LA QUESTION DU HANOVRE
sormais d'entamer sérieusement la conversation au mois de juillet (1).
Les négociations, surtout à la suite de l'impression profonde qu'avaient causée en Angleterre les deux échecs essuyés par Nelson devant Boulogne le 4 et le 16 août, avaient pris une tournure si favorable et si décisive que, ce que Stamford ne pouvait assurément ignorer, les plénipotentiaires français et anglais, Otto et lord Hawkesbury, avaient résolu d'en finir et de tenir, le 7 septembre, 48 heures après le départ de la lettre que Stamford expédiait à Jackson, la première des Conférences qui devaient aboutir à la signature des Préliminaires de Londres.
Berlin, 5 septembre 1 801 .
La question du Hanovre. — Propositions faites par Haugwitz à lord Garysfort. — La conversation de Stamford avec Carysfort. — Questions examinées par Stamford au coura de soîi entretien avec Haugwitz.
Le 1" de ce mois, M. le comte de Haugwitz m'ayant invité à dîner, me prit à part après la table et me dit que, devant faire incessamment une absence d'une quinzaine de jours, il avait désiré s'entretenir avec moi sur l'état des affaires qui devenaient sérieuses.
Il me fit part de la demande des Français à l'égard du pays de
(1) Correspondance VII N* 56i8. Au citoyen Caillard. Paris, ^3 juillet 1801 et Ibidem N" 5640 Première Annexe et N° 5650 Note pour la lettre au citoyen OLlo.
(2) F. J. Jackson était à ce moment à Paris el habitait rue Saint-Dominique.
Le jeune Ministre d'Angleterre à Berlin avai- à ce moment à peine trente-et-un ans. Entré dans la diplomatie à seize ans, secrétaire de Légation de 1789 à 1797, d'abord à Berlin, puis à Madrid, il avait été, au retour d'une mission à Constantinople, dont il s'élait brillamment acquittée nommé le 2 décembre 1801 (il avait alors 31 ans) Ministre plénipotentiaire à Paris, qu'il quiUa en octobre 1802 pour aller occuper le poste non moins diffl("ile de Berlin. 11 y resta, presque sans interruption, sauf une courte absence, pendant laquelle son frère George géra la Légation, jusqu'aux premiers jours du mois de mai 1806, lors de la rupture momentanée des relations diplomatiques entre les deux Gouvernements à la suite de l'occu-
Hanovre (1), ajoutant qu'il l'avait aussitôt communiquée à Mylord Carysfort, parce que, dans l'état des choses, l'article devenait absolument commun. « Voilà, ajouta t il^ce que je prévoyais dès c longtemps et d'après quoi j'ai donné mon avis au Roi. J'étais « contrecarré par ceux qui prétendaient que je voyais mal, que «. nos mesures étaient inutilement dispendieuses et qu'il fallait « les faire cesser. Mais, l'événement m'ayant appuyé, le Roi a pi is « décidément son parti. »
Il me parla alors de la convention verbale qu'il avait proposée à Mylord Carysfort, désirant qu'elle fût considérée par l'Angleterre comme si c'était un engagement par écrit. « J'estime, dit-il, qu'on « pensera ainsi en Angleterre, l'intérêt étant trop commun. Je
pation du Hanovre par les troupes prussiennes. Chargé en 1807 de nu ilier au Danemark la sommation de l'Angleterre qui précéda le bombardement de Copenli;»gue, il fut choisi en 1809, pour aller remplacer Erskine à Washingîon. Là encore, la rupture des négociations mit fin en 1811 à sa mission,, la dernière de sa courte, mais brillance carrière.
Moins de trois ans plus tard, Francis James Jackson éraiî enlevé dans la force de l'âge par une maladie de langueur, conire laquelle il luttait déjà depuis quelque temps. Il avait à peine quarante-quatre jjns.
(1) II n'est peut-être pas inuiile de rappeler ici qu'à la suite de la déclaraitiun de Hanovre du 3 avrii 1801, 24.000 Prussiens sous les ordres du général von Kleist étaient entrés dans l'Éiectorat de H inovre et|y furent entretenus aux frais du pays. Le 14 juin 1891, Sir James Crauford. consul d'Angleterre à Hambourg, adressa à M. de Dohm, Ministre de Prusse auprès du cercle de la B:isse Saxe, une Noie par laquelle il demandait le retrait des troupes prussiennes en raison du changemeui qui s'était produil, dans la siiuation générale et les relations eîi re les deux Puissances. Le lendemain 15 juin, Talleyrand mandait à Beumonville {Prusse, Volume 229 N° 8) : « Il est utile que le Gouvernement prussien ne s'abuse pas sur « les vues du Premier Consul. Le Premier Consul, qui ne peut voir dans « le pays de Hanovre ^qu'une province anglaise, considère que le .seul « moyen de rallier cet Electorat au Corps Germanique es' de le faire tom- « ber dans les mains allemandes et prescrit ainsi l'exéculion rigoureuse « de l'article 7 du traité de Lunéville. »
L:i Note de Crauford, ne produisit qu'un bien faible eiîet. Le 18 oclobre, au moment où lord Carysfort se préparait à quitter Berlin pour rentrer en Angleterre, il écrivait à lord Grenville : « Le Hanovre n'es! toujours « pas évacué e; malgré les belles protestations que se prodiguent les deux « Etats allemands, l'accord entre eux n'est encore fait sur aucun point... «
{Dropmore Papers VII. 63. Lord Carysfort à lord Grenville-Berlin 18 octobre 1801).
Les Prussiens ne sortirent du Hanovre que quelque temps après la ratification des Préliminaires de Londres.
Cf. pour les conversations entre Paris et Berlin relatives au Hanovre (10 octobre), les rapports de Lucchesini à Haugwiiz, plus particulièrement ceux des 2 et 10 mars, 24 avril, 23 mai et 2 septembre, les instructions de Haugwitz, en date du 10 juillet, les instructions de Talleyrand à Beurnonville du 2 mai, les dépêches de Beurnonville des 24 mai et 24 aoû! dans Baillf.u, Preussen und Frankreich, II, 29-60 et dans le volume de Prusse 229.
CONF i-RENCES DE STAMFORD AVEC L01\U GARYSFORT ET HAUGWITZ. 467
a compte donc qu'on s'y tient assuré que le Roi ne s'appuye du « différend entre les deux Cours que pour tâcher de conserver le « pays de Hanovre à son légitime Souverain sans avoir à le « défendre par la force et de notre côté nous comptons sur « l'Angleterre pour des secours pécuniaires, en cas que la force « devienne nécessaire. »
Il ne me cacha pas qu'il avait peu d'espoir de pouvoir éviter la défense formelle: étant presque sûr que les Français ne s'arrêteraient pas à la réponse qu'on leur avait faite et en viendraient aux voies de fait. Sur quoi, il m'énumera les forces qu'on serait en état d'opposer de leur part au premier mouvement et qui, co;nptent les troupes de Hesse, Saxe et Hanovre, les troupes prussiennes déjà dans l'Electorat, ce qu'on retiendrait des troupes déjà en cantonnement à Berlin et environs, ainsi que sur ce qu'il y aurait sur la fin du mois aux environs de PotsdaiB, ferait 100.000 hommes prêts à agir où il faudrait. Il me parut désirer que je (isse part de ses idées à Mylord Carysfort et que nous nous vissions ensuite et pour cet effet il m'invita à dîner pour le 3, devant partir le 4 pour Freienwald et y passer quinze jours.
Le 2, j'eus l'honneur de rendre compte de cet entrelien à Mylord Carysfort, qui me fit observer que le Ministre avait été bien plus loin avec moi qu'avec lui ; Que, devant rendre compte à sa Cour, il avait mis par écrit ce que M. de Haugwltz Imi avait dit; Qae, d'après ce rapport, les choses n'étaient pas aussi avan.iées pour qu'on puisse prendre des mesures en Angleterre, car il restait encore à voir si la Prusse voulait décidément et à tout prix empêcher les Français d'entrer sur le territoire désigné par l'ancienne ligne de démarcation ; Que le temps était si court quïl était impossible que l'Angleterre se décidât à rien de grand, puisqu'il fallait pour cela prendre des mesures à l'avance ; Qu'à l'instant où les Français en viendraient à l'attaque, l'idée de les prévenir en laissant quant à Hanovre les choses Slaiu Quo, cesserait ; Qu'il fallait anticiper ce moment de force ouverte en se communiquant des idées précises, en décidant dès à présent ce que la Prusse ferait en pareil cas, afin que l'Angleterre décidât de son côté comment elle y concourrait. — Mylord Carysfort me promit de faire usage de ces remarques auprès de M. Haugwitz pour savoir ce qu'il pensait à cet égard.
Voilà donc quel a été mon thème en allant aujourd'hui chez le Ministre. Nous avons eu une longue conversation dont je rassemble les résultats sous quatre chefs. Je les ai répétés plusieurs fois à M. de Haugwitz pour être bien sûr que c'était là ce qu'il m'avait dit :
1° Le Roi voit très bien le danger et il est résolu de s'opposer de toutes ses forces à ce que les Français entament le Nord de l'Allemagne. Voilà le fondement sur lequel il faut s'arranger sans faire envisager au Roi, en lui demandant plus d'explications, jusqu'où cela pourrait l'entraîner.
2° M. le comte de Haugwitz voit les choses dans toute leur étendue et non seulement il est résolu par là de les pousser jusqu'au bout, mais il n'a aucun doute que le Roi ne s'y porte si les Français attaquent. Il demande qu on ait assez de confiance en lui pour le laisser diriger les choses d'après la connaissance qu'il a de la manière dont elles doivent être conduites pour réussir. Voilà encore un point auquel comme nous le premier Ministre ne peut rien changer, à présent.
3° L'Angleterre est à perlée de voir le danger aussi bien que la Prusse. M. de Haugwitz communiquera à Lord Carysfort tout ce qu'il apprendra à ce sujet... L'Angleterre doit voir mieux que le Roi le secours d'argent dont il pourrait avoir besoin, car, d'après certaines indications, le Roi serait disposé à commencer à se défendre par lui-même avec les Princes compris dans la ligue, ce que M. de Haugwitz regarderait comme une demi-mesure fort dangereuse. 11 espère, au moment nécessaire, démontrer à Sa Majesté qu'il faut mettre aussitôt des forces suffisantes en campagne avec le secc^urs de l'Angleterre.
A" Il faut prévoir que ce moment peut se présenter à une époque où les vents rendent la correspondance très longue. M de Haugwitz désire donc que Lord Carysfort reçoive des instructions telles que, si cela arrivait, on pût tout de suite former un plan ici et convenir d'autorité.
Paris, s. d.
Les dispositions de Lucien et de Talleyrand, — Les vues du Premier Consul sur l'Italie.
Lucien Bonaparte n'est pas mal pour nous. Il est dans le système qu'il faut un intermédiaire entre la France et l'Autriche
U) R-0. F.O. 353.80. Vraisemblablement, des derniers mois de 1801 et postérieure à la signature des préliminaires de Londres et à la sign.tture du traité du 11 octobre avec la Russie.
LK PREMIER CONSUL ET l'iTALIE 469
et vous pouvez compter qu'il désire plus qu'on ne pense avoir le roi de Sardaigne pour voisin.
Talleyrand est bien, dans le fond, pour vous, mais ne contrariant en rien les vues du Premier Consul. Celui-ci n'a qu'un plan, savoir : Paraître tout décidé à garder le Piémont pour ne pas être trop pressé par les Grandes Puissances de le rendre (1). Le garder en effet, si ses démonstrations en imposent et proposer une indemnité quelconque, dans certains cas, Milan, dans d'autres, les Légations, moins encore s'il se peut, et enfin, rendre le Piémont, si malgré ses démonstrations on le presse vivement et avec énergie.
Berlin, s. d. (3)
Regrets que lui cause la chute de Panin. Conséquences probables de cet événement. — L'élection de l'archiduc Antoine et les relations entre Vienne et Berlin. — L'état de l'Empire Germanique et le prince d'Orange sur le Continent
Mon très cher et très honorable ami.
J'avais souhaité depuis longtemps de recevoir de vous-même un
(1) Le Piénion;, que le Premier Consul désirait, mais n'avait pas osé annexer pour ménager les vues et les susceptibilités de la Russie, avait é.é, le l^ avril 1891, divisé en six départements et avait formé notre 11" Division militaire. (Cf. Correspondance VII, 5874, P" 33", Paris '22 novembre 180L Exposé de la. Situation de la République). En rédigeant le traité du 11 octobre, on avait eu soin de réserver cette question en déclaran! « qu'on s'entendrait à l'amiable sur les intérêts du roi de « Sardaigne quand il y aura lieu, et de la manière la plus compatible avec « l'état actuel des choses. » « Le Piémont, lit-on précisément à ce propos « dans les Mémoires du prince de Talleyrand, 1.290, aurait dû être res- « litué au roi de S irdaigne immédi:riement après la paix de Lunéville : « il n'était qu'en dépôt entre les mains de la France. Le restituer aurait « été h la fois un acte de justice rigoureuse et de très- sage politique. » Bonaparte, au contraire, le réunit à l;i France (4 septembre 1802). Je fis " de vains efforts pour le détourner de cet:e mesure. Il croyait qu'elle « était d,ms son in'érêt personnel ; son amour-propre lui paraissait la « récl;imer et il prévalut contre tous les conseils de la prudence. »
(2) R. O. F. 0. 'J5.G. Probablement à F. J. Jackson.
(3) Pièce en tout cas postérieure au 29 octobre 1801, date de l'article de la Gazette de Francfort dont Stamford reproduit un passage. — Il convient d'autre part de rappeler ici que Panin fut invité le 30 sepiendDre 18jl adonner sa démission et que ce fut seulement le 7 novembre
signe de vie, lorsque M. Casamajor (1) m'a apporté votre lettre du 18 de ce mois passé qui a été suivie hier d'une seconde en date du 28 du même mois.
Je ne crois pas avoir besoin de vous dire combien cette marque de souvenir de votre part m'a causé de joie, puisque les sentiments d'amitié et d'attachement que je vous porte doivent vous être suffisamment connus et, comme vous connaissez également tous ceux que je conserve à notre digne et excellent ami, le comte Panin, je n'ai pas besoin non plus, je pense, de vous exprimer combien je partage avec vous les justes regrets que vous éprouvez et que doivent éprouver ceux mêmes qui ne lui sont attachés que par la seule connaissance qu'ils ont de son mérite, en le voyant pour la seconde fois éloigné des afFaires qui, autant et peut-être plus que jamais, ont besoin d'hommes tels que lui.
Quels seront les fruits de toutes ces paix partielles qui ont été
que Beurnonville écrivi. à T^illeyi-Mid : « Ce n'est pas M. d'AluiKMis, )ii;iis « M. sic Kulchnubfv qui rciuiilM-o Panin. » — Enlin ■■'■-'(■ (Iim;^conmK' on le \rvrn i>lus loin, jms.éi'ieure encore au l'c'nur sur !nent de l'ex-Stalhouder, retour qui eu; lieu lorsque l'ianiée 1801 lirai, t[':\n vers sa fin.
(1) Le 11.- ^-^au-e de Casamajor ]i; i" I Berlin fu! marqué, lors de
son arrivée aouime au moiui'ii; do : i , ]..ar des incidents d'une
naiure si particulière qu'ils méri;en. d'èi ■ m!c\os.
En seplembre 1803, lord Grenville, qui i'.d.-.ai. as-ez grand » > o
major, avait l'aii savoir à lord Carysfort qu'en c;is de départ de Garlike, il se proposai? de lui envoyer ce Secrétaire {Dropmore Papcrs. VI. 33 Lord Grenville à lord Carysfort— Cleveland Row. 26 s<"o ''mitre 1880)-
Ce choix n'avaii guère souri à Carysfori qui. le 4 mai 18 d Ibidem VII. ()'.) lui mandai' do T.erlin: « Lord Ha^vkesbury me dii que Casama- (( jor vient ici. Je no -:oir;ds rester ici avec un homme ,el qu'on me le <( dépeint de tous cô.és »
Quelques semaines plus lard, de Charlottenburg. le '22 juin {Ibidem VIL 127) le minisire d'Angleterre s'empressait, il est vrai, de reconn; î're qu'on avait mal jugé Casamajor ;
« 11 est, écrit-il, bien moins foj'iiiidable que je ne le croyais. Il a beau- <( coup de bon sens, d'excellen:es nuxnières de vrai genileman, est pour « moi plein d'égards et d'aitenlii.ins, mais pointilleux à rex.rême avec « les autres, ce qui lui vaudra certainement des ennuis s'il ne cliangi; « pas de manière. »
Un an plus tard, après le départ de lord Carysfori. Berlin réserve à Casamajor un nouvel ennui: « M. Jackson, nouveau aiinis re d'Angle- « terre à Berlin, écrit Bignon, le 28 octobre iSO'2 [Prusse. A'olunn:^ 131. « Dépêche chiffrée N° 14 f" 01) est attendu à chaque moment. Le chargé « d'affaires a demandé un congé qu'il a obtenu. Le motif de cette demande « est la conformité d'ùgc entre lui et M. Jackson M. de Casamajor ne <c s'embarasseraitpas d'être employé comme Secrétaire de Légation a^ oc un « Ministre, que d'ailleurs il estime beaucoup, mais qui n'a sur lui, ni la su- « péiiorité de l'expérience, ni même celle des années. Sa Cour a reconnu « la justice de sa demande et la lui a accordée de la manière la plus gra- <( cîeuse. »
LA CHUTE DE PANIN, LA PAIX AVEC l'aNGLETERRE 471
successivement conclues el dont la somme totale ne forme qu'une immense grandeur négative relativement au bien-être général si, dans un de nos plus puissants Empires, la cabale trouve moyen d'écarter du conseil du Monarque le Ministre le plus digne d'y occuper la première place ?Que des ambitieux n'ayant pas le mérite requis pour remplir un poste à la Cour, y briguent les premiers emplois, à la bonne heure. Mais qu'i'ls osent briguer également les premières places dans le Ministère, quel étrange abus de la faveur du Prince!
Voilà donc la paix entre la Grande-Bretagne et la France, sinon définitivement conclue encore, du moins fort près de l'être. Vous saurez mieux que moi à l'heure qu'il est ce qu'on pense en Angleterre pour ou contre cet événement (1).
Quant à moi, qui suis persuadé qu'il n'a pas tenu à l'Angleterre que sa paix avec la France ne soit devenue pour elle-même et pour les Puissances du Continent aussi avantageuse qu'elle aurait pu et dû le devenir, si ces dernières avaient connu leur véritable intérêt, j'adresse du fond de mon cœur des vœux au Ciel pour que cette paix devienne pour la Nation anglaise une source de nouvelles et constantes prospérités.
Pour ce qui est des autres Puissances, mes vœux pour elles sont plus modestes. Je souhaite qu'il ne leur arrive pas tout le mal qu'elles ont mérité et auquel il me semble bien difficile qu'elles puissent échapper,
A la distance où vous vous trouvez, mon cher Ami, vous ignorez peut-être encore ce qui s'est passé en dernier lieu entre ici et la Cour de Vienne. Voici en peu de mots ce qui, à cet égard, est parvenu à ma connaissance. .
La Cour de Berlin ayant protesté contre la validité de l'élection de larchiduc Antoine (2) au siège archiépiscopal et électoral de Cologne, comme elle avait déjà protesté antérieurement contre
(1) On sail que le colonel de Lauiiston, porteur des ratifications des Préliminaires, fut presque perlé en Iriomphe par le peuple de Londres qui dé'.ela et traîna jusque chez lord Hawkesbury la voiture dans laquelle Otto y condaisuit l'aide de camp du Premier Consul. — D'autre part, lord Gornwallis, chargé de complimenter le Premier Consul, était à Paris depuis le 7 novembre. Avant de se rendre à Amiens, où les négocijitlons s'ouvrirent au commencement de décembre, il y eut depuis le 24 novembre quelques conférences préliminaires avec Joseph.
(2) L'un des plus jeunes frères de l'Empereur, né le 31 aoiit 1779, mort le 2 avril 1835. Il donna dans la séance (la 32') de la Députalion de l'Empire à Ratisbonne, le 4 décembre 1802, sa démission de l'archevêché de Cologne et de l'évéché de Miinsler. L'archiduc Charles renonça en sa faveur en mai. 1804 à la Grande Mt llrise de l'Ordre Teutonique.
l'élection dft ce Prince au siège épiscopal de Munster, le comte Stadion (1) reçut ordre de sa Cour d'insinuer auMinistère de Berlin que ces élections pouvaient être regardées comme indifférentes, comme ne devant en aucune manière altérer la marche des indemnisations à accorder aux Princes qui ont perdu en tout ou en parlie leurs Etats de l'autre côté du Rhin ; que l'Empereur, en consé • quence, n'avait pas encore permis à l'archiduc Antoine d'aller se mettre en possession des Etats qu'il était appelé à gouverner, quoique le Chapitre de Munster l'en eût vivement et itéralivement prié; et enfin, que Sa M;ijesté Impériale, autant par conviction que par amour et par attachement pour l'ancienne Constitution Germanique, se sentait obligée d'insister sur la conservation des trois Electorats ecclésiastiques.
M. de Haugwilz a répondu à ces insinuations par une Note adressée au comte de Stadion, dans laquelle il est dit en substance :
« Que Sa Majesté Prussienne ne pouvant qu'approuver la précaution qu'avait eue Sa Majesté Impériale d'empêcher que Son Altesse Royale l'archiduc Antoine ne se rendît aux instances du Chapitre de Munster, Elle, de son côté, ne donnerait pas plus d'étendue aux mesures qu'EIle avait prises jusqu'à présent pour prévenir l'eflet de ces instances ; mais, au reste, qu'EIle était très éloignée de tomber d'accord avec Sa Majesté Impériale, qu'on pût préjuger et même fixer la conservation des trois Electorats ecclésiastiques avant qu'on soit parvenu à déterminer la masse des indemnisations et voii' ensuite s'il resterait de quoi former tel ou tel Electoral. »
A peina ces explications entre l'Envoyé de Vienne et.M. de Haugwilz étaient-elles parvenues à ma connaissance que je lus dans la
(1) Stadion (I-*!iilippe. comte de) (1763-18-24) eniré fort jeune dans la carrière diplomatique sous Kuunitz qui l'envoya, dès 1788 en Suède comme Minisîre plénipotentiaire. En 1790, il passn à Londi-e.'--. Froissé de voir en 1792 Mercy d'Argenteau qui, fuyant la Révoludon, s'était réfugié en Angle'erre. chrirgé de traiter les atî:iires les plus importrintes, il se retir;i dans ses lerres. Il ne rentra dans la carrière qu'en 1797, fut envoyé à Berlin, où il eut, en 1803. MeLîernich pour successeur et prit à ce momen: possession du pos'e de Saint Pélersbourg. Il y fut le principal négociateur de la troisième Coaliîion et suivit Alexandre l"' à l'armée. Ministre des Affaires élrangères après la paix de Presbourg. il dut renoncer à son portefeuille ;iprè3 Wagram et eut cette fois encore Metternich pour successeur. Retiré dans ses terres en Bohême, il en sortit après Liilzen, d'abord pour prendre part aux conférences de Topli-z, puis à celles de Francfort et de Chàillon. L'un des plénipotentiaires du Traité de Paris (11 avril 1814), il assista au Congrès de Vienne e: fut aussitôt après chargé du Ministère des Finance.'-.
l'élection de L'Af^CIIIDUC ANTOINE 473
Gazette de Francfort l'article suivant, de Ratisbonne, le 29 octobre.
« Le Chancelier de l'Empire a adressé à tous les Ministres de sa Majesté Impériale près les Etats d'Allemagne un Rescrit daté de Vienne le 14 octobre, dont voici la substance :
« Sa Majesté Impériale, en qualité de Chef Suprême de l'Empire et de Protecteur de lEglise Germanique, a donné Sa pleine approbation à la demande de deux grands dignitaires de Cologne et de Munster relativement aux élections et jamais Elle n'a eu l'intention de gêner, contrairement à la Constitution, les Chapitres dans l'exercice de leurs droits légitimes et primitifs. On a dû voir avec d'autant plus de surprise les déclarations opposées qu'a faites jusqu'à ce moment la Cour de Prusse et auxquelles il a été donné la plus grande publicité, tant au sujet de la suspension des Elections que sur le résultat de celle de Munster, à qui on a même voulu donner la dénomination de : Prétendu Evêque.
« Les Ministres de Sa Majesté Impériale sont chargés d'appeler, là où ils se trouvent, toute l'attention sur les suites fâcheuses qu'entraînerait un pareil exemple d'affectation de pouvoir illégal et de procédé arbitraire de la part d'un Co-Etat particulier de l'Empire. En conséquence, ils donneront toute la publicité désirable aux représentations faites par les dits Chapitres conformément à la Constitution » (1).
(1) « M. le comte deStadion, mandai' de Berlin, le 24 octobre 1801, Beurnonville à Tallcyrand, en inlormaiit la Cour de Berlin que l'archiduc Anîoine avaii é.é élu au siège de Cologne comme il l'avait élé à celui de Mïins'.er, a remis copie de la dépêche do sa Cour relativement à cp le nomination. Cette dépêciie perle sommairement qae : « Sa Majesté impériale n'a pu se dispensa r d. laisser en cette circonstance un libre cours aux formes constiUniiiiiin'ihji ; Que ces Elections ne portent aucune atteinte au principe des sécularisations, ni aucun obstacle au règlemenl des indeinuités ; Que l'Archiduc n.e s'en prévaudra jamais pour prétendre à aucune espèce de pension ni de dédommagement ; Que Sa Mtîjesté Impérinle, pour donner une preuve des égards qu'ElIe est jalouse de montrer à la Prusse, s'abstient de faire prendre possession des deux bénéfices vacan s, quoiqu'Elle eût le droit de le faire en sa quali.é de Chef du Corps germanique et qu'EUe vient d'ordonner aux Chapitres d'en régir les revenus par inteinm et comme par le passé, Sa Majesté déclarant au surplus qu'EUe fera tous Ses efforts pour maintenir l'existence des trois Electeurs Ecclésiastiques et empêcher, autant qu'il dépendra d'Elle, l'écroulement absolu de la Constitution de L'Empire. »
(Prusse, Volume ?3') N" 9).
L";!rchcvêclié de Cologne fut séi-ularisé en 18!)1 et toutes ses possessions siiuécs sur la rive gauche du Rhin furent annexées <à la France. En 1803, toutes les possessions siiuées sur la rive droite furent partagées entre les principautés de Nassau-Usingen, de Wied et d'Arenberg (comté de
4i4 LE GENERAL DE STAMFOKD
Queiie sera la fin de toutes ces protestations et contreprotestalions ? Celle probablement que voudra y mettre Buonaparte, que celte dispute paraît amuser et qui peut-être n'attend que i-e moment oi^i elle semblera vouloir dégénérer en guerre formelle pour interposer un Qiios ego?
Pendant que la Cour de Vienne ne parle que de conserver la Constitution Germanique, et celle de Berlin, d'indemniser des princes dépouillés, qu'elle eût mieux fait de ne pas laisser dépouiller, n'est- il pas affligeant qu'on doive se dire qu'il n'existe plus d'Empire Germanique et que tous ces princes indemnisés ne seront que des vassaux de la France ? En effet, dans le cas d'une guerre de celle-ci contre l'Autriche ou contre la Prusse, ou même contre ces deux Puissances réunies, lequel des princes d'Allemagne, surtout de ceux dont les Etats confinent au Rhin, sera assez impolitique pour s'allier avec elles, au risque de se voir chassé le lendemain de son pays pour n'y rentrer peut-être jamais et lequel de ces princes, si la France exige des secours en hommes ou en argent, ne préférera pas au contraire de les fournir à une Puissance, dont la protection lui est devenue indispensable et qui peut-être aura eu soin de se l'attacher d'avance par de bons procédés ?
D'ailleurs, quel intérêt peuvent désormais inspirer à tous ces princes de l'Empire deux Cours, dont la constante désunion les a fait tomber sous une dépendance plus ou moins absolue de la France et qui, pourvu que celle-ci voulût y consentir, ne se feraient pas le moindre scrupule de se partager leurs Etals, ce qui au reste, puisque les choses en sont à ce point, serait le seul moyen de rétablir une sorte d'équilibre en Europe !
Le prince Stathouder est arrivé ces jours passés au Continent, très inopinément pour moi et pour beaucoup d'autres personnes,
Hecklinghausen) et le laiidgraviat de Hesse-Darmstadt (Westphalie). En 1815, tout le territoire de l'ancien archevêché fut annexé à la Prusse. Au point de vue ecclésiastique, un nouvel archevêché fut fondé à Cologne en
En 1803, l'évêché de Miinster fut sécularisé et la plus grande partie de son territoire fut érigée en principauté et réunie à la Prusse. D'auire parties, moins considérables, furent données aux maisons de Salm-Salm, des Rhaingraves (Horsimar) de Groï (Dulmen), des Looz-Corswarem (Rhein- Wolbeck), d'Arenberg (Meppen), et d'Oldenburg. — La prhicipauté prussienne de Munster fut réunie tout entière au Grand Duché de Rerg en 1807 et annexée en partie à la France en 1810. En 1815, la Prusse reçut non seulement la principauté, mais encore les parties de l'ancien évêché ([Ui avaient été cédées aux maisons de Salm, de Croï et de Looz. — Un nouvel évêché purement ecclésiastique fut fondé en 1821.
15ET0UR DU PRr«ÎCE d'oRANGE SUR LE CONTINENT 475
iiorritnément son propre fils, le Prince Héréditaire (1). J'ignore jusqu'à présent la raison qui l'a déterminé à quitter subitement l'Angleterre, où il a lai ssé Madame Son Epouse qui, dit-on, ne le rejoindra qu'au printemps prochain. On est ici d'opinion que l'Angleterre n'ayant rien stipulé dans son traité préliminaire de paix avec la France en faveur de la Maison d'Orange, le Prince a cru devoir se mettre plus à portée de correspondre avec la Cour d'ici, comme étant la seule qui s'occupe encore de son autorité. Sûr est-il que celte dernière se flatte toujours que son intercession en faveur de cette Maison sera assez puissante pour lui procurer un dédommagement proportionnel aux perles qu'elle a essuyées.
Je souhaite de tout mon cœur que ce calcul soit exact. Car si cette Maison devait se voir réduite à ses seules ressources en Allemagne, son sort serait véritablement à plaindre et chacun qui en dépend ne le serait pas moins.
Je sais, mon cher et digne Ami, tout ce que vous avez fait pour améliorer ma petite fortune et la mettre à couvert des événements. J'ai vu, non sans en être vivement touché, par la lettre que vous avez écrite en ma faveur, combien M. Thomas Grenville et M. Carysfort ont été empressés à seconder vos généreux efforts en ma faveur. Je vous prie de leur en témoigner ma sincère gratitude et être persuadé que, quand même vos intentions amicales à mon égard devraient rester sans efïet, ma reconnaissance envers vous et envers eux n'en durera pas moins autant que ma vie.
L^année 1802 fut pour Stamford, bien plus encore que celle qui l'avait précédée^ une année de recueillement, de silence, de tristesses, d'épreuves et de souffrances morales et physiques. Sa correspondance, ou du moins ce que nous en offrent les dossiers du Record Office^ se borne en effet pour toute l'année à la transmission d'un Mémoire sur l'Etat de la France et la nécessité de surveiller la marche de sa politique, et à une
(1) « Le prince d'Orange a quitté l'Angleterre, s'est relire sur le Gonli- « n«nt et compte, en se tenant désormais à l'écart des alTaires, s'établir au
« château d'Oranienslein » (Prusse, volume -^30 «"81" 220, Beurnonville
à Talleyrand, Berlin 30 janvier 1802). (Oranienstein, à 40 liilm. N. N. 0., de Wiesbaden). Beurnonville ajoutîtit: «Le Prince Héréditaire, se regardant « comme destiné à être le voisin de la France, désire aller présenter ses « hommnges au Premier Consul et va aller attendre la réponse à Ora- *( niensLein, »
assez longue letlre que, pour rafraîchir la mémoire de ses amis anglais il adresse de Brunswick à lord Carysf'ort, rentré depuis quelque temps en Angleterre. Dans cette lettre pleine de ses récriminations contre la ligne fatale que s'entête à suivre le Cabinet de Berlin, il laisse libre cours à la tristesse que lui causent, d'une part le soin avec lequel le duc de Bruns wick s'applique à l'éviter, de l'autre le coup, aussi dur qu'imprévu, que vient de lui porter le licenciement de son régiment à la solde de la Grande-Bretagne,
Extraits d'un Mémoire sur l'état actuel de la France et l'intérêt qu'ont les Puissances Etrangères, notamment l'Angleterre, à surveiller la marche de son Gouvernement.
1° « Le Gouvernement de la République Française esl-il devenu plus stable par la paix faite avec l'Angleterre?
2" Buonaparte a-t-il lestime et l'amour du peuple, comme semblent le croire certaines personnes ?
3" Existe t-il en France une ou plusieurs factions voulant le renversement de Buonaparte et capables de l'opérer?
4" Quelle sorte de Gouvernement la faction qui triomphera se propose-t-elle d'établir?
5" L'Angleterre a t elle le plus grand intérêt à surveiller la marche des Gouvernants et quels sont les moyens à employer pour y parvenir sans courir le danger de donner l'éveil ?
Telles sont les principales questions qu'on peut se poser dans les circonstances actuelles et auxquelles nous allons essayer de répondre le plus succinclement possible. »
En réponse à la première question, l'auteur du Mémoire émet l'avis qu'il est essentiel de se reporter à deux époques mémorables, le 18 Fructidor et le 18 Brumaire.
11 insiste sur la campagne qu'on fait contre Bonaparte, sur le besoin qu'il a de la paix. « Mais la paix, ajoute t-il, n'a pas donné de stabilité au Gouvernement actuel. Disons plus, elle accélérera sa chute. Le temps en convaincra les incrédules. i>
(1) R. 0. F. 0. 3.3. 8i'. Pièce postérieure ix '.&. signature de la paix (l'Amiens, le 27 mars 180^
MKMOIRE DE STAMFOHn SIH L'ÉTAT DE LA FRANCE 477
Répondant à la deuxième question, il déclare que « Buonaparte n'a ni l'estime, ni l'amour de son peuple. Il a dans ce peuple une multitude d'ennemis qui tous, pour des raisons diverses, veulent sa perte. »
Quelles sont les factions qui veulent renverser Buonaparte ?
Les hommes de Brumaire (Siéyès), les membres du Corps Législatif chassés au i8 Brumaire, tous les mécontents de cette journée, à leur tête, les ex-Directeurs Reubell, Treilhard, La Révellière- Lepeaux, etc, etc.. les Jacobins, dont le chef est Barras, les généraux qui détestent Buonaparte, ~ Moreau est leur chef soutenu par les Députés victimes du 18 Fructidor, — les sept-huitièmes de la France qui désirent le rétablissement de la Monarchie. Mais les Royalistes sont tombés dans l'apathie. Ils n'ont ni ensemble, ni activité.
Sur ce point on ne peut faire que de vagues conjectures.
« Tant que le règne de Buonaparte durera, sa pensée favorite sera d'exécuter ses plans contre l'Angleterre. Celle-ci a donc tout à craindre et intérêt à le surveiller. Les moyens pour cela sont faciles II s'agit de reprendre le travail qui a existé avant le 18 Fructidor et dont l'Angleterre a tiré un si grand avantage. Un ,des principaux fut d'avoir un rapport général sur la Marine, que M. Wickham (1) n'avait pu se procurer depuis deux ans malgré les énormes sacrifices qu'il avait faits, rapport enfin, dont M. Dutheil se fît honneur auprès du Gouvernement anglais. — Ce travail, qui se bornerait pour le moment à une simple surveillance, a pour base les hommes qui faisaient la Policé sous l'Ancien Régime et qui n'ont voulu rien être depuis la Révolution.
Un Mémoire pouvant se trouver égaré, la prudence exige qu'on passe sous silence comment et par qui ce travail fut commencé, pourquoi il fut cessé, pour quel motif on s'est refusé à le reprendre jusqu'ici. M .... expliquera tout cela verbalement.
Le but du travail est de connaître l'intérieur de Buonaparte, de le suivre pas à pas dans toutes ses démarches et actions, de pénétrer le plus avant possible dans les cabinets des Ministres, sur tout ceux de la Guerre, des Relations Extérieures, de la Marine et des Finances, de recueillir avec soin tout ce qui peut intéresser les Puissances Etrangères, et notamment l'Angleterre, saisir 1 esprit de3 différentes factions, découvrir leurs plans, leurs moyens d'exécution, leur projets définitifs, lâcher do s'emparer de tous ces fils et de les diriger autant que possible.
(1) Cf. Apprendice. Note et Notice biogrupliique.
L'arrière-pensée, en l'opérant, eut été de servir la cause du Roy en attachant à sa cause les personnages les plus importants, de profiter d'une circonstance heureuse pour parvenir enfin à rétablir la Monarchie. Mais jamais on ne mettra la cause du Roi en évidence, tant qu'il n'y aura pas d'événements majeurs qui promettent le succès le plus assuré. On peut à cet égard s'en rapporter à la prudence d'hommes habitués à traiter les affaires. Cette prudence doit être réciproque. Le Gjuvernement anglais sait par expérience qu'il place souvent mal sa confiance.
Nous ne voulons signaler personne. Notre propre sûreté et le succès du travail nous forcent seulement à demander qu'aucun Français n'en soit instruit. Nous avons la preuve que des lettres parties de Paris pour M. Dutheil ont été enlevées de ses bureaux et que dix jours après leur envoi, elles étaient dans les mains du Ministre de la Police Générale. Ce qui prouve avec quelle facilité les espions du Ministre avaient accès chez M. Dutheil. Aussi il ne nous a pas fallu grand génie pour prévoir, plus d'un an d'avance, la chute prochaine de M, de Coiguy. S'il eût fait plus d'attention aux conseils secrets que nous lui fîmes donner, il aurait évité sa catastrophe et des désagréments pour l'Angleterre et pour les Princes français.
Les rapports seraient donc remis par le Directeur Général du travail, soit à un agent particulier du Gouvernement Britannique, soit à ses Ambassadeurs Pour éviter les communications trop répétées, les rapports seraient faits trois fois par mois, à moins de découverte importanle ou de cas majeur qui méritât un rapport extraordinaire.
Le travail proposé, basé sur son ancienne existence, exige une dépense de 3000 louis par mois. Avec cette dépense, on atteindrait le véritable but pour le moment présent. »
LES ACTES DE NAISSANCE DU PRINCE ET DE LA PlilNCESSE o'ORANGE -479
Berlin^ 30 messidor an X [19 juillet 1802).
Demande des certificats de naissance du prince et de la princesse d'Orange.
BiGNON AU Général de Stamford, Ministre de S. A. S. Monseigneur le Prince d'Orange-Nassau, à celte Cour.
Monsieur,
Cliargépar le Gouvernement Français de me procurer des certificats d'existence de S. A. S Monseigneur le prince Guillaume d'Orange-Nassau Dietz né le 8 Mars 1748 et de S. A. R. Madame FrédériqueSophie-Wilhelmine, Princesse Royale de Prusse, épouse de S. A. S. née le 7 août 1751, je crois ne pouvoir mieux accomplir les intentions de mon Gouvernement qu'en vous priant d'avoir la bonté de me délivrer vous-même ces deux certificats.
Je me persuade que cet acte de complaisance, que je prends la liberté de réclamer de vous, ne vous paraîtra offrir aucun inconvénient et vous prie d'en recevoir d'avance mes remerciements avec l'assurance de ma considération la plus distinguée.
Le Chargé d'Affaires de la République Française en Prusse.
Ed. Bignon. (2)
(2) BioNON (Pierre-Edouard, bu'on) Secréaire en Suisse (21 novembre 1797), ù Milan (0 décembre 1798), Premier Secrétaire à Berlin (0 novembre 1799), Minisire Plénipotentiaire à Cassel (8 août 1803), à Bade (11 octobre 1808) Chargé d'affaires ei Ministre Plénipotentiaire près le Granid-Duc de Varsovie (25 décembre 1810). Sous-Secrétaire d'État aux A.ff=>-ir<^'s Étrangères du 24 mars au 22 juin 1815, Minisire des Affaires Étrangères du 23'juin au 7 juillet; 1815. Commissaire provisoire chargé du portefeuille des Affaires É rangôres, le 29 juillet 1830. Mort en 1811.