RIT
Purgatoire, et de leur procurer, le plus tôt qu'il nous était possible, le souverain bonheur de voir clairement l'essence divine et la Trinité de ses Personnes, pour laquelle nous sommes tous créés.
Quelque consolation que ce soit pour moi de recevoir encore, à l'âge où vous êtes, des lettres de votre main, et d'y reconnaitre avec plaisir le caractère de votre écriture, tel qu'il était lorsque je vous quittai, mes sœurs toutefois ne devraient plus souffrir que vous prissiez la. peine de m'écrire : elles devraient, pour vous l'épargner, se charger de Je faire elles-mêmes. C'est trop, à mon cher père, de vouloir encore m'écrire de votre main, c'est assurément trop, et je ne puis retenir les larmes que la tendresse arrache à mon cœur en vous le disant; ne suivez pas en cela le mouvement que votre amour de père envers moi vous voudrait donner, mais pensez à la caducité de votre vieillesse, qui demande que vous ménagiez par le repos ce qu’elle vous laisse de forces, pour vivre le plus doucement que vous pourrez. Laissez à mes sœurs le soin de m'écrire : j'ose espérer que ma sœur et ma filleule Marie le prendra volontiers, puisqu’elle est la seule de toute notre famille qui m'ait écrit avec vous.
Quoique j’eusse prévenu mes deux autres sœurs ainsi qu’elle, je n'ai pas mérité d’en recevoir réponse, je ne sais pas pourquoi; car enfin il n'est pas ordinaire, ni selon les lois de la bienséance commune, de ne pas répondre à une personne
Amour julial,
qui vous écrit; je suis leur frère, je suisreligieux, je leur ai écrit comme à des sœurs que j'aime tendrement ; pourquoi ne point répondre ? Si ma qualité de frère n’était pas assez forte pour les
‘ obliger, je ne dis pas à vouloir m'écrire les
Bénédiction paternelle.
premières, puisque c'était moi qui les prévenais, mais à me faire quelque mot deréponse, du moins il me semble que ma qualité de religieux devrait ètre un motif tout à fait puissant pour les y porter efficacement. Quoiqu'il en soit, il est pourtant vrai que ni l’une ni l’autre ne m'ont point écrit et qu’elles ont fait paraitre que mes lettres leur étaient quelque chose de fort indifférent: c’est donc à ma sœur Marie que je m'adresse, et je la prie que, si elle vous est rendue, et que vous ayez encore assez de santé po.: penser à m'écrire, qu'elle ne le souffre .plus, et vous prète sa main, pour le faire en votre place.
Je ne saurais assez vous remercier de la grâce que vous me faites dans votre dernière de me confirmer votre bénédiction paternelle. C’est le seul de vos biens auquel je n'ai pas renoncé par le vœu que j'ai fait de pauvreté; c’est mon héritage, c'est mon patrimoine, c'est mon trésor où je trouve un fonds d'autant de richesses que j'en veux avoir. Votre bénédiction est le principe de celle de Dieu qui, ayant voulu que vous fussiez mon père, a voulu ensuite qu’étant votre fils, je me rendisse digne de recevoir votre bénédiction, pour recevoir la sienne, qui m'est
uniquement nécessaire et qui contient toute ma
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Au reste, pour vous apprendre, avant que de finir, quelque chose de mon état présent, vous saurez qu'il y a environ sept ans que j'ai été
obligé de quitter les missions iroquoises. Quel-
que soin que nous ayons pris pendant vingt ans, pour tâcher de convertir ces peuples anthropophages et les réduire doucement à l’obéissance de l'Évangile, toutefois l’indocilité de leurs esprits et la dureté de leurs cœurs uniquement attachés par une longue habitude des siècles passés au cruel plaisir de tuer les hommes, a tellement résisté à tous nos efforts qu’il a fallu, malgré la charité que nous avions pour eux, les abandonner entièrement et prendre le parti de leur faire la guerre, pour arrèter l'injustice de celle qu'ils faisaient continuellement eux-mèmes,
sans vouloir désister, aux autres sauvages de ce.
Nouveau-Monde, et pour conserver tant de nations infidèles qui périssaient malheureusement par leur cruauté dans les ténèbres de leur infidélité, avant que d’être suffisamment éclairées des lumières de la sagesse et de la vérité incarnée.
Il y a quatre ans que cette guerre fut commencée par une marche générale de nos Français et de leurs alliés contre le plus nombreux
de leurs bourgs qui est celui de Tsonnontouan..
Dieu, qui ne laisse jamais impunis les mauvais
fortune. Quid mihi est in cœlo, aut quid a te volui
Détails politiques.
Son persécuteur
träitements que l’on fait à ses serviteurs et qui se plait en cela à montrer sa Providence, voulut que dans cette marche le premier des ennemis, qui se présenta à notre armée, fût mon persécuteur. Jl fut saisi, mis aux fers, envoyé à Québec et de là en France et ensuite aux galères où, après avoir servi pendant quelques deux ans, on l'a fait repasser en Canada, dans la pensée qu’on avait de le renvoyer à ceux de sa nation, pour leur témoigner qu’on était encore dans la disposition de les ménager et d’en user envers eux des voies de douceur, s’ils voulaient se soumettre à Monsieur le comte de Frontenac, notre gouverneur, et accepter les conditions nécessaires à l'établissement solide d’une bonne paix.
Lesaffaires étaient en terme d’accomi: dement si l'Anglais, ennemi de la France et le. otecteur contre nous, ne les eût empèche., en s’y opposant, d'entendre les propositions qu’on leur faisait. Cette opposition a été cause que la guerre commencée continue toujours jusqu'à présent.
Mais ce qu'il y a de considérable et qui me regarde le plus, c’est que mon persécuteur, d’Iroquois qu’il était, est enfin devenu Français, et qu'après s'être opposé aux armes de nos guerriers, il est aujourd’hui un de nos soldats. N'y a-t-il pas de quoi admirer, dans cette conduite de la Providence, le merveilleux tempérament de sa justice et de sa miséricorde tout ensemble, qui s’y font remarquer également de la manière du monde la plus éclatante? Car, d’un côté, quelle
Voici
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justice de l'avoir réduit aux fâcheuses dépendances d’une captivité de deux ans, à tous les travaux et mauvais traitements ordinaires aux galériens, pour le punir de ceux qu'il a faits si injustement! Mais aussi quelle miséricorde de l'avoir retiré d'un pays idolâtre pour l’établir dans un pays chrétien, pour l'y habituer et le mettre par là dans une heureuse nécessité de se naturaliser tout doucement au christianisme et de l’embrasser enfin par la suite, comme il ne faut pas douter qu’il ne fasse! ;
Depuis ma sortie de Goyogoüen, j'ai demeuré trois ans à Québec, m’employant ou à l’instruction de la jeunesse dans nos classes, ou à prêcher soit au peuple dans la cathédrale, soit aux communautés religieuses dans leurs églises. Mes supérieurs eussent souhaité de pouvoir m'arrêter dans ces derniers emplois, pour satisfaire au désir du public, qui le leur demandait ; mais Dieu, qui avait sur moi d’autres desseins, disposa les affaires de telle sorte qu’ils furent obligés de m'envoyer ici, à trois cents lieues de Québec, pour y prendre la place de celui de nos Pères qui desservait avant moi la Mission des Hurons et qu’ils crurent en devoir retirer pour quelques difficultés particulières, qui le regardaient personnellement.
Voici la cinquième année que je la gouverne
après lui.
Quoique je sois seul à la cultiver, ce n’est pas toutefois de la mème manière que je l’étais à
Détails personnels.
Goyogoüen, où je n’avais avec moi qu’un garçon pour m'aider à vivre, en re déchargeant du soin de mon corps, pendant que je m'appliquais uniquement au salut des âmes. C’est ici.un lieu établi pour le commerce des Français qui y viennent continuellement de Québec pour faire leur traite avec les sauvages et acheter d’eux le castor que l'on transporte en France. Nous y avons une maison et une église, où nous faisons toutes nos fonctions de missionnaires pour les Français et pour les sauvages. J'ai toujours avec moi quelque autre de nos Pères, et souvent il s’en trouve trois ou quat”e, parce que, outre la Mission des Hurons dont je suis l’unique pasteur, il y a encore celle des Outaouais qui lui est contiguë et qui, étant d’une langue différente de la mienne, demande aussi d’auires personnes pour son instruction ; ce qui nous donne beaucoup de facilité dans l'exercice de notre ministère et fait que nous ne sommes jamais sans avoir avec nous ou quelqu'un de nos frères ou quelqu'un de ceux que nous appelons Donnés, pour s'être entièrement consacrés au service de Dieu dans notre maison, résolus d'y vivre et d'y mourir, comme s'ils étaient religieux aussi bien que nous et qu’ils -en portassent l'habit, quoique en effet ils ne le portent pas, demeurant toujours avec ceux qu'ils auraient, s'ils étaient au monde dans la condition de simples serviteurs, pour être par là plus ‘en état d'aller où nos besoins nous obligent de les envoyer. C’est sur eux que nous nous reposons
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de toutes les nécessités corporelles, atin de tourner toutes nos applications à la grande affaire de prècher l'Évangile et d'établir le royaume de Jésus-Christ dans le cœur des peuples qu’il a confiés à notre conduite.
Je n’ai ici aucune des peines que j'avais parmi les Iroquois;. les Hurons sont presque tous chrétiens : je baptise les enfants dès leur naissance ; j'instruis les adultes, et en public, et en particulier; je leur administre tous les sacrements, et enfin, sans m'arrèêter à un long détail qui n'est pas nécessaire, c'est assez de vous dire que si j'ai quitté les alliances.et les plaisirs du corps, j'en ai trouvé d’autres infiniment plus grands: j'ai trouvé le plaisir d’être le père d'autant d'âmes que j'en gagne à Dieu, d’être le principe d'une grande famille que j'ai déjà au ciel et que je tacherai d'augmenter toujours jusqu’à la mort; famille où je ne doute point que ma mère ne soit présentement reconnue avec autorité ; famille où vousserez reconnu vous même aussi bien qu’elle, quand le temps en sera venu ; famille où mes frères et mes sœurs et généralement tous ceux de notre parenté, qui serviront Dieu fidèlement pendant cette vie, seront tous reconnus selon la liaison qu'ils ont avec moi; famille enfin où je
ferai reconneitre et où je reconnaitrai moi-même
vos deux bonnes servantes, Yvonne Garel et Yvonne Olivaud.
Je les mettrai, ou plutôt je les mets dès à présent, au rang de mes sœurs, pour la fidélité
Les Hurons.
La famille surnaturelle du P. de Carheil.
Les deux servantes.
Amour de la famille.
et l’attachement qu'elles ont eu à votre service, c'est ce que je vous prie de leur dire de ma part et de les assurer que vous les regarderez désormais sous cette qualité. Je supplie mes trois sœurs de vouloir bien aussi leur dire de même. Depuis que Dieu, par l’excès d’une bonté infinie, a bien voulu, de serviteurs quenousétions, nous faire ses enfants adoptifs et nous:envoyer son Fils unique pour nous faire ses frères, ne pourrais-je pas en quelque chose imiter son exemple et prendre pour mes sœurs des servantes, à qui je ne saurais assez témoigner ma reconnaissance pour tous les services qu’elles vous ont rendus avec tant de persévérance, qu’elles .ont passé leur vie à l’unique emploi d’être votre servante ? Comme je n'ai pu être auprès de vous, pour vous servir moi-même, et qu’elles ont toujours fait ce que j'aurais voulu faire, si je n’eusse pas été appelé à l’état où je suis, ne sont-elles pas devenues par là toutes deux mes sœurs, et ne dois-je pas avoir pour elles un amour de frère ?
J'achève ma lettre en vous disant encore une fois que je serais bien aise de savoir le jour et quelques détails de la mort de mes frères. Je voudrais du moins que mon frère ainé fût revenu de ses emportements contre vous, qu'il fût rentré dans son devoir et qu'il vous eût marqué, par une satisfaction capable de vous contenter, le déplaisir qu’il était obligé d’avoir de tout le passé; mais j'appréhende bien qu’il ne soit mort hors des sentiments de l’amour et de la
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piété filiale qu’il vous devait. Vous dire que ce serait pour moi une consolation d'apprendre le jour et l’année de votre naissance et de votre baptème, aussi bien que de ma défunte mère, et généralement de tous mes frères et de toutes mes sœurs, sans excepter personne de notre famille, ni même ceux qui pourraient être morts avant ma naissance et que je n'aurais pas connus ! C’est une connaissance qui ne me sera pas inutile, puisqu'elle me servira à remercier Dieu ou de la grâce d'une longue vie telle qu’il vous la accordée, ou de la grâce d’une mort avancée dont il a favorisé ceux de vos enfants qu’il a appelés à soi dans l’amour et la pureté de leur baptème. Faut-il que j'ignore le nom de mes frères et de mes sœurs qui sont des saints et des saintes qui règnent dans la gloire, qui vivent avec Dieu, qui lui parlent et que je puis prier de lui parler pour moi, pour m'obtenir par leur médiation tout ce qu'ils savent beaucoup mieux que moi m'être nécessaire ? Sont-ce là des noms que je doive ignorer, et à qui m'adresser pour m'aider à devenir saint qu'à des frères et à des sœurs, que je sais l’être sans que j'en puisse douter, qui veulent que je le sois, et qui s’emploieront pour cela de toutes leurs forces, si je m'adresse à eux ?
Depuis que vous m'avez écrit le jour de ma naissance et de mon baptème, je m'en suis fait toutes les années un jour de fête pour l’'employer à remercier Dieu de ces deux grâces. Il me semble que vous m'avez mandé que j'étais né le
Préparation à la mort.
18 de novembre et baptisé le 23 de l’année 1633; mais comme ma maison fut pillée à Goyogoüen et que la lettre fut perdue, j'ai apprehendé de m'être trompé ; c’est pourquoi, lorsque vous prendrez la peine de me faire écrire ce que je vous demande touchant le baptème de mes frères et de mes sœurs, vous m'obligerez de vouloir bien encore me donner quelque assurance sur ce qui me regarde moi-même, de peur que je ne me sois mépris.
Vous pouvez témoigner de ma part à tous mes parents qui restent encore sur la terre qu'ils me sont fort présents à l’autel et qu'il n'est pas nécessaire que je les aie connus pour cela; c’est assez que je sache quel est l’ordre dans l’amour du prochain et les égards qu'il veut que l’on ait pour toutes les liaisons naturelles de parenté. J'ai surtout prié pour ma tante de Corollet, que vous me recommandez plus particulièrement pour les grandes obligations que nous lui avons.
Je souhaite fort que cette lettre vous soit rendue, puisque le dernier désir de votre amour paternel envers moi est celui de recevoir encore de mes nouvelles avant votre mort. J'espère que mon ange gardien et le vôtre, qui prennent part à tout ce qui nous regarde, auront soin d'empècher qu’elle ne soit perdue, et de faire en sorte qu’elle vous soit portée fidèlement.
Comme je sais que vous êtes une personne bien éclairée et que vous n’ignorez aucune des
dispositions nécessaires à une bonne mort, je