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» correspondent à ses soins ; mais je crois qu’il » demande d’eux trop de vertu pour les commen- » cements. S'il n’en sanctifie pas autant qu'il » voudrait, il est bien certain qu'il s'y sanctifie » lui-même d’une bonne façon... » Voilà un témoignage de haute valeur ; car le P. Dablon, longtemps Missionnaire comme le P. de Carheil et alors son Supérieur, était dans les. meilleures conditions pour porter un jugement solide. Il a raison de signaler un excès de zèle en ce saint homme, un peu rude comme le granit de sa Bretagne, et nous verrons plus d’une preuve de son énergique rudesse. C’est la tendance des âmes ardentes et des caractères vigoureux de trop demander à la faiblesse d'autrui. Mais le reproche du P. Dablon est une louange, au fond; car il constate l’excès d’une qualité supérieure, d’une vertu éminente, d'un amour de Dieu sans bornes. Qui ne souhaiterait de mériter pareil reproche ? Il demeure que le P. de Carheil à Goyogoüen se sanctifiait d’une bonne façon.
L'année 1675, dans la relation du P. Dablon, n’est pas autant résumée, heureusement. Nous y voyons que les Goyogouins ne deviennent pas plus faciles à convertir et nous pressentons le mouvement d'hostilité qui éclatera quelques années plus tard. Cette nation, ordinairement plus calme, se montre superbe et insolente. Quelquesuns, en état d'ivresse, sont allés jusqu'à maltraiter rudement le P. de Carheil, et plus encore, jusqu’à maltraiter Jésus-Christ lui-même, en
renversant une partie de la chapelle. On devine la douleur du Missionnaire, non pour les coups et les affronts qu’il a reçus, car il rêve du martyre, mais pour sa chapelle et son Dieu. La Relation ‘ajoute que ces rebuts ne lui font pas perdre courage et qu’en récompense Dieu lui a donné la consolation d’avoir mis cette année vingt et un enfants dans l° ciel et, probablement, onze adultes, morts après le baptème : « Ce n’a » pas été sans livrer des combats! » Si nous n’avons pas les récits de ces combats où la vertu du P, de Carheil se fait plus forte et plus éclatante, au moins le P. Dablon nous a conservé le récit qu'on va lire.
« Voici comme il décrit la peine qu’il a eue » pour baptiser une jeune femme: d'où l'on » jugera des autres.
« Elle ne s’est rendue, dit-il, qu’à l'extrémité, » et je ne l’ai gagnée que par la patience, par la » douceur et par la constance à espérer d'elle ce » que tous les rebuts que j’en souffrais avaient » pensé plusieurs fois me faire désespérer. Elle » permettait facilement que je la visitasse, après » quelques remèdes que je iui avais donnés. Elle » me laissait parler de toutes autres choses que » la principale qui était le salut de son âme. Sitôt » que j'ouvrais la bouche pour lui en insinuer » quelques mots, elle entrait dans des emporte- » ments qui étaient surprenants et que je n'avais » jamais remarqués dans aucun sauvage. J'étais contraint de me retirer au même instant, de