COPIE D'UNE LETTRE DE PARIS TRANSMISE PAR STAMFORD A JACKSON
Détails sur une des dernières audiences du Premier Consul. — Son entretien avec Markoff. — L'occupation du Hanovre pw les Français est décidée. — Les Français dans le royaume deNaples. — Cobenzl et le Premier Consul. — Régence de la reine d'Etrurie. — Le Premier Consul et le rappel de Cetto.
Dans la dernière audience, j'ai présenté de nouvelles lettres de créance au Premier Consul, comme Mini&tre près la République française et italienne. M. de Heitzenstein (2), Ministre de Bade a pris congé et son successeur, M. Dalberg (3), a été présenté. Le
des 9 septembre, 4 et 6 octobre et fut en conséïiuemce promu Lieutenant- Général le 13 novembre. Colonel du 3* régiment des Gardes à pied (31 lïiai 1806), Général le 25 mai 1808, il fut élevé à la digniié de feld-maréclial en mai 181(). (rouverneur de Portsmoutli en 18Î7, il fut nommé en 1833 Cro^p/i Trustée du Britieh Muséum. EVune intelligence moyenne, il était ea revanche extrêmement cliaritable. « Le prince de Gloucester, mandait Reinhard à Talleyrand, de Hambourg le 3 juin 1803, est revenu hier. On m'assure que le duc de Cambridge, celui qui devait se mettre à la tête de la levée en masse hanovrieiuie, est aussi arrivé et que les deux cousins lirenL mute ensemble pour Londres. » {Ilatiihourg. Volume 117 n» 61).
(1) R. O. F. O. 353.80. Jackson Papers.
{ï) Rkitzknstwis (Sigismond-Charles-Jean. baron de) (1766-1847), Secré taire du ministre Seckendorf ù Bayreuth (1784), passé en 1789 au sei-vice du margrave Charles-Frédéric de Bade, appela si bien l'attention sur lui qu'en 179'), il conclut à Paris un traité de paix entre la République et le Margrare et remplit, de 1797, à 180(), les fonetion-s de Ministre de Bade à Paris, fonctions que l'état assez précaire de sa saniô l'obligea alors à abandonner et qu'il reprit en 180ii, lorsqu'il s'agit du mariage de Stéphanie de Beauharnais avec le prince héréditaire Charles de Bade. Après un nouveau repos de deux ans, il put se rendre au désir de son souverain (jui le nomma, en octobre 1809, Ministre d'Etat et de Cabinet. Obligé de démissionner en décembre 1810, il reprit en 1813 ces fonctions qu'il con- .serva jusqu'en 1818 et qu'il reprit une seconde fois en 1832.
(3) Dalberg (Emerick-Joseph-Wolfgang-Béribert, baron, puis duc de) '1773-1833) neveu du Prince Primat, au service duquel il entra. Ministre de Bade à Paris en 1803 il s'y lia avec T<alleyrand. Ministre des Affaires Etrangères de Bade en 1809. il n'abandonna pas sa situation à Paris et se fil naturaliser Français la même année. Créé duc par Napoléon, Conseiller d'Etat avec une dotation de quatre millions, il devini en 1814 membre du Gouvernement provisoire, puis pair de France et ministre d'Etat en 1815. Il était parent du compte Stadion. « C'était un singulier personnage,
premier est nommé Ministre in Petto. Il reçoit, jusqu'à son entier rétablissement, 4200 florins et sa femme aura 500 florins après sa mort.
La dernière audience fut assez remarquable par plusieurs entretiens du Premier Consul.
Il en eut un avec le comte Markoff" et, quoiqu'on ne pût pas entendre toute la conversation, on en saisit assez pour voir que la Russie arme sans en avoir donné avis à la France.
L'entretien roula principalement sur la médiation de la Russie et des phrases, qu'on entendit assez bien, étaient qu'il commença l'entretien par la demande : Eh bien ! La Russie arme donc ! Le comte Markofl (1) fut embarrassé au commencement, mais avoua cependant le fait.
Bonaparte fut de mauvaise humeur et se plaignit amèrement du comte Woronzow à Londres et de sa manière de traiter la médiation. Il dit : « Je suis content de l'Empereur. Mais le comte Woron zow agit en ennemi de la France. »
On croit assez généralement ce que j'ai déjà eu l'honneur de marquer que la Russie s'entend avec l'Angleterre.
L'entrée des troupes françaises dans l'Electorat de Hanovre reste cependant décidée. La levée générale de ce pays a nécessité seulement quelques autres mesures. Le Premier Consul questionna M. de Lucchesini sur cette levée en masse. « Ce n'est rien, répondit- il. Le Hanovre n'a que 14.000 hommes de troupes réglées et toute l'affaire n'est que pour gagner du temps et faire un arran gement ». — L'Elbe et le Weser seront fermés si on n'abandonne pas ce projet de levée en masse, projet qui n'aboutit à rien.
On a renoncé à l'occupation des Villes hanséatiques. Bonaparte l'a fait déclarer officiellement aux Députés de ces Villes (2).
J'ai eu accidentellement le soir un entretien de deux heures avec le Premier Consul, MM, de Lucchesini et de Cetto. La conversation embrassa beaucoup d'objets. Bonaparte parla presque toujours seul et fort. Il traita principalement les objets suivants : Le souhait d'ouvrir des canaux en Allemagne pour faciliter le com-
moilié illuminé, moitié philosophe du XVIII« siècle, en relation avec les gens les plus éclairés et les plus compromis d'Europe, indépendant à l'excès, il disait tout ce qui lui passait parla tête, ne ménageant personne, pas même Napoléon qu'il traitait de tyran et d'usurpateur (en mai 1807^ à Varsovie. » (Comtesse Potogk.\. Mémoires l'i2-193).
(1) Gf, Appendice.
(2) Ordie du 2 juin 1803 au général Mortier de ne pas violer la neutralité des villes de Hiimbourg et de Brème [Archives de la Guerre, Armée de Hanovre. I^iegistre 1 f 28).