‹ Un admirable martyre sous la TerreurChapitre 3 sur 13 · J. COURTIN · texte numérisé non relu

J. COURTIN

Ciin'-iloi/eit (In l.ouroit.r-lit'roiiiiiii^i

Kh 1;i fiHc du Sacr,'-Gœ;ir, 11) juin l'.IIJi.

AU LECTKUK

Noël Pinot, curé du Louroux-Béconnais, condamné à mort pour sa fidélité à la discipline et à la foi de l'Eglise, marche à l'échafaud. vêtu, sur l'offre de ses juges, comme pour la Sainte Messe. — et monte les degrés en disant : Introibu ad altare Dei (le 21 février 1794, sur la place du Ralliement d'Angers) : tel est — avec la vie héroïque qui , surtout pendant les sept derniers mois, le prépara, — le martN're admirable, et troppeu connu, au loin, que va nous raconter le marquis deSégur.

Nous nous garderons bien de toucher à ces pages autrement que pour les encadrer de quelques documents nouveaux (i), de quelques observations, — - ou pour les illustrer de quelques Souvenirs de Noël Pinot.

Nous voulons d'autant moins toucher à ce récit du marquis de-Ségur qu'il ^era un témoignage très précieux pour le procès de canonisation que l'on espère, et que l'on désire si vivement voir s'introduire. Il est, en effet, le résultat des notes recueillies par M. Brouillet(2), curé pendant vingt-neuf ans de la paroisse du Louroux, et qui, en venu d'une commission

( i) Des crochets avertiront le lecteur de ce qui sera intercalé dans le texte, ou ajouté en note.

(2). Cf. l'allocution prononcée par Mgr Pessard aux obsèques de M. Brouiliet : 2" appendice, à la fin du volume.

officielle de Mg'' Ano^ebault, évêque d'Angers, interrogea avec le plus grand soin beaucoup de témoins oculaires, — et des témoignages laissés par M. Gruget(i), témoin oculaire de la mort de Noël Pinot, historien, aussi évidemment sincère que sensé, des Actes de l'Église d'Angers, et surtout de ses mart3TS pendant la Révolution.

Comme cette publication est pour nous, avant tout, œuvre d'édification, d'ascétisme par le fad^ — ce qui n'empêche pas un grand souci de l'exactitude historique. — quelques observations préliminaires ne seront pas inutiles pour aider à réfléchir sur les faits racorités dans ce volume et sur d'autres laits contemporains analogues, et pour aider surtout à en retirer des leçons pratiques. D'abord, pourquoi des faits qui ont laissé une trace locale profonde n"ont-ils pas été plus universellement connus ou remarqués ?

C'est peut-être que la politique, qui a tant préoccupé et divisé le dernier siècle, n'a pas laissé à l'attention générale assez de paix, de

(i). Ch. PORTAIS, l'Abhé Grugei^ cttré de la Trinité, sa Paroisse, son diocèse, son temps 1751-184O. (Angfers, Germain et Grassin, 18)6). Cf. l'Anjou historique, surtout janvier 1903, pages 375-397 (Angers^ Siraudeau).

sérénité fi) pour les remarquer, ou pour les voir sous leur jour dominant. — Absorbés d'ailleurs par le travail de reconstruction qui s'imposait au lendemain de la Révolution et qui a duré pendant une partie du dernier siècle, prêtres et fidèles n'ont pas toujours eu le temps de se rappeler leurs gloires. — Et puis, comme il faut, dans les pays de montagne, un certain recul des cimes pour les bien voir, ainsi fallait-il à l'ensemble du clergé et des fidèles un certain recul du temjis pour remarquer, de partout, autant qu'elle le mérite, l'histoire des Carmélites de Conipiègne, des martyrs des Carmes, des Sœurs de la Charité d'Arras. des Ursulines de Valenciennes, de M"'- de Luigné, de M""- Saillant, des Sœurs de la Charité Marie -Anne et Odile, et de tant d'autres victimes mas>acrées dans notre CJianip des Martyrs d\Angers, dont le souvenir est si vif et si profond parmi nous? Mais parmi toutes ces morts sublimes en est-il une plus sublime que celle de Noël

(I). Exemple : des fidèles ou même de simples honnêtes g"ens en sont toujours à comprendre que la guerre de Vendée lut une o-uerre surtout rciii;icu;.e ! Il faudra peut-être encore un siècle avant que tous les cntholiques et tous les honnêtes gens voient daES cette lutte une des plus magniliques résistances de la conscience hu;Tiaine à la ij-rannie dans l'ordre reliofieux. et song^ent qu'elle mériterait un Homère cent fois mieux que la guerre de Troie. Même les causes les plus évidemment étrangères à la politique ont pu souffrir de cet état d'esprit qui n implique pas d'aï. leurs, chez beaucoup, la moindre faute morale.

Pinot ? N'a-t-elle même pas un caractère unique : le caractère, si j'ose ainsi dire, du mart^Te dernière messe ? Que nous voudrions voir ce modèle d'héroïsme sacerdotal connu au loin comme il est connu en Anjou, alors que partout l'on a tant besoin de pareils exemples !

Oui sait si nous ne reverrons pas des jours sanglants ? Oui sait mêms s'ils ne sont pas à un point de vue désirables : s'ils ne seraient pas préférables à cette Terreur sèclu qui pervertit lentement mais sûrement les âmes, qui fausse les idées, dissout les convictions, abaisse les caractères, avilit les consciences ? On hésitera peutêtr^, par peur de l'opinion publique., devant les violences extrêmes. Est-il bien sûr qu'on n'}' viendra pas ? X'avons-nous pas déjà la conliscation et le bannissement sous des formes déguisées ? Sans chercher des svmptômes jusqu'à Rome où récemment l'on orna.t la statue de Néron, pensez-vc.is que les éléments capables de verser le sang ne sont pas aujourd'hui^ en France, aussi nombreux, aussi pervers qu'à l'époque de la Révolution ? Des chants abominables qui se hurlent d.iUs nos rues contre Dieu, contre la religion, contre toute autorité, contre la Patrie.., de ces chants aux faits, croyez-vous que la distance soit si grande, et la tran<i;ion si diffijib ?

Assurément, le premier devoir actuel est, avec la prière, la lutte par la parole, l'action, la lutte toujours plus active et plus énergique. Mais n'est-il pas opportun — et même pour mieux lutter — de nous faire, avec la grâce de Dieu, des âmes de martyrs, à l'école d'un Noël Pinot et des autres victimes de la Révolution ?

Et si nous ne pouvons prétendre à une si belle mort, du moins devons-nous tous, prêtres ^. et fidèles, aspirer à une sainte mort. Qu'est-ce que la sainte mort ? Lisez sur cette question Bossuet : Réflexions sur Vagoine de Notre-Seigiienr, et Préparafiou à la mort (l). La sainte mort, c'est la mort unie au sacrifice de Jésus- Christ : si elle lui est unie par le simple état de grâce, elle mérite déjà ce nom ; — si ellÀlui est unie d'une manière actuelle par la foi, la confiance, la charité, qui s'emparent du mysj tère de la mort de Jésus, elle devient plus pré- I cieuse encore ; — si enfin vous l'envisagez et î l'acceptez à l'avance, si vous la souffrez, d'une j manière explicite, comme une continuation dif sacrifice de Jésus-Christ : c'est la mort chrétienne par exce.'^nce ; et la leçon de mourir

(l) Un de ces opuscules dont La Harpe a d>t que celui qui ne les a pas lus ne connaît pas Bossuet. (Vives, t. VII, p. 594 etsuiv.).

ainsi se dégage comme d'elle-même d'une histoire où un prêtre meurt comme s'il allait offrir le saint Sacrifice. Se tenir prêt à mourir dans cette disposition, quoi de plus beau, sinon le martyre ?

Cette histoire peut apprendre à vivre aussi bien qu'à mourir. La vie parmi les difficultés et les dangers les plus graves, voilà ce qu'on y lit et voilà ce qiii peut nous être réservé. 11 se peut que le système d'oppression inauguré contre l'Eglise déjà depuis longtemps aille resserrant de plus en plus ses lois et ses mesures criminelles... Un jour peut venir et rapidement, où, sinon la foi, du moins la discipline, \.a. liberté essentielle de l'Eglise seraient évidemment en jeu. La grande leçon de la risisttince au pouvoir civil qui opprime la conscience au nom de la loi peut nous être nécessaire ; et le souvenir de nos martyrs de la Révolution revient bien à propos. Mis en demeure de prêter le sermant schismatique de fidélité à la Constitution civile du clergé, Noël Pinot, alors que tant d'autres tremblent, et qu'un assez bon nombre fléchissent, le refuse du haut de la chaire, le 27 février 1791 ; et-'T explique son refus de la manière la plus sage et la plus énergique : (( Tant que les lois qu'a faites l'Assemblée Nationale n'ont porté que sur le

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