CIUTIQUE DE LA POLITIQUE DE LA COUR DE BERLIN
jamais, pour faire éternellement la loi à la Prusse, et même à l'Autriche, et pour s'aplanir les routes de Vienne et de Berlin.
Il semble qu'on ignore à ces deux Cours que tout grand Ela a une double limite, l'une géographique, l'autre d'influence, et que la France, ayant avancé la première jusqu'au Rhin, elle embrasse aujourd'hui avec l'autre l'Allemagne entière et toute la Prusse qui, loin d'être effrayée de cet état de choses, espère probablement en tirer avec le temps de nouveaux avantages.
En prenant congé de M. de Haugwifz, j'eus avec ce Ministre un long entretien sur les afïaires du temps, dans lequel, suivant ma coutume, je ne lui cachai pas mon opinion. Je lui dis à cette occasion que je me persuadais encore que si Sa Majesté Prussienne s'était déterminée à Se rejoindre à Ses anciens Alliés aux différentes époques où Elle en fut vivement sollicitée, Elle aurait tiré des circonstances d'alors pour ces Etats et pour le repos de l'Europe des avantages plus réels et plus solides (je n'osais ajouter, et plus honorables), que ceux qu'Elle pense recueillir des circonstances actuelles.
« Voilà une chose, me répondit-il, dont personne ne fera « revenir le Roi. Car ceux, qui sont journellement autour de sa « personne, l'entretiennent dans des idées tout à fait opposées à la « vôtre. Ils m'ont déjà dit plusieurs fois en sa présence avec « un air de triomphe : « Vous voyez maintenant, vous qui plus « d'une fois incliniez pour la guerre, que Sa Majesté avait raison « de vouloir conserver la paix qui agrandit aujourd'hui Ses Etals « au lieu que la guerre lui eût coûté peut-être quelques pro- « vinces. « 11 est vrai, ajouta t-il, que le Roi ne s'explique jamais « sur cette matière d'un ton aussi décidé que ces Messieurs. »
Quoique je n'aie pas une grande foi dans la véracité de M. de Haugwitz, je suis néanmoins tenté de croire qu'il y a du vrai dans cette anecdote et qu'elle n'est pas tout à fait de son invention.
Au moment où je. vous parle, Mylord, de ce Ministre, on m'apprend une bien triste nouvelle qui le concerne et qui l'aftlige mortellement. C'est celle de la mort tragique d'un tils qu'il avait ici et qui ce matin s'est tué d'un coup de pistolet après en avoir pris la résolution, il y a déjà quelque temps, comme on peut le remarquer après coup par plusieurs arrangements qu'il avait faits avant sa mort qu'il a su dérober à la vigilance de ses surveillants. Je n'ai pas connu ce jeune homme, mais tout le monde assure qu'il donnait les plus hautes espérances et que tout en lui semblait annoncer un caractère noble et distingué. Son père l'envoya ici, il y a à peu près trois ans pour lui faire achever ses humanités
SOUS la direction d'un nommé M. Desarts, Genevois, homme de mérite et de talent, qui est inconsolable de ce funeste événement. Son élève était généralement aimé, estimé et admiré dans cette ville, où il est en ce moment l'objet des regrets de tous ceux qui l'ont connu.
Il joignait à la plus aimable ûgure, à un caractère des plus prévenants, toutes les qualités du cœur et de l'esprit, qui rendent un jeune homme intéressant. Sa conduite, son application au travail et ses connaissances étaient étonuaates pour son âge, car il n'avait q,ue 17 ans. Malheureusement à une sensibilité extrême s'unissait en lui un fond de mélancolie qui perçait dans les moments mêmes où il semblait se livrer tout entier à la gaieté et qui se manifestait surtout quand on l'entretenait d''objet3 de politique. Je me rappelle à ce sujet une anecdote que je tiens de son gouverneur et qui mérite d'être rapportée, parce qu'elle donne une idée du caractère de ce jeune homme.
Quelqu'un, l'écoutant déclamer avec force contre la politique du Cabinet de Berlin, lui observa qu'en condamnant le Cabinet, i.j condamnait en même temps son père, le Premier Ministre. « Sachez « Monsieur, répondit-il, que j'aime, que je respecte M. de Haug- « witz, comme il convient à un fils bien né d'aimer et de respec- « ter son père, mais que je déteste ses principes politiques. 11 perte dra la Prusse I »
On ignorera probablement toujours le motif qui a poussé ce jeunehomme au suicide On a trouvé sur sa table cinq à six lettres, adressées à son maître et à quelques jeunes gens, ses amis, dans lesquelles il leur deman<ie pardon du chagrin qu'il leur donne et les prie de ne pas hasarder de conjectures sur les causes qui l'ont porté à trancher le fil d'une vie, qui lui était devenue insupportable pour des raisons, dont il emporte le secret avec lui dans la tombe.
Il avait,. la veille de sa mort, écrit par le courrier ordinaire à son père, à sa mère ainsi qn'à ses frères et sœurs, probablement po:ur les informer de sa résolution et leur demander pardon. Quel terrible coup pour cette famille ?
Il y a apparence, Mylord, que de longtemps je n'aBsrai rien d'intéressant à vous mander d'ici de ce qui a rapport à la politique.
Depuis mon retour en cette vidle je n'ai eu que deux fois l'honneur de parler au Duc» encore n'était-ce chaque fois qu'an moment. 11 semble m'éviter autant qu'il me faisait l'honneoir de me rechercher autrefois malgré la différence de mes opinions sur mille et mille choses. Je ne suis pas étonné du changement. Le
STAMFOUD KT LA BONNK GAUSK. LU:Ei\C1KM4:NT DE SON RÉGlMr:NT 483
temps a justifié la plupart de mes opinions et les Grands Seigneurs pardonnent rarement, quand on. a été d'un, avis opposé, au leur et que les événements vienneat prouver qu'on a eu raison. Il semble qiu 'ils se croyent humiliés par ceux qui ont mioux vu el! mieux jugé les choses qu'euûi.
Il ne m'arrive dbnc de:la pant du Duc comme de celle du roi de Prusse q,u.e ce à quoi je me suis toujours attendu,, c'est-à-dire, que l'un me tournerait Je dos dès qu'il s'apercevrait de l'erreur dans ses calculs et que l'autre en agirait de même si, en voulant lui être utile, je venais à être forcé de me refuser à 1 être de la manière que l'entendraient ceux qiuL ne faisaient que lui prêcher la paix.
C'est ainsi qu'apuès m'étre efTarcé de servir la bonne cause,, je suis. parvenu à lui faire changer de nom et à l'appeler mauvaise, quant à ce qui me regarde personnellement, Mais ceci n'est qu'unt badinage, Mylord. La bonne cause sera toujours pour moi ce qu'elle a toujours été et mon royalisme et mes principes resteront irrévocablement les mêmes en dépit de tous les philosophes et de tous les Rois de la terre.. La seule chose qui me fait véritablement: de la peine en ce moment,, e'est le licenciement du régiment que j'avais à la solde de l'Angleterre, non pas à cause de la perte des sommes qui y étaient attachées, mais parce que je me vois privé par là de l'honneur d'appartenir à. la Puissance, que préférablement à toutes j'ai toujours désiré et me suis fait gloire de servir. Vous verrez, Mylord, par la copie du certificat que je prends la liberté de joindre à cette lettre que le sort que je viens d'éprouver est une réplique de celui que j'éprouvai au même service après la guerre de Sept-Ans.
Si j'étais en Angleterre et que j'eusse le bonheur de Yoiu le Roi et de Lui parler, je Lui dirais: « Sire, daignez jeter un coup (( d'oeil sur ce papier. Votre Majesié verra, qu'après avoir eu: « L'honneur de servir l'Angleterre pendant les dernières cam- « pagnes de la guerre de Sept-Ans, je fus réformé à la Paix.. Ce. « nelait pas une disgrâce. G était un sort auquel je m'étais « attendu et dont je crois avoir d'autant moins de raisons de me « plaindre que je le partageais avec tous mes compagnons d'armes^ « qui avaient servi d'ans le même corps et que je n'avais rien fait « qui me donnât un titre à une récompense particulière.
« D'ailleurs j'étais jeune alors et je pouvais chercher à m'ouvrir « ume nouvelle carrière ; enquoî je ne tardai pas à réussir. Aujo*Hr- <f (fhui, Sire, que j ai eu le- bonheur de me voir une seconxle foia <» employé au service de Votre; Majestié et que je; Sttts trop flr.vaiîcé
« en âge pour m'attacher à un nouveau Maître, j'ose espérer que (( Votre Majesté ne voudra pas me faire éprouver le sort qui « m'éctiut en partage il y a quarante ans et que maintenant je ne « pourrais regarder que comme une véritable disgrâce. Que Votre « Majesté daigne me pardonner si j'ose lui adresser la prière de « m'accorder un simple brevet de Général effectif, sans appointe- « menls, afin que je ne sois pas confondu avec celte foule d'of- « ficiers devenus inutiles par la paix. Jai un titre sacré pour « demander celte grâce à Votre Majesté. Il consiste en ce qu'il ne « dépendait que de moi, il y a quatre ans, de passer avec mon (' grade, soit au service de l'Autriche, soit à celui de la Prusse et « que je refusai l'offre qui m'en fut faite afin d'éviter des entraves « qui m'eussent empêché d'être aussi utile à la bonne cause en « général et par conséquent à celle de l'Angleterre en particulier, « que j'espérais et que je souhaitais de le devenir. »
Pardonnez-moi Mylord, ma trop longue lettre et veuillez... etc..
Pendant les sept mois qui se sont écoulés depuis que Stamford a été chercher le repos et le rétablissement de sa santé à Brunswick, il a eu, dans la solitude et dans l'isolement dans lesquels on l'a laissé, le temps de se remettre un peu du coup que lui a porté la signature de la paix d'Amiens et la possibilité de consacrer à l'examen approfondi de la situation, à l'étude de ses diiîérentes phases, une attention sans cesse aiguisée et tenue en éveil par la haine qu^il a vouée à la République, par la douleur, par la rage que lui causent l'éclat, le prestige, la grandeur et la puissance de la France et de Bonaparte.
Un observateur aussi fm, aussi éprouvé, aussi vigilant que lui, ne pouvait manquer (sa correspondance nous le prouvera du reste) de tirer des événements qui se sont déroulés depuis le 27 mars pendant tout le reste de l'année 1802, pendant ces mois au cours desquels il s'est enfermé dans un silence presque absolu, des conclusions^ qu'il dût trouver bien consolantes, puisqu'elles ne pouvaient guère laisser de doutes dans son esprit sur la fragilité de cette paix que l'Europe entière avait appelée de tous ses vœux, de cette « paix odieuse », contre laquelle, presque dès le lendemain de sa signature tant de voix, et non des moins éloquentes et des moins écoutées s'étaient élevées au sein du Parlement (mai 1802).
LONDIIE^ ET PARIS AU LENDEMAIN DE LA PAIX d'aMIENS 485
Il avait assurément enregistré, avec une satisfaction bien naturelle de la part de cet ennemi juré de la Révolution, les premières escarmouches de l'été de 1802, les diatribes de y Ambigu, les encouragements, tout au moins tolérés et favorisés, si ce n'est même donnés par le Gouvernement anglais aux émigrés qui, de Jersey et de Guernesey, mettaient tout en œuvre pour rallumer la guerre civile en France, les articles violents et le ton agressif de la presse de Londres, le Times en tête, la polémique que le Premier Consul, exaspéré par ces procédés, se laissa aller à engager dans les colonnes du Moiiiteur (articles du 20 thermidor an X, 8 août 1802) Il avait dû saluer avec encore plus de joie les déclarations du Message du 23 décembre, par lequel, en réponse à la dépêche que le Premier Consul avait dictée à Talleyrand le 23 octobre, George 111 demandait au Parlement les crédits nécessaires pour porter le nombre des matelots de 30 àoO.OOOetles effectifs del'armée à 132.000 hommes.
La riposte, « dont l'effet sera tout différent de celui qu'en « attendait Bonaparte », (1) ne se fera guère attendre. Le 30 janvier, le Moniteur ^uhViQ le rapport de Sébastiani sur la mission qu'il vient de remplir en Orient et la veille, le Premier Consul a adressé aux délégués suisses une allocution qui, répandue partout, achève, en tendant encore davantage les rapports déjà si fragiles et si difficiles entre Londres et Paris, de rendre plus que problématique le maintien de la paix. Au point où en sont venues les choses, la tranquillité du monde dépend de la tournure, qui ne peut plus guère laisser de doutes que prendront les conversations relatives à l'exécution du paragraphe 4 de l'article 10 du traité d'Amiens, à l'évacuation de l'île de Malte, à sa rétrocession à l'Ordre de Saint- Jean de Jérusalem (2).
(1) SouKL L'Europe et la Révolution française, VI. '270.
(2) Rien qu'à titre de curiosité j'emprunte deux phrases assez étranges à deux dépêches de Beurnonville. Le 16 décembre 1802, il rend compte a Talleyrand d'un entrelien qu'il vient d'avoir avec Jackson et qui s'était terminé par ces mots du Ministre d'Angleterre relatifs aux débats du Parlement et au ton menaçant et provocateur de certains orateurs. « Voilà, lui avait dit Jackson, des gens qui veulent nous brouiller, mais ils n'y réussiront pas. »
Et Beurnonville ajoute ; « Nous entrâmes alors dans de beaux discours « sur les avantages de la paix, ce qui termina notre entrelien. »
^86 LÉ gkm':ral de sTAMi-onii
cxLviri
GÉxNÉRAL DE STAMFORD A JACKSON (1)
Brunswick, 1 4 février 1 803,
Son opiaion sur la paix. — A propos de l'indemnité pour la perte de la flotte batave. Il se propose d'aller à Berlin au printemps.
Je paye en ce moment, Monsieur, un horrible tribut à la goutte et aux rhumatismes et c'est ce qui m'a empêché de vous accuser réception de la lettre dont a^ous m'avez honoré.
Je sais très charmé de savoir que vous êtes plus content de votre nouveau séjour que vous ne l'aviez d'abord espéré. C'est déjà un point de gagné et je crois avoir quelques raisons de me flatter que ce contentement ira en augmentant.
Je pense comme vous au sujet de la paix. L'Europe, en général, en avait besoin pour(}u'elle pût rétléchir avec calme à sa situation et, en méditant sérieusement sur les causes de ses malheurs, .penser sérieusement aussi aux moyens d'en prévenir les suites.
Ce n'est pas au milieu du trouble, du désordre, des dévastations exercées par le débordement d'une rivière qu'on peut songer à lui opposer une digue. Il faut attendre qu'elle soit rentrée dans son lit pour aviser aux moyens d'empêcher de nouvelles inondations.
Quant auic bombes que le Moniteur lance .de temps en temps contre l'Angleterre, elles lui font plus de bien qu« de mal i^). ïlles crèvent en l'air et les éclats en retombent sur la tel e de celui qui dirigera machine. J'ignore si c'est une bombe ipartie de la même source que cet article malicieux répété par plusieurs €raizettes : Que Je Gouvernement Britannique se proposait de
Le 22 Décembre, il rapporie les dires d'Haugwi'z. « porsiuulr. écril-il « que la violence d-es ora.eurs anglais a pour cause la crainte de vuir le « Premier Consul réorganiser la Marine française. Jacobi lui a en elîet « signalé un propos de lord Grenville qui ne se irouve pas dans la Gazelle « at qui est relatif à la levée de matelols ordonnée par le GouA'-ernenient « îrançars : Si c'est [jour l;i paix que ces mesures sont ))rises, rV.s/ trop, M et c'est trop peu, si c'est pour la guerre. »
[Prusse, Volume 232, dépèches chilïrées 25 et 26, folios 11 i, 11. 'i et .12.0 Beurnonville à Talleyrancl. Berlin, 16 et 22 décembre 1802).
(1)Pl. O. F. 0. 353.80.
(2) L'arlicle du 30 janvier.
liEÏOlJli niOCllArN DE STAMFOHI) A UEliLIX 487
dédommager le Prince d'Orange de la perte de la flotte batave qui se rendit aux Anglais en 1799.
Ce que je sais, c'est que iM. de Haugwilz s'est informé cesjours passés auprès du Prince Héréditaire d'Orange de ce qui en était de cette nouvelle et que celui-ci a répondu qu'à l'époque oîi cette flotte passa en Angleterre, on avait tout lieu d'espérer que la Hollande retournerait à son ancienne forme de Gouvernement et qu'en conséquence son père avait dû songer à la conserver comme étant la propriété de la République et non la sienne ; mais qu'aujourd tiui où cet Etat avait pris uoe autre iforme, ni son père, ni lui n'avaient aucune réclamation ;à faire au sujet de vaisseaux qui ne leur avaient jamais appartenu (1 .
Je me suis informé de différents côtés au sujet de la brochure dont vous me parliez dans votre lettre, maison ignore, ou on lait semblant d'ignorer, l'existence d'un pareil pamphlet
J'attends avec impatience les beaux jours que nous apportera le mois de mars pour me rendre à Berlin. 11 me tarde d'y arriTeff, non parce que je crois que j'y serai bon à quelque chose par ma présence, mais parce que j'aurai la saLis,faclàon de vous y voir, de m'entretenir avec vous et de vous renouineler de vive voix les assurances... etc
(i) Il importe de faire freaiHPquer à ce propos qu'aux itermets de l'art, ô-du trailé d'Amiens le cap de Bonne Espérance devaii être remis aax Hollandais. La prise de possession avaii été fixée au l" janvier. La veille, une parlie des troupes anglaises s'était déjà embarquée et les commissaires liuUandais allaient faire relever le reste dans les forts,, lorsque la frégate angUiisc Imoyene apporta aux généraux anglais des instructions à la suiie desquelles l'embarquement fut suspendu ei on ramena à terre les troupes qui étaient déjà à bord. Il convient cependant d'ajouter (fue la remise tlu Cap fut effectuée un peu plus tard, le 21 .février 18ti3, après rècqpiion de nouveaux ordres. Enfin, .puisqu'il est question ici de la flotte batave, il est tout au mois curieux de relever que le 27 mars 1803, le marquis de Buckingham écrivait de Biith à lordGrenville : « D'après les lettres de mon correspondant du Cap. en date du 16 janvier, nos forces de terre s'élèvent à 1600 hommes et la flotte batave doit en partir sous pou de jours « pour Batavia,. «
(Droijmore Pa.ïxers, Vil. l-Vi).
Brunswick^ 5 mars 1803.
Envoi d'une brochure demandée par Jackson. — Observations sur certaines opinions de l'auteur.
Après bien des recherches je suis enfin parvenu à me procurer la brochure dont vous me parliez. Je m'empresse de vous envoyer le seul exemplaire que j'ai pu obtenir, regrettant beaucoup de ne pas me trouver à portée de vous le traduire, parce que je suppose
que vous ne lisez pas l'allemand Je ne saurais vous cacher
que je ne suis pas du sentiment de l'auteur sur deux points principaux. L'un, c'est qu'il croit que la Prusse a été trop largement indemnisée de ses pertes ; l'autre, c'est sa crainte qu'elle ne couve d'autres projets d'envahissement et n'attende une circonstance favorable pour les mettre à exécution.
Sur le premierpoint, jesuis d'avis que ni la Prusse, ni l'Autriche n'ont été suffisamment dédommagées, puisque les dédommagements ne les garantissent pas de la dure nécessité de recevoir la loi de la France, tant que celle-ci conserve sa puissance actuelle et que se rapprochent d'elle tous les autres princes de l'Empire Germanique.
Quant au deuxième point, comme la France n'a pas besoin aujourd'hui de la Prusse pour en imposer à l'Autriche, il est d'autant moins probable qu'elle souflrira que la Prusse s'agrandisse plus qu'elle ne l'a fait dans ces derniers temps et qu'elle ne regardera pas comme impossible un revirement de système politique en Europe qui jettera la Prusse du côté des ennemis de la France. Ce ne sont pas les projets d'agrandissement, que la Prusse nourrit peut-être en secret, que je crains, c'est l'ensemble de sa situation, tant intérieure qu'extérieure, que je redoute, parce que je m'intéresse à elle sous le double titre de franc Royaliste et de bon Prussien, quoiqu'on me refuse cette dernière qualité à Berlin, parce qu'on la crue jusqu'ici incompatible avec celle de bon Anglais Je suis, etc.. ..
(1) R. 0. F. O. 353.80. — Le Recès définiîif de la Députation de l'Empire avait é!é adopté le 25 février 1803 et soumis à l'approbation de l'Empereur e' de l'Empire. L'Empereur le ratifia le 27 avril après avis de la Diète qui fut dissoute par décret en date du 9 mai.