des vierges,

par le sang qu’il a répandu pour toutes les.

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vierges, je le prie de vous ôter pour jamais les inclinations au mariage, de vous laisser dans l'état de vierge, pour être son épous®, avec toutes celles qui y demeurent. Oserai-je vous dire que ma joie serait pleine et entière, si non seulement vous viviez sans engagements au mariagé, mais si vous preniez même la résolution de vous engager à un état opposé au mariage, semblable à celui où je suis et que je préfère infiniment à tous les plaisirs ? J’ai quitté mon corps et tous les autres pour n'avoir plus que le corps vierge de mon Jésus; j'ai gravé sur mon cœur les paroles de la consécration, que je prononce tous les jours à l'autel, en me rendant présent le divin corps, pour lui déclarer à chaque moment et par tous les battements de mon cœur que je le prenais pour mon unique corps. C'est. à vous de voir ce que Dieu vous dit au fond de l’âme.

Si vous continuez de vivre avec mon père et ma mère, je ne doute pas que vous ne leur rendiez toujours vos devoirs d'amour, de respect, d’obéissance : vous leur devez tout après Dieu. On ne saurait assez aimer et respecter un père et une mère tels que nous les avons.

Etant dans une ville et dans une maison, où vous ne devez pas avoir d’occupations fort pressantes, entendez tous les jours une ou plusieurs messes, avec un esprit appliqué uniquement à Dieu et dégagé de toutes les pensées de la terre ; faites chaque jour quelque lecture

Divers conseils,

spirituelle ; fuyez les grandes compagnies, les railleries et les distractions. Je n'ai pas le temps de vous dire toutes mes pensées sur le papier. Comme vous avez le bonheur d'avoir près de vous les Pères Bénédictins, je ne saurais vous donner un meilleur avis que de choisir parmi eux quelqu'un pour le directeur de‘votre conscience ; vous suivrez ses avis en tout : il vous prescrira le temps de vos confessions et des communions, que vous ne pouvez pour le plus différer au delà d’un mois. Je souhaiterais que vous fussiez assez parfaite pour communier tous les huit jours, comme les saintes âmes font dans toutes les villes. Adieu, ma chère sœur, priez Dieu que je meure ou pour son amour, ou par

son amour ; je le prierai que vous viviez uniquement pour lui.

Votre très humble et obéissant serviteur, et frère et parrain,

ÉTIENNE DE CARHEIL

A Mademoiselle du Gueslan, à Redon.

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