PROBABILITÉS ET CONDITIONS DE LA PAIX
la sécularisation de quelques Etats ecclésiastiques. L'Adige formerait la limite des possessions Impériales, comme la rive gauche constituerait celle des possessions françaises. On se réserverait de statuer sur la Hollande lors de la paix avec l'Angleterre. La liberté serait rendue à la Suisse, qui ferait avec la République française un Trailé d'alliance, qui la rendrait entièrement dépendante de sa protectrice. On continuera de ménager avec soin la Russie, parce qu'on la craint sans avoir cependant grande confiance dans la tenue des principes de Paul I^^ dont on connaît la mentalité ; 1). ¥. Quant à la Russie, disait dernièrement un personnage très « important, nous ne l'aimons, ni ne la craignons. Anec quelques « millions, nous serons bien sûrs de détruire son armée ».
Le caractère des Français est si peu changé que depuis quelques jours il n'a été question que du bal de iM. de Sprengporten qui, pour ne mécontenter personne, a chargé deux femmes de partis opposés de faire les invitations. Madame de Lostange (2), pour les gens de l'ancien régime, et la célèbre Madame Récamier pour les Républicains. Les personnes sages blâment le Ministre russe d'avoir voulu donner cette fête, dont il ne peut résulter pour lui que des tracasseries et des épigrammes. On assufe qu'il y a régné beaucoup de confusion et qu'elle n'a pas répondu à l'idée magnifique qu'on s'en était faite. Tout ce qui touche aux Tuileries a refusé d'y assister.
(1) Le Roi m'a parlé du rapprochement prochain de la Russie et de la France, mandait, le 6 janvier BeurnonviUe à Ta.lleyra.nd. L'accueil fait aif général de Sprengporten ne l'a pas étonné. « Soyez sur, a-t-il conti- « nué, que l'Emperem- de Russie ne restera pas en arrière avec nous ôt « que ces procédés seront appréciés pur ce Prince. Je ôrois que vous ne « tarderez pas à en venir à une réconciliation définitive..,.. »
(Prusse, Volume 228, N» 31, f° 'H2, Berlin 6 janvier 1801).
(2) Marquise de Lostange de Saint-Alvère, née Vinlimille (Cf. Comte Clary Aldrinoen. Trois mois à Paris, p. 3-21.
Paris, 3 janvier 1801.
Continuation des arrestations. — Les rapports de Fouché et de Régnier. — Les attaques des Jacobins contre la politique du Premier Consul. — Ses projets après la paix. — Missions confiées à des agents secrets.
On n'est toujours occupé à Paris que de l'espoir de la paix avec l'Autriche en présence de la reprise active des négociations de Lunéville. Mais ratteiition principale est fixée maintenant sur les suites de l'événement du 24 (décembre). On a continué les arrestations. 11 paraît que jusqu'à présent on n'a été dirigé que par des soupçons. On assure que le fil de la conspiration n'est pas découvert. Tout ce qui a été arrêté n'est que Jacobin, des terroristes ou des assassins qu'il est toujours bon de voir retranchés de la Société, mais qui ne sont que les instruments des moteurs les plus importants.
Toutes les apparences confirment que Buonaparte, circonscrit de toute part, n'osera pas donner à cette affaire toute la suite et l'éclat dont elle est susceptible. On a jusqu'à présent, mais vainement, cherché à inculper les émigrés et les prêtres rentrés. — Deux rapports faits au Conseil d'Etat par Fouché et par Régnier, Conseiller d'Etat, les ont indirectement chargés de soupçons, non comme conspirateurs, mais comme étant la cause de 1 exaspération des esprits et des reproches que le patriotisme avait à faire au Premier Consul.
Buonaparte a employé dans cette circonstance une assez grande énergie. Il a écarté avec force tout ce qui tendait à les accuser. Il a été assez bien secondé par son parti, qui ne ferait cependant pas une longue résistance, si l'autorité du Premier Consul venait à s'affaiblir. Au reste, la crise a paru assez dangereuse pour que l'on insinuât à Buonaparte qu'il acceptât pour quelque temps la Dictature. Cette proposition a même été mise en délibération secrète dans le Corps Législatif.