EIL
Monsieur mon très honoré, très aimé et très aimable père (1),
La paix de Jésus-Christ.
Il y a deux ans que je vous écrivis une lettre fort ample, par laquelle je vous informais de toute la suite et de tous les emplois de ma vie, depuis que je vous ai quitté pour entrer dans la sainte Compagnie où je suis. J’écrivais aussi en même temps à ma très honorée mère, à mes deux frères et à mes trois sœurs en particulier. J'avais adressé le paquet au Révérend Père Paul Ragueneau, afin qu’il eût soin que toutes mes lettres vous fussent +: rendues : mais comme il m'a récrit et qu'il ne témoigne pas avoir reçu de lettres pour vous envoyer, j'appréhende qu'elles n’aient été perdues. J'eusse bien souhaité qu’elles ne le fussent pas, espérant qu’elles vous pourraient donner quelque consolation ; je ne saurais toutefois ne pas me conformer à la volonté de Dieu, s’il n’a pas permis que vous les reçussiez : c'était à moi de vous les écrire pour satisfaire à une partie des obligations de mon devoir, et à lui, s’il voulait, de faire en sorte qu'on vous les rendit. Quoi qu'il en soit, mon très honoré père, je me suis empressé de
à (1) Cette lettre est la deuxième dans le cahier de La Guicharaye.
Pensée de la mort.
vous écrire encore celle-ci, avec désir que votre âge ne vous empêche pas de la recevoir, ni plusieurs autres que je ne manquerai pas de vous envoyer toutes les années qu’il plaira à Dieu de vous conserver.
Je ne doute point que vous ne vous disposiez au grand passage de l'éternité, auquel je me dispose aussi tous les jours, ne désirant plus de vie que celle de Dieu, qui est le principe et la fin de toutes les nôtres. Si je ne savais pas que vous avez toutes les lumières nécessaires pour vous préparer, je serais obligé de vous dire plus qu'à personne quelque chose de ce que mon état m'a dû apprendre, puisqu'il n’y a personne à qui, après une longue vie, je ne doive désirer une bonne mort ; mais, comme je sais que vous êtes éclairé, le respect que j'ai pour vos connaissances me tient dans le silence, pour vous laisser à vos propres lumières. Tout ce que je peux faire est de vous assurer que, si Dieu vous appelle avant moi, je ne manquerai pas de rendre à votre âme toutes les assistances qu’un fils, prêtre et religieux, peut rendre à un père pour lequel il ne veut rien épargner de ce qui est capable de satisfaire à la Justice divine pour lui. Commandezmoi tout ce que vous voudrez que je fasse pour abréger votre Purgatoire et vous avancer la gloire du Paradis; je l’exécuterai avec le plus de diligence possible ; marquez-moi, si vous m'écrivez, vos dernières volontés sur cet article, afin que je puisse récompenser, par cette obéis-
sance, VOUS 1 Ne cr discipl de peir le fais l’Eurof rant le rais-je pour vw mérité religior entière vous l’e sité qu savoir prierai prières conser et arrè vrance.
Mais à la vu espérar faitesterre, q Vous v que je que de toujour d’être
que Jour plus état qui, une ètes nces , VOS > est vant âme reliil ne le de ndezpour er la plus vous ticle, béis-
sance, celle que ma vocation m’a empêché de vous rendre en m'éloignant de votre présence. Ne craignez point de m'ordonner quantité de disciplines; j'ai un corps accoutumé à ces sortes de peines; pour qui le ferais-je souffrir, si je ne le fais pour celui de qui je l’ai reçu ? J'ai quitté l'Europe pour venir chercher la mort en procurant le salut aux peuples que j'instruis ; pourrais-je ne pas chercher des peines volontaires pour vous à qui je dois le plus après Dieu ? Si j'ai mérité quelque chose depuis mon entrée dans la religion, je vous le transporte et en fais une entière cession, priant notre divin Sauveur de vous l’appliquer selon son bon plaisir et la nécessité que vous en aurez. Comme je ne puis pas savoir quand sera votre dernier moment, je le prierai tous les jours à la Messe et dans mes prières, demandant, si vous vivez encore, votre conservation, et si vous êtes parti de ce monde et arrêté dans le purgatoire, une prompte délivrance.
Mais, mon très cher père, quand vous arriverez à la vue de Dieu, qui est le dernier terme de nos espérances et le repos éternel de nos volontés, faites-moi ressentir, si je demeure encore sur la terre, que vous avez soin de votre pauvre Étienne, Vous verrez dans Dieu tout ce que je suis et ce que je veux être : vous verrez que je n'ai besoin que de l’amour de celui que vous aimerez pour toujours parfaitement. Obtenez-moi la grâce d'être consommé dans cet unique amour; je ne
Amour divin.
Reconnaissance filiale.
Amour divin.
veux que Jui, je ne cherche que lui, je n’aspire qu’à lui, je ne veux vivre et mourir que par son ardeur. Je vous dois la formation de mon cœur ; mais comme il n’a été formé que pour servir d’organe aux opérations de l’amour divin, et que c'est un cœur qui vous appartient, ne souffrez pas qu’il vive d'autre amour que de celui de Dieu : diliges dominum Deum tuum ex toto corde luo.
Je me sens obligé de vous remercier ici, mon aimable père, avec ma très chère mère, de ce que vous ne m'avez jamais donné, ni l’un ni l’autre, aucun mauvais exemple qui pût me détourner de l'amour de mon Dieu ; et, parce que cet amour fait la vie de l’âme, je vous suis redevable de l’une et l’autre vie, de celle du corps et de celle de l’âme. La tendresse de ma reconnaissance me fait couler des larmes des yeux en écrivant ceci, étant tout pénétré d’un vif sentiment des obligations que je vous ai. Dans les précédentes lettres que je vous écrivais, et que peut-être vous n’aurez pas reçues, je vous suppliais de m'envoyer par écrit votre bénédiction, qui assurément sera suivie de celle de Dieu et, par ce fait, de la vie de l’âme; et, parce que je me trouve pressé d’un grand désir de mourir pour l’amour et par l'amour de celui pour qui je suis créé, je vous priais de me souhaiter cette grâce dans la formule de votre bénédiction, afin que je m’en servisse devant Dieu pour l'obtenir. Je vous réitère encore la même prière : j'ai de la peine à consentir que l'union de
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Je & à qui que n satisfa causés lui pa pour r de la pourra vous n rais qt lement
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mon corps et de mon âme soit rompue par une autre manière que par un effort d'amour que fera
Ir ; mon âme pour s'unir à son Dieu: Deus cordis mei vir et pars mea Deus in ælernum.
que Je salue mes deux frères et mes trois sœurs, Amour de la rez à qui je ne puis écrire présentement. Je crois PES de que mon frère de la Tronchaye vous aura de satisfait pour tous les déplaisirs qu’il vous a causés; s’il ne l’a pas fait, ne laissez pas de non lui pardonner: c’est une disposition nécessaire que pour mériter que Dieu vous pardonne à l'heure tre, de la mort et vous exempte des peines, qui r de pourraient être dues aux péchés, pour lesquels our vous n’auriez pas encore satisfait. Je souhaite- ‘une rais que mes frères et mes sœurs, et généra- > de lement toute notre famille sût que je renonce me à ceux et à celles qui n'aiment point Dieu. ceci, Je ne reconnais point pour mes parents ceux iga- qui ne sont pas de la: famille. Il est mon père et il a voulu que vous le fussiez avec lui. Il
veut que je vous honore, que je vous respecte et que je vous aime; comme étant votre très humble et très obéissant fils et serviteur
ÉTIENNE DE CARHEIL
de la Compagnie de Jésus.
à Goyogoüen, le 10 août 1675.
Bénédiction paternelle,
A Monsieur de la Guichardaye de Carheil, à Redon.
Monsieur, mon très honoré, très aimé et très aimable père, (1)
Ne soyez plus en peine si j'ai reçu vos dernières lettres ; elles me furent rendues le premier de septembre 1675. J'ai sujet de dire que c’est un jour plein de bonheur pour moi, puisque c’est celui auquel j'ai fait mes premiers vœux dans notre Compagnie, et auquel la Providence divine, pour continuer de me le rendre plus recommandable, a permis que je reçusse votre bénédiction, comme si elle avait voulu la joindre à la sienne et réunir les deux bénédictions en un même jour.
Car enfin je crois que mon Dieu lui-même, lorsque je fis mes vœux, me donna sa bénédiction en les acceptant, et lorsqu'il a voulu que le même jour fût encore destiné à recevoir la vôtre, ne dois-je pas croire qu'il ne l’a fait que pour les unir toutes deux ensemble ? Oh!
que cette union me console! Oh! que de fois je m'en servirai pour m'encourager à avancer
(1) Cette lettre n’est pas datée ; mais elle doit être de 1676. C'est la troisième dans le cahier de la Guichardaye.
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rès
dans les voies de la perfection où je dois tendre! Non, mon cher père, je n’ai plus rien à désirer sur terre, après avoir obtenu l'unique chose que je pouvais encore souhaiter et de la manière dont je la souhaitais pour me satisfaire entièrement. J'avais cédé sans peine à mes frères et à mes sœurs la part légitime que je pouvais prétendre à tous vos autres biens ; mais pour la part que je devais avoir à votre bénédiction, c’est un bien que je n’ai pu céder à personne, et si elle ne m'avait pu être commune avec eux, j'aurais täché de la leur ôter, comme Jacob l’ôta à Esaü.
Il est vrai que je l’avais déjà reçue à mon départ, et que la tendresse de votre amour vous avait fait prévenir ma demande, mais comme ce ne fut qu’une bénédiction seulement vocale, et que les paroles ne subsistent pas et ne font pas un fonds, dont on puisse avoir quelque jouissance, je ne laissais pas de souhaiter de la recevoir d’une autre manière qui fût plus facile, m'en donnant quelque sorte de possession. Je crus que l'écriture me la pouvait donner, que j'en jouirais si elle était écrite, que je la conserverais pour ma consolation autant que je voudrais, et qu'enfin je m'en servirais devant Dieu, pour obtenir de lui toutes les grâces qu’il a promises à la bénédiction paternelle. Ce furent ces pensées qui m'obligèrent de vous la demander par écrit; vous aviez trop d'amour pour me la refuser : vous me l'avez envoyée de votre aimable main, signée du plus doux de tous les noms pour moi, après celui de
Désir du martyre
Dieu et de ce qui n’est qu'une même chose avec lui. Je vous en remercie de toute l’étendue de mon cœur et de l’amour filial qui le remplit. Je n'avais fait qu'entendre votre bénédiction à mon départ ; mais j'en suis maintenant le possesseur, je la vois, je la tiens, je la porte avec moi, j'en ai l'usage que je veux pour me consoler en diverses manières : je puis la présenter à mes yeux pour les contenter par cette vue; je puis la prendre entre mes mains pour les satisfaire par cette jouissance; je puis la porter et coller à mes lèvres pour baiser le nom que je ne saurais assez respecter; je puis l'appliquer sur ma poitrine pour obliger mon cœur à redoubler toutes ses tendresses envers un père qui a rempli toute l’éten-
due de ses désirs; je puis la porter pendue à mon
cou, afin de me souvenir toujours du doux arrêt
de ma condamnation à la mort; je ne dois plus penser qu'à mourir dans l’amour de mon Dieu, pour son amour et par son amour.
Je ne voudrais point d’un corps immortel, parce qu’il m’ôterait le pouvoir de mourir pour mon Dieu; je n'aime dans le mien que ce pouvoir. Il m'est devenu infiniment aimable depuis que le Verbe divin, qui ne l'avait pas dans son être propre, l’est venu prendre dans notre nature, afin de pouvoir mourir pour nous et pour son Père. Comment pourrais-je ne pas désirer de mourir pour lui, moi qui ne suis que sa créature, puisqu'il a désiré de mourir pour moi, lui qui est mon Créateur et dans une irdépendance infinie
de m souffr vouloi désire me pl:
sien r mées, je sui blessu Amor puis-)
Pou l'uniqi trouve un ab:
dans | la mot en pre la mo l’usag
Ma après Croix je vo d'hui viole pour pour fusse coup mêm(
de moi? Il y en a qui sont assez lâches pour souffrir qu'un Dieu soit mort pour eux, sans vouloir lui rendre la réciproque; pour moi je désire ardemment de la lui rendre; mon sang ne me plaît pas dans mon corps lorsque je vois le sien répandu; j'ai honte d’avoir les veines fermées, lorsque je vois toutes les siennes ouvertes; je suis confus d’avoir un corps entier et sans blessure, lorsque je vois le sien tout déchiré. Amor meus crucifius est et ego vivo. Enfin, que puis-je dire ?
Pouvoir mourir, devoir mourir, mourir, font l'unique objet de toute la consolation que je puis trouver dans moi-même. Votre bénédiction est un abrégé de mes désirs. Je souhaite de mourir dans l’amour, non pas seulement habituel, c’est la mort des enfants après le baptème, mais actuel, en produisant des actes d'amour au moment de la mort : c’est celle des justes qui mourront dans l'usage libre de leur esprit et de leur volonté.
Mais comme cette mort me semble trop douce après celle de mon Jésus sur l'arbre de la Croix par l’impiété et la cruauté de ses ennemis, je voudrais que ceux qui le sont encore aujourd’hui me fissent mourir comme lui par quelque violence, et ètre martyr de l'amour que jai pour lui, comme il l’a été de l’amour qu’il a eu pour moi: je ne voudrais pas toutefois que ce fussent les tourments qui me donnassent le coup de la mort; je souhaiterais que ce fût l'amour mème qui, pendant que je serais frappé au dehors
Mourir d'amour.
Amour de la famille.
de tous côtés, me frappât au cœur et enlevât mon âme, pour l’emporter dans le sein de son Dieu, pour ne vivre plus que de l’amour substantiel et personnel qu’il y a produit et produira à toute éternité. C’est ainsi que je voudrais mourir dans l'amour, pour l'amour et par l'amour de mon Dieu.
Je conjure mes frères et mes sœurs, ettous ceux de notre famille, s’iis ne veulent renoncer à la liaison que la naissance leur a donnée avec moi, de s'attacher uniquement à l'amour divin, en quittant celui des créatures qui lui est contraire, parce que je ne veux avoir d'union qu'avec Dieu et avec ses saints, me déclarant ennemi de tous ceux qui ne sont pas à lui par amour. Je finis, mon très cher et très aimable père, en me conjouissant avec vous du contentement que vous me témoignez recevoir de votre famille, de la fidélité de ces deux bonnes servantes, Yvonnette Olivaud et Yvonne Garel, à vous continuer toujours leurs services ; je vous prie de les assurer de mes prières : je le leur dois parreconnaissance et j'espère d'obtenir de mon Dieu pour elles les grâces nécessaires à leur salut et une récompense qui ne finira point, non plus que la volonté qu’elles ont de vous servir. Îl ne manquerait rien à ma joie, si mon frère de la Tronchaye vous avait satisfait pour tous les mécontentements qu’il vous a donnés. Je souhaite qu'il le fasse et qu’il soit aussi véritablement que je le suis
Vot et très
Monsi
Votre très humble, Monsieur, mon très honoré et très aimé père, et très obéissant fils et serviteur,
ÉTIENNE DE CARHEIL, de la Compagnie de Jésus.
A Monsieur de la Guichardaye de Carheil, à Redon, recommandée au R. P. Ragueneau.
Monsieur, mon très aimable, très aimé et très honoré père, (1)
A Quebec, le 10 novembre 1683.
Le Révérend Père Joubard m'a fait tenir vos chères lettres: elles m'ont été rendues le dixième de novembre, le même jour que nos derniers vaisseaux devaient partir pour retourner en France. Je n’ai le temps que de vous écrire fort à la hâte. Je souhaiterais en avoir davantage pour pouvoir vous entretenir plus au long et augmen-
(1) Cette lettre est la quatrième dans le cahier de la Guichardaye.
Amour de la famille.
Amour de Dieu.
ter ma joie par la longueur de cet entretien ; mais Dieu ne veut pas que j'aie cette consolation, puisqu'il m'ôte le temps nécessaire, pour écrire tout ce que je voudrais.
Vous vivez donc encore, mon cher père, ma chère mère vit encore, mes frères et mes sœurs se portent bien, et généralement toute notre famille est en bon état. Oh! qu’il m'est doux d'apprendre de si bonnes nouvelles, de savoir que les deux vies qui ont été principe de la mienne et que je dois aimer du même amour dont j'aime la mienne et plus que la mienne, ne sont pas encore éteintes, comme je l’appréhendaiïis. Que j'ai d'obligation à mon Dieu de m'avoir fait naître d’un père et d’une mère qui m’apprissent à J’aimer, sans me donner jamais de mauvais exemples ! Je ne serais pas ce que je suis, si vous n’aviez été ce que vous êtes. La pensée que j'ai, qu'après la séparation où nous sommes maintenant, enfin un jour je vous verrai au ciel avec tous mes frères et toutes mes sœurs, me porte assez souvent à désirer cet heureux moment de notre éternelle réunion dans le sein de Dieu. |
Si je savais qu'il y eût quelqu'un de notre famille assez malheureux pour n’aimer pas Dieu, et que je ne dusse pas voir au ciel, je crois que cette connaissance me ferait mourir. Car enfin je ne saurais aimer que Dieu et ceux qui aiment Dieu. Il me semble que je suis blessé
de son amour et je vous assure que les larmes
me cou voudrai cet amo qui n’er moi-mê d'insére nelle. J j'aime allez au d'amou souffrez me soit J'amout mes frè tout mc de Dieu
Vous m'avez mon fr autels emploi il s’est
calicis lation,
me coulent des yeux en vous léerivant je voudrais pouvoir blesser toute notre famille de cet amour et faire en sorte qu’il n’y eût per snne qui n’en mourût, comme je désire d'en m@urir moi-même et que vous m'avez fait la grâce d'insérer ce désir dans votre bénédiction paternelle. Je voudrais bien aussi que tous ceux que j'aime autant que moi en pussent mourir. Si vous allez au Ciel avant moi, obtenez-moi cette mort d'amour ; soyez mon père en me l’obtenant; ne souffrez pas qu’une vie, que vous m'avez donnée, me soit Ôtée par aucune maladie que celle de l'amour. Il me semble qu’on ne saurait plus aimer mes frères et mes sœurs que je les aime; mais tout mon amour consiste à leur souhaiter celui de Dieu.
Vous ne sauriez comprendre combien vous m'avez consolé par tout ce que vous m’écrivez de mon frère de Carheil : il est donc consacré aux autels aussi bien que moi. Est-il bien de son emploi ? Non seulement il aime son Dieu, mais il s’est engagé à le faire aimer à ceux dont il est le pasteur. Oh! quelle joie pour moi! Dites-lui de ma part que je le remercie d’avoir choisi son Dieu pour partage: Dominus pars hæredilalis meæ et calicis mei. J'en ai versé des larmes de consolation, et c'est présentement que je l'estime ètre vraiment mon frère. Qu'il ne m'oublie jamais à l'autel, qui est le lieu de toutes mes douceurs, et d'où je ne voudrais partir jamais, puisque mon Dieu y est toujours lui-même caché dans
Sacerdoce de son frère René,
Détails politiques.
Détails de famille.
Les deux servantes,
le fond de nos tabernacles. Si j'avais le temps, je lui écrirais; mais je ne l’ai pas : les vaisseaux sont près de faire voile.
Au reste je ne suis plus à ma Mission de Goyogoüen. J'ai été obligé de la quitter, pour éviter un hômme qui, après avoir pillé ma petite maison, faisait craindre qu’il ne passât plus loin. Je suis présentement à Québec, en attendant le rétablissement de ma Mission ; je ne crois pas qu’elle se rétablisse que par la guerre. Vos lettres ont été apportées par un vaisseau du roi, qui amenait des troupes pour cet effet, et à moins qu'il n’y ait beaucoup de changement de leur part dans les affaires, on leur fera la guerre l'été prochain. Je vous ferai savoir par les premiers vaisseaux ce qui se passera. |
Je prends part à l’affliction commune de toute notre famille, et particulièrement de ma tante de Corolet; mais il faut que nous soyons toujours disposés à recevoir de la main de Dieu ces sortes d’afflictions, quand il lui plait : il est souverain maître de nos vies ; il ne faut pas les lui disputer. Je m'’acquitterai de tous mes devoirs pour le soulagement de ce cher défunt ; je vous prie d’en assurer ma tante : je l'ai recommandé aux prières et aux saints sacrifices de tous nos Pères qui ne manqueront pas de se souvenir de lui à l'autel.
Je remercie vos deux bonnes servantes de leur fidélité et constance à vous servir ; la recon-
naissance m'oblige d'employer toutes mes prières .
pour obt de notre
toujours Il faut m'appell père, all Dieu, po entr’aim unique d’avoir une lettr honorée de rega:
avec vou père et votre bé ment, et vos dei amour q ce que d les père c'est-à-d cœur, à respects
Mons serviteu
pour obtenir de Dieu qu'elles soient dans le ciel de notre famille, comme elles ont voulu en être toujours sur terre.
Il faut finir ma lettre pour aller où mes emplois m'appellent. Adieu, mon très cher et très honoré père, allons tous à Dieu, trouvons-nous tous dans Dieu, pour vivre tous ensemble dans lui et nous entr’aimer à toute éternité, qui est la dernière et unique fin de notre création. Je souhaiterais d’avoir quelques moments de temps pour écrire une lettre particulière à ma très chère et très honorée mère ; mais ne les ayant pas, je la prie de regarder celle-ci comme lui étant commune avec vous. Vous m'avez aimé d’un vrai amour de père et de mère, en me donnant l’un et l’autre votre bénédiction que je souhaitais fort ardemment, et la confirmation que vous m'en faites par vos dernières est une consommation de cet amour qui m'oblige et m'obligera à jamais d’être ce que doit ètre un fils qui a le meilleur de tous les pères et la meilleure de toutes les mères, c'est-à-dire d’être de toute l'étendue de mon cœur, avec toutes les tendresses, avec tous les respects dont je suis capable,
Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur et fils,
ÉTIENNE DE CARHEIL, Religieux de la Compagnie de Jésus.
Souffrez que je vous prie de témoigner à tous
2 Ress re TS
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Obligations du parrain.
mes frères et à toutes mes sœurs que je les salue et me recommande à leurs prières.
A Monsieur de la Guichardaye de Carheil, à Rédon.
A Québec, le 10 novembre 1683,
Ma très chère et très honorée sœur, (1)
La paix et l'amour de Jésus-Christ.
Je n’ai qu'un moment pour vous écrire, et je ne puis presque faire autre chose que de vous remercier de votre obligeante lettre. Il est vrai que je suis votre frère et votre parrain; je tâcherai toujours de m'acquitter de ces deux devoirs le plus fidèlement qu’il me sera possible.
Mais, ma chère filleule, puisque Dieu a voulu que j'eusse ces deux qualités à votre égard, je souhaite particulièrement que celle de parrain, qui est plus élevée que la première, ait tout l'effet qu’elle doit avoir dans vous. Vous savez
(1) Cette lettre est la huitième dans le cahier de la Guichardaye. — Nous la mettons à sa place.
que m4 ne say et la pl savez le bap:
le vou vôtre [ par les nant d voulu, en cett n’en de que j'a en âge renonc que vw Dieu, votre | Je vt combit amour
je ne emerque je i toue plus
voulu rd, je rrain, , tout savez
uichar-
que ma langue a parlé pour la vôtre, lorsqu'elle ne savait pas encore parler, dans la première et la plus importante de toutes les affaires ; vous savez que j'ai répondu de votre volonté pour le baptème, lorsque vous ne pouviez pas encore le vouloir, que mon consentement a suppléé au vôtre pour vous rendre capable d’être régénérée par les eaux du baptème. C’est à vous maintenant de voir si vous approuvez tout ce que j'ai voulu, tout ce que j'ai dit, tout ce que j'ai fait en cette occasion : si vous l’approuvez, comme je n’en doute pas, vous êtes obligée de faire tout ce que j'ai promis que vous feriez quand vous seriez en âge de le pouvoir faire. Vous êtes obligée de renoncer à toutes les vanités du monde, à tout ce que vous connaissez d’opposé aux volontés de Dieu, parce que j'ai répondu pour vous, dans votre baptème, que vous y renonciez.
Je voudrais avoir du temps pour vous expliquer combien je désire que vous aimiez Dieu: cet amour est mon unique bien, et comme je vous veux le mème bien qu'à moi, je ne saurais vous vouloir que cet amour. Si vous êtes ma sœur, aimez Dieu; si vous êtes ma filleule, aimez Dieu ; si votre cœur est formé d’un mème sang que le mien, aimez Dieu; si vous avez le même père que moi, aimez Dieu ; si vous avez la même mère que moi, aimez Dieu. Ma langue n’a rien à vous dire, ma plume rien à vous écrire que ces deux mots : aimez Dieu; tout le contenu de ma lettre
est que vous aimiez Dieu. Vous êtes ma sœur et
Amour de Dieu.
je suis votre frère, si vous l’aimez; je ne saurais être votre frère, si vous ne l’aimez pas. Et que pouvons-nous aimer, si nous n’aimons pas Dieu, qui est la toute amabilité et la toute bonté ? Nous ne saurions jamais assez l'aimer, faisons tous nos efforts pour l'aimer. Au reste, ma chère sœur et filleule, le désir que j'ai que vous aimiez Dieu me fait verser des larmes, en vous le témoignant, si je pouvais ouvrir ma poitrine et prendre avec ma plume le sang de mon cœur, Dieu lui-même m'est témoin que je le prendrais maintenant pour vous le dire; je prendrais plaisir à voir sur le papier le plus noble de mon sang, devenu écriture, pour parler à vos veux et vous dire : aimez Dieu. Quand je vois tous les jours à l'autel le sang de mon Dieu dans le calice, que je le vois potable pour moi et que je le bois en vérité, j'ai de la peine à souffrir le mien dans mes veines. Dites à toutes mes sœurs, à tous mes frères, à tous mes parents qui vous demanderont de mes nouvelles, que vous ne savez autre chose de moi, sinon que je veux aimer Dieu. Dites-leur que je les invite tous à l’aimer, que ma famille doit être une famille de l'amour de Dieu, et que quiconque n’est pas dans cet amour n’est pas de ma famille.
Au reste, ma chère sœur et filleule, vous m'avez fait plaisir de m'écrire qu'on avait reçu le reliquaire que j'avais envoyé; je le croyais perdu, et je suis bien aise qu’il ne l’est pas.
Souvenez-vous du nom de Marie que vous portez
urs à que je is en dans s mes eront chose s-leur mille t que as de
vous reçu oyais pas.
Jortez
— RRT —
et ne faites jamais rien indigne de.ce nom; celle dont vous portez le nom a vécu d'amour, est morte d'amour; je désire, puisque vous avez l'honneur d’avoir le même nom, que vous ayez aussi le même amour, autant que vous en êtes capable. Adieu, tendons à Dieu; j'espère de vous trouver dans son sein et de vous y aimer éternellement.
A Mademoiselle de Bellevue de Carheil.
A Québec, le 13 novembre 1684.
Monsieur, mon très honoré, très aimé et très aimable père, (1)
Que vos lettres me consolent! Qu'il m'est doux en les recevant de reconnaitre le caractère de l’aimable main qui les écrit! Que je ressens de joie d'apprendre que vous vivez, que vous vous
portez bien, que toute notre famille est en bon
état !
(1) Cette lettre est la cinquième dans le cahier da la Guichardaye. :
Désirs du ciel.
Dieu et la famille.
Mais quelque agréables que puissent être. de si heureuses nouvelles, j'avoue toutefois que la pensée de vous revoir un jour dans le ciel, de vous y embrasser, de m'y unir à vous pour toujours, m'est infiniment plus douce ; c’est là où tous ensemble nous viv'ons dans .le sein de Dieu. Je désire d'y aller le premier, pour vous y recevoir et pour vous rendre, à votre entrée dans la céleste Jérusalem, les respects que je n’ai pu vous rendre sur terre. Car enfin je désire de vous montrer, par quelque action defils, que j'ai pour vous tout l'amour que je dois avoir, et comme notre séparation m'empèche de pouvoir veus donner sur terre ce témoignage, je voudrais bien que Dieu m'appelât avant vous dans le ciel, pour me préparer à vous y recevoir. Oh ! si cela arrive, je vous conduirai volontiers dans la place que Dieu vous a destinée de toute éternité ! Oh! que tous ceux qui sont entrés par mon moyen dans cette délicieuse demeure, vous feront des caresses, que de respects ils vous rendront de ma part, puisque, étant mes enfants, ils sont les vôtres !
Je ne saurais me persuader qu'aucun de mes frères, qu'aucune de mes sœurs, qu'aucun de notre famille doive manquer à se trouver avec moi dans notre véritable maison. Nous sommes dans le monde comme dans un exil d’où nous devons désirer de sortir ; il n’y a rien sur terre qui mérite notre amour : tous nos biens, tous
nos plaisirs, tous nos honneurs sont dans Dieu,
et si con)!
frère s'en aime Je retire je dé et pc comr croit la bi moi | amou avec grâce depui pauvi n’avo plus mon Je supé Carè dans cette au b rétab ouve enco envo
et si nous le perdons, nous perdons tout. Je conjure tous ceux et toutes celles dont je suis le frère de ne point se séparer de Dieu, car s'ils s'en séparent, quelque désir que j'aie de les aimer, il faudra que je les haïsse.
Je ne sais qnand il plaira’ à Dieu de me amour retirer de ce monde; mais il y a longtemps que {a rmort. votre je désire d’en sortir; je désire pour vous la vie ME et pour moi la mort; je ne saurais comprendre fin Je comment il se peut faire qu’une personne, qui etils, croit tout ce que nous devons croire en effet de NOIR, t la bienheureuse éternité, aime cette vie; pour NME moi je vous avoue, mon cher-père, que je suis drais amoureux de la mort et que j'attends sa venue » ciel, avec impatience. Mon Dieu m'a fait assez de i cela grâces pour me dégoüûter de toutes les créatures; piace depuis que j'ai fait mes vœux d'obéissance, de !Oh: pauvreté et de chasteté, j'ai commencé de Aoÿen n'avoir plus rien sur terre, et mon trésor n’est it des plus que Dieu mème, où il faut que j'aie toujours nt de mon cœur.
nt les Je suis encore présentement à Québec, où mes puits supérieurs m'ont engagé à prècher l’Avent et le politiques. RES Carème. Tous nos Pères, qui étaient avec moi an de dans les Missions iroquoises, ont été rappelés RME cette année, excepté deux, qui sont encore restés mes au bourg des Onnontagués, pour tâcher de nous rétablir, s'ils peuvent, les affaires qui tendent terre ouvertement à la guerre. Nous ne savons pas UM encore où tout cela aboutira : le roi a encore JEU,
envoyé par les derniers vaisseaux deux com-
Son frère Gervais.
‘pagnies de soldats, pour commencer la guerre.
On verra au printemps quelles seront les dispositions des Iroquois, et on prendra des mesures pour conserver la paix, ou pour entreprendre tout de bon la guerre, selon les connaissances qu’on aura. Je vous écrirai la prochaine année l'état où seront toutes les affaires.
J'écris à mon frère de la Tronchaye; je ne sais pas s’il recevra mieux cette fois mes lettres qu'il ne fit la première fois que je lui écrivis; car pour lors je ne reçus de lui aucune réponse. Comme vous ne me dites mot de lui dans votre lettre, j'appréhende qu'il ne soit encore dans les mauvaises dispositions, où il était autrefois à votre égard. Quelqu'un de nos Pères m'a envoyé un billet d’un Père bénédictin, par lequel j'apprends qu’il se remarie. Je crains que le peu de piété qu’il a pour vous ne l’éloigne de Dieu et ne cause du déréglement dans ses mœurs. Je vous prie de m'informer de sa manière de vivre, et s’il n’y a rien dans lui qui doive m'’obliger de lui donner quelque avertissement nécessaire pour son salut ; car enfin c’est un frère, que je dois aimer non seulement d’un amour naturel, mais encore d’un amour surnaturel, et plus que tous ceux pour lesquels je travaille depuis tant d'années.
Je prie ma chère mère de lire cette lettre, comme lui étant commune avec vous ; et quand vous m'écrirez, je souhaiterais que vous renouvelassiez toujours, à la fin de vos lettres, la béné-
diction que vous m'avez donnée, et que j'estime
ètre Car l'au est | mes qu’e de v pou mai; cette fidèl pens nous nous
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être un trésor pour moi. Je salue mon frère de Carheil, que je prie de ne jamais m'oublier à l'autel, lorsqu'il tient entre ses mains celui qui est mort pour notre amour. Je me recommande à mes chères sœurs, et je les remercie du soin qu’elles ont de vous assister continuellement et de vous soulager dans votre vieillesse. Ce serait pour moi une consolation de savoir votre âge ; mais le respect m’empèche de vous oser faire cette prière. Que Dieu bénisse éternellement vos fidèles et charitables servantes, et qu’il les récompense de mille grâces pendant cette vie et qu'il nous soigne tous ensemble dans l'éternité, pour nous entr’aimer sans être jamais séparés les uns des autres. C’est le désir de celui qui est et qui sera toujours, avec toutes les tendresses dont il est capable
Votre très humble et très obéissant fils et serviteur.
Je vous prie de témoigner à ma tante de Corolet que je me souviens d'elle dans mes
prières et particulièrement à l’autel (1).
ÉTIENNE DE CARHEIL, Societatis Jesu.
Je prie Dieu de récompenser ma tante de
(1) La signature est séparée de la phrase qui doit la précéder; mais le copiste n’a pas compris que le P. de Carheil a glissé ce qui regarde sa tante dans les intervalles qui lui restaient. Nous
laissons ce désordre qui prouve avec quel scrupule on a fait la copie.
Corolet de tous les biens qu’elle a faits à notre famille et qui m'obligent à une reconnaissance éternelle. n
A Monsieur de la Guichardaye de Carheil, à da Redon, recommandée aux Révérends Pères Bénédictins de l'Abbaye de Saint-Germain, à Paris.
A Michillimakinac, le 13 Octobre 1691.
Monsieur, mon très cher, très aimé et très aimable père, (1)
Mort Si votre dernière m'a donné la consolation desamére. le savoir que j'avais encore un père sur la terre qui pouvait m'écrire malgré sa vieillesse,
elle m'a aussi en même temps causé le sensible déplaisir d'apprendre que, depuis plus de deux
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ans, je n’ai plus de mère, puisque c’est pour ns : Rat so
me donner avis de sa mort que vous m'écrivez. sat jouis
Mais est-ce un déplaisir à un fils tel que je le
(1) Cette lettre est la sixième dans le cahier de la Guichardaye.
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suis, à un fils religieux, à un fils qui a quitté la terre, de n’y avoir plus de mère, si elle est au ciel où il est lui-même par la profession de son état ? La mort ne l’a mise qu’où la religion doit m'avoir mis, il y a si longtemps ; bien loin de croire qu’elle me l’ait ôtée et qu’elle m'ait privé de sa présence, je crois au contraire qu’elle me la rendue beaucoup plus présente, étant au ciel, qu’elle ne l'était lorsqu'elle était sur la terre dans un éloignement aussi grand que celui qui m'a toujours séparé de vous et d’elle, depuis notre première séparation.
Si je ne savais de quelle manière elle avait vécu, qu’elle était à l'égard de Dieu sa véritable servante, à votre égard, la plus aimable et la plus fidèle de toutes les épouses, à l'égard de moi, de mes deux défunts frères et de mes trois sœurs, la meilleure de toutes les mères, à l'égard de ses domestiques, la plus douce et la plus paisible de toutes les maîtresses ; si je ne savais pas tout cela et que je pusse douter de sa disposition pour le ciel, j'avoue qu’alors la nouvelle de sa mort m'aurait causé autant d’affliction qu’en doit causer le plus terrible doute qu’on puisse avoir sur la plus importante des affaires. Mais comme je ne puis nullement douter ou qu’elle ne soit déjà unie à son Dieu par une éternité de jouissance, ou de son bonheur, si elle est dans la possession de son Dieu, ou, si elle n’y est pas encore arrivée, de son assurance d'y arriver, ce n’est pas la mort qui doit nous affliger, mais
Sa consolation.
seulement la mauvaise mort, la bonne doit nous réjouir ; et dès là que nous avons assez de connaissance d’une bonne vie pour nous persuader que la mort est bonne, nous ne devons plus que nos conjouissances à la bonté de l’une et de l’autre. Ce n’est pas une moindre injustice de s’affliger d’une bonne mort que d’une bonne vie, puisqu’étant toutes deux également bonnes, elles n’ont rien que d’aimable et qui ne doive causer de la joie. C’est pour éviter cette injustice que, sachant par moi-même et par l'expérience de mon éducation, quelle a été la vie de ma chère, très aimée et très aimable mère, et apprenant d’ailleurs par votre lettre avec quelle patience elle a supporté la longueur de sa maladie, avec quelle foi et quelle espérance elle a aimé ses douleurs, comme autant de principes qui ne tarderaient pas à lui produire des plaisirs éternels, avec quelle présence et attention d'esprit elle a reçu ses derniers sacrements; je ne saurais après cela permettre à mon cœur la moindre tristesse d’une mort si chrétienne.
Je sens bien que j'ai un cœur de fils, qu'il est rempli de tout l’amour filial qu’il doit avoir, qu'il a toujours eu et qu’il aura toujours pour une telle mère; mais je sens bien aussi et je sais que la dernière volonté d’un fils, qui voit sa mère en âge de mourir et qui ne peut pas l’en exempter, est celle de lui vouloir avec Dieu une bonne mort, dans le même moment qu'il la lui veut. Que
puis-je donc faire présentement que de vouloir ce
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que Dieu a voulu ? Que lui dois-je que des remerciments pour la multitude de ses grandes miséricordes envers elle ? Pouvais-je lui demander qu’il lui accordât d’autres grâces que celle de bien vivre et de bien mourir ? Ne sont-ce pas les deux grâces générales, qui renferment en elles toutes les autres, qui en sont composées comme de leurs parties ? Ne lui at-il donc pas accordé ces deux grâces ? Et s’il les lui a accordées, si elle a bien vécu, si elle est bien morte, aurais-je ‘un cœur de fils, sans en recevoir de la consolation ? Où serait ma joie, si je n’en sentais point dans une occasion de cette nature qui m'en demande tous les sentiments dont je suis capable? Quel plaisir pour moi d’être le fils d'une mère qui a bien vécu et qui est bien morte, d'une mère qui s’est acquis tous les mérites d’une longue vie par le bon usage de sa santé, tous les mérites d’une longue maladie par le bon usage de ses souffrances, tous les mérites d’une mort prévenue et exempte de surprise par le bon usage de sa raison, toujours présente jusqu’à la fin et capable d'employer ses dernières actions à recevoir les grâces de ses trois sacrements, sa dernière contrition à recevoir la grâce de l’absolution, sa dernière dévotion à recevoir la grâce du viatique, ses derniers sentiments de religion et de piété à recevoir la grâce de l’extrème-onction et de la persévérance finale !
Dès le moment que j'eus appris sa mort, je ne différai pas à lui rendre les devoirs funèbres
Ses prières pour sa mère.
que la piété demandait de moi, je n’omis rien de ce que je pouvais faire auprès de Dieu pour le soulagement de son âme, en cas qu’elle fût encore arrêtée dans le Purgatoire. J'employai le secours de tous mes amis, non seulement de ceux de notre Compagnie, mais aussi des communautés religieuses et nième des personnes séculières, à qui j'écrivis en divers endroits pour leur demander en sa faveur le secours de leurs prières. Outre cela, je m'’adressai encore à l'Église huronne que j'instruis ici présentement, et la recommandai en pleine assemblée à la charité de tout le peuple devenu chrétien et qui me regarde comme son pasteur. Je ne puis croire qu'après tant d'oraisons, tant de messes, tant de communions, tant de satisfactions employées pour sa délivrance, elle n'ait en effet été délivrée, et qu’elle ne soit maintenant dans la gloire en état de prier elle-même pour nous.
Vous ne doutez pas que ce que j'ai fait pour l’âme de ma mère, je ne l’aie fait aussi pour celle de mes deux frères, et que je n’aie tâché de les réunir ensemble avec les bienheureux dans le sein de Dieu, pour ne vivre que par lui et de lui à toute éternité. J’eusse été bien aise de savoir le jour de leur mort et les autres circonstances particulières qui l'ont accompagnée. Mes sœurs auraient dù,ce me semble, se faire une obligation de m'écrire sur un sujet de cette importance, où il ne s’agissait de rien moins que de tirer notre
bonne mère et nos chers frères des flammes du.
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