LES DÉSILLUSIONS DE STAMFORD. LK CONCLUSUM
fiques, des dispositions pour le moment entièrement acquises à la politique française du roi de Prusse et du Cabinet de Berlin (1).
Chaque jour lui apporte de nouvelles tristesses, de nouvelles désillusions qui le décident de plus en plus à se tenir à l'écart.
Le 21 février, un décret de l'Empereur porte le traité de Lunéville à la connaissance de la Diète. Le 9 mars, la Commission Impériale a achevé la rédaction du Concliisum, qu'on envoie sur-le-champ pour la ratification à Paris.
Quelques jours plus tôt, l'Empereur, par un décret en date du 3 mars, avait invité la Diète à émettre son avis sur la question de savoir de quelle manière l'Empire prendrait part aux arrangements à convenir par suite de l'article VH du traité (Dédommagements à donner aux princes dépossédés). En sa qualité de représentant du prince d'Orange, Stamford ne put alors se dispenser de reparaître momentanément sur la scène et, se conformant aux ordres de son Souverain, il adresse le 31 mars à Haugwitz une Note et linvite à la remettre à Frédéric-Guillaume 111.
« Krûdener m'a annoncé qu'il élaii chargé pur Sa Majesté Impériale de « Russie de s'entendre avec moi pour faire parvenir directement une « lettre au Premier Consul. Cette lettre est de la main même de l'Empe- « reur et scellée de son sceau et Sa Majesîé désire qu'elle soit remise « aux mains mêmes du Premier Consul par l'officier qui en est porteur « (M. de Neumann, lieu'.enant de chasseurs) sans aucune espèce d'inter- « médiaires et spécialement sans celui de M. de Sprengporten. Cet offl- « cier partira demain matin.
« Le baron de Kriidener m'a informé en même temps qu'il est autorisé « à entrer en conférences avec moi. Li première se tiendra le 22 (janvier). » (Prusse, Volume 2-28 f 29).
Il) « Le Roi, que je vis le jour même de l'arrivée de votre dépêche du « 12 nivôse (2 janvier), s'est exprimé avec beaucoup de satisfaction sur « les résolutions modérées de la République française et a ajouté; « J'es- « père bien que vous finirez aussi bien avec l'Angleterre qu'avec l'Au- « triche. »
(Prusse, Volume 228. Dépêche chiffrée N» 34 f* 258. Beurnonville à Talleyrand. Berlin, 27 nivôse an IX (17 Janvier 1801).
Berlin, 3i mars 1801 .
Note au comte de Haugwitz établissant et recommandant au roi de Prusse les droits de la Maison d'Orange.
Il le prie, sur l'ordre du prince d'Orange, de faire connaître au Roi :
Que le prince d'Orange, informé des dispositions favorables de Sa Majesté Prussienne à assurer à la Maison d'Orange, à l'occasion de la paix entre l'Empire et la France, un dédommagement pour la perle du Slathoudérat, est pénétré de la plus vive gratitude envers Sa Majesté Prussienne ;
Que Son Altesse Sérénissime croit néanmoins devoir représenter que les charges et dignités héréditaires, dont Son Altesse Sérénissime a été revêtue dans la République des Provinces -Unies, n'ayant pas été conférées à la Maison d'Orange, uniquement pour l'avantage des Princes de cette Maison et comme un patrimoine dont ils pouvaient disposer à leur gré, mais comme un témoignage signalé de la confiance que la Nation avait mise dans la Maison d'Orange, il s'en suivrait que la succession héréditaire à ces charges et dignités imposait au Prince, qui s'en trouvait revêtu, le devoir sacré de ne rien omettre de ce qu'il jugeait convenable à la prospérité de sa patrie ;
Qu'il lui semblait qu'on ne saurait exiger d'Elle et des Princes de sa Maison (2) de s'y soustraire et de prendre des engagements
Cl) R. O. F. O. 95.6.
(2) Bien que l'on n'en trouve pas trace parmi les pièces du Record Office, Starnford eut vraisemblablement connaissance de l'en'.reîien que le Prince héréditaire d'Orange avait eu quelques semaines auparavant avec Beurnonville : « Le Prince héréditaire, avait-il mandé à Talleyrand, « m'a dit qu'il comptait sur la loyauté du Premier Consul et sur l'exécu- « tion de la Convention du 8 août 1796, (Convention secrète de Berlin) « qui fut la suite du traité de Bâle, lequel a servi de base à celui de Luné- « ville. Le Prince fait des objections à la Franconie qu'on paraî^ vouloir « lui accorder et préférerait qu'on arrondît les propriétés qu'il a sur la « Vétéravie et sur la Lahn. Je lui ai conseillé de remettre l'exposé de « ses désirs à M. de Ha"ug\viiz eî au roi de Prusse, son beau-frère. » (Prus.se Volume 228N° 48 (Dépêche chiffrée) f" 406. fîewr/(0?iui//e à Tal leyrand. Berlin 3mars 1801). Cf. Dropmore Papers VI. 456. Lord Carysfort à lord Grenville, Berlin 13 février 1831. Post-scripturn. Il lui rend
NOTE RELATIVE AUX DROITS DE LA MAISON d'oRANGE 463
qui les mettraient hors d'état d'être de nouveau utiles à la République des Provinces-Unies ;
Que Son Altesse Sérénissime, ayant à l'hérédité des charges et dignités conférées à la Maison d'Orange un droit d'autant plus incontestable qu'Elle a déjà été garantie en 1788 par le roi Frédéric-Guillaume II et par Sa Majesté Britannique, aujourd'hui régnante, Elle ne pourrait accepter un équivalent quelconque que de l'aveu et du consentement des deux Hautes Puissances contractantes et en se réservant expressément la faculté de pouvoir rentrer librement dans la République des Provinces-Unies dans le cas où celles-ci, pouvant émettre, à l'abri de toute contrainte étrangère, un vœu à cet égard tout à fait libre, appellerait la Maison d'Orange pour se donaer, d'accord avec Elle, une Constitution qu'elle croirait propre à faire son bonheur ;
Enfin, que Son Altesse Sérénissime, en recommandant de nouveau à Sa Majesté Prussienne Ses intérêts et ceux de sa Maison, prend la liberté de Lui recommander également ceux des princes de Nassau Usingen et de Nassau Weilburg (1), qui ont les titres les plus justes pour demander des indemnités pour les possessions qu'ils ont perdues sur la rive gauche du Rhin.
H. G. DE Stamford.
Note envoyée par le Général de Stamford en exécution de la Note adressée au roi de Prusse par le prince d'O^-ange (Note en date de Londres, le 20 Mars 1801) (2).
compte d'une visite fuite p<ar le I^rince à Stamford, auquel, après lui avoir fait pari du peu d'attachement qu'ont conservé pour son pèr€ les Hollandais, qui lui sont au contraire tout dévoués, il n'a pus dissimulé les craintes que lui inspire l'attitude de la Prusse, qu'il croit très disposée à s'eatendre avec ki France au sujet de la possession ou du partage de la Hollande.
(1) C'étaient à ce moment le prince Charles-Guillaume de Nassau-Usingen qui mouru!- en 1808 et le prince Frédéric-Guilluume de Nassau-WeiJburg (1768-181C), dont la fille Henriette épousa en 1815 l'archiduc Charles.
(•2) Gomme Haugwiiz le mandait à Lucchesini, de Berlin le 7 sep-
iiibre. BeurnonviVle, conformément aux instructions contenues dans la iepêche de Talleyniud du 17 août, lui avait fait connaître que : « Le « premier Consul déclare vouloir s'expliquer fortement pour ob'enii- à la « Maison d'Or.mge une (indemnité enlièrement satisfaisante et deman- « der au Roi de Prusse de lui assigner celle qu'il croirai, la plus conve»^ « nable. »
A la suiie ;de cette ouverture, Frédéric-Guillaume III écriv;ut à la ilate du 12 septembre à Haugwitz : « Vous avez déjà répondu au Ministre « de France en lui communiquant le projet d'indemnités pour la Maison ,, d'Orange,. .. »
464 LE GÉNÉRAL DE STAMiO'iD
A en juger par la nouvelle lacune que présente son dossier au Record Office^ Stamford crut une fois de plus convenable et peut-être même prudent de garder le silence le plus absolu depuis la fin de mars jusqu'aux premiers jours de septembre 1801. Assez inattendu et étonnant en lui-même, ce mutisme devient encore plus surprenant et même presque énigmatique, lorsqu'on jette un coup d'œil sur la lettre qu'il adresse le 5 de ce mois à Jackson. On n'y relève en effet pas la moindre allusion aux graves et multiples événements qui ont été les conséquences forcées de la nuit tragique du 11 au 12-23/24 mars à cette terrible secousse qui allait imprimer un cours nouveau à la marche de la politique mondiale et modifier la constellation des Puissances. Sans vouloir pour cela s'attarder à rechercher les causes de celte étrange attitude de Stamford, on ne peut toutefois s'empêcher de se demander comment il se fait, alors qu'il va consacrer une longue lettre tout entière, à exposer à F. J. Jackson l'état de la question, pourtant secondaire, du Hanovre, les projets plus ou moins problématiques, en tous cas sujets à bien des tluctuations, d'un homme d'Etat aussi onduleux, aussi fuyant que Ilaugwitz, il ne lui souffle mot ni de l'envol de Duroc à Saint-Pétersbourg, ni des instructions, dont il a assurément entendu parler à Berlin, que le jeune Empereur de Russie a fait tenir à Markoff le 9 juillet, ni de la fin de cette Ligue des Neutres qui a survécu trois mois à peine à Paul I^"", ni enfin et surtout du changement de système politique par rapport à la France, résultat inévitable de la retraite de Pitt. L'infatigable artisan des Coalitions, l'ennemi mortel de la République Française n'avait cependant pas manque de suivre, avec non moins d'attentions que d'appréhension, les échanges de vues et de Notes entre Otto et lord Hawskesbury, les premières ouvertures, infructueuses et platoniques du mois d'avril, puis l'envoi des Notes du mois de juin qui, en amenant les deux Gouvernements à découvrir leurs prétentions leur permettaient dé-
• La Prusse proposuiî d'utiribuer à cette Maison le duché de Westphalie, Recklinghausen et quelques terrifoires faisant partie des Electorals de Cologne et de Trêves (Cf. Baill;u. /*/•( usseu und Fra,nkreich II. \k 57-60.