STAMFORD ET LE I)C<J DE «RUN-SWICK
Brunswick, 1^"^ juillet 1 805.
Etat de ses relatioiis avec le duc de BmusAArick. — Faux bruit relatif à des hostilités sur l'Elbe.
J'ai l'honneur de vous adresser ci-joint :
'S" 1. Uae lettre de mon Maître correspondant ;
N° 2. Une assAiraace, sur laquelle ou se plaît à compter beaucoup, mais dont je pense: BienfoLest qui s'y fiel (2)
N" 3. Un rapport du correspondant de Paris.
La lettre N" i vous prouvera que je ne gagne rien sur l'esprit de son auteur. J'en suis très fâché, mais nullement étonné. Il y a ici des politiques à gages, dont le métier est dètre de l'avis de celui qui les paye. Que peuvent contre de pareilles gens les meilleurs arguments du monde? Quelle pitoyable idée de vouloir appliquer à la guerre actuelle ce que l'Angleterre faisait pendant la guerre de Sept- Ans relativement à la liberté du commerce de la Hollande-
Je suis depuis huit jours dans une ignorance profonde de ce qui se passe chez nos voisins. Il courait hier un bruit que les Français avaient tenté de passer l'Elbe, mais que les Hanovriens les avaient repoussés. Il faut bien que ce bruit ait été sans fondement^ puisque le duc ne m'en fait rien savoir (3).
Si l'Empereur de Russie pouvait être décidé à prendre les troupes hanovriennes à sa solde, cela les tirerait tout à coup d'emharras. S'il ne se fait pas bientôt quelque chose en leur faveur, je ne vois guère comment elles pourront se tirer d'aftaires. Je suis, etc.. elc
(1) R. iX. P. O. 353.W.
(2) Cette assurance, toui comme le rapport du correspondant de i*ari8, ne figurent pas dans le dossier.
(3) Ce bruit était en elîet sans fondement. Depuis le 'iT, les tro.upes de Mortier étaient rendues sur les positions que le général leur avait assignées sur la rive gauche de l'Elbe. Les Hanovriens étaient, établis entre la Steckenilz et la Bille en arrière de Lauenburg. Les Français bordaient la rive g.iuciie m squ.nt les apprêts du -passage qoi devait s'exécwter dans la nuit du 4 au 5 juillet.
DUC DE BRUNSWICK AU GÉiNÉRAL DE STAMFORD (1)
Brunswick. 28 juin 1803.
Son ignorance delà situation — Les Français n'occuperont pas son duché. — Critique de la politique anglaise vis-à-vis de la Prusse.
Les nouvelles que vous m'avez fait parvenir m'ont été également mandées .... Quant au prince de Hohenlohe,(2) je doute que la grande politique de ce pays ait de l'influence sur ses démarches. Les militaires, dans ce service, ne sont, comme vous le savez, consultés sur rien. Ils ne sont que les exécuteurs des volontés du Monarque el ignorent même la situation des relations extérieures
Si je n'avais des correspondances particulières à Berlin et si les affaires de ce pays ne me mettaient pas à portée d'écrire quelquefois au Ministre, je ne saurais pas davantage que ce que les Gazettes de Berlin et de Hambourg annoncent.
Je joins ici une lettre de Talleyrand à Reinbard (3) que ce der-
(2) Hohknlouk-Ingelfingkn (Frédéric-Louis, prince de) (17'i6-1818j prit, malgré son bien jeune âge, part à la guerre de Sept Ans dans le contingent du Cercle de Franconie. Entré en 1768 dans l'armée prussienne, il fut. à cause du rang qu'il devait à sa naissance, placé par Frédéric II avec le grade de mnjor dans le régiment Tauenzien en garnison à Breslau. Lieutenani-Colonel en 1778. il se distingua pendant la guerre de la Succession de Bavière, qui lui valut en 1778 le grade de Colonel. Brigadier (1790). Gouverneur de Berlin (1791), cominandant d'une division en 179'?, il se fit remarquer à la tête d'un corps d'armée à Oppenheim, Pirmasens, Hornsbach et surtout à la prise des lignes de Wissembourg et enfin en 1794 à Kaiserslautern. Général d'infanterie en 1798. commandant en chef en Franconie (1805\ de l'aide droite de l'armée prussienne en 1806 avec Massenbach pour quartier-maiîre général et le prince Louis-Ferdinand (tué peu de jours après l'ouverture de la campagne à Saaifeld) comme commandant de son avant-gr.rde, il essaya après léna de rassembler à Magdebourg les débris de l'armée et d'atteindre l'Oder. Talonné et rejoint par Murât, il dut signer le 28 octobre la capitulation de Prenzlau, quitta le service à son retour de captivité et vécut dès lors dans la retraite sur une de ses terres de Silésie. « Le prince de Hohenlohe, dit de lui Lucchesini dans un Mémoire (qui a pour titre : Elai de la Monarchie et qu'il écrivit en 1806) veut exercer un tel despotisme dans les Conseils du Roi, lorsqu'on l'y appelle, que l'on craint avec lui de cesser d'ê:re le maître dans sa propre armée. «
(3) Talleyrand à Reinliard, Minis'.re plénipotentiaire à Hambourg, Paris, 26 prairial an XI (15 juin 1803).
« Citoyen, j'ai mis sous les yeux du Premier Consul la le:tre que vous a écrite M. le duc de Brunswick.
Le Premier Consul a parfai'ement approuvé l'usnge que vous avez fait
L''] DUC DE BRUNSWICK ET LA l'OLIÏIQUE DE l'aNGLETEIUîE 509
nier vient de m'envoyer officiellement et qui pour notre politique très rétrécie est fort intéressante. Vous pouvez la garder et en faire tel usage qu'il vous plaît Elle rassure également Hambourg et les pays adjacents.
Par quel malheureux enchaînement des choses faut-il que chaque Gazette annonce des prises de vaisseaux prussiens par les Anglais? Pourquoi l'Angleterre laissât elle le commerce libre à la Hollande pendant toute la guerre de Sept-Ans? Et pourquoi aujourd'hui piller sur mer une Nation que sur terre elle voudrait avoir dans ses intérêts ? Que peut-on répondre à ceux qui forment proprement le Cabinet du Roi, quand ils vous parlent des pirateries des Anglais et en même temps de leurs négociations à Saint-Pétersbourg pour fixer la Prusse à prendre part à leur cause ? N'estce pas jeter volontairement la Prusse entre les mains de la France, ou du moins justifier aux yeux de l'Europe la neutralité à laquelle elle se voue ? — L'Angleterre travaille elle même à se couper du continent et à remplir par là les projets du Premier Consul.
Si elle voulait, si elle pouvait entendre la voix des hommes qui regardent l'influence de l'Angleterre comme nécessaire au Continent, elle tâcherait de finir cette guerre, très légèrement com-
de cette lettre et la manière dont vous y avez provisoiremeni répondu. Vous pouvez aujourd'hui déclarer de la manière la plus positive que la marche des troupes françaises n'aynnt eu pour unique objet que d'occuper les possessions de S. M. Britannique en Allemagne, tout auU-e pays, quelque voisin qu'il pûL être de ceux du roi d'Angle'erre, quels que soient les liens politiques, commerciaux ou de famille qui s'y attachent, n'a pas dû craindre un moment que sa neutralité fût menacée et que M. le duc de Brunswick particulièrement peut et doit être pleinement rassuré à cet égard. Les rapports inîiraes que Son Alte.?se Sérénissime entreiient avec la Prusse et d'où dérive labienveillancede SaMajesié l^russienne seraient eux-mêmes une raison suffisante pour que le pays de Brunswick fût traité avec tous les ménagements et les égards qu'il peut avoir à désirer et vous ne devez laisser à Son Altesse Sérénissime aucune inquiétude, aucun doute sur ce qui concerne sa neutralité. J'ai l'honneur, etc.
[Hambourg, volume 116 î" 125).
« Avant-hier au soir (,1e i juin), ainsi s'était exprimé Reinhard dans
« sa dépêche à Talleyrand n" 62, de Hambourg le 17 I^rairial an XI « (6 juin 1805), j'ai reçu par estafette la lettre d^^ M. le duc de Brunswick, « dont j'ai l'h )nneur de vous transmettre la copie. Je me suis empressé « de faire part au général commandant l'armée de Hanovre de la demande M de ce prince, auquel j'ai répondu que je ne doutais pas un instant que « mon Gouvernement n'eût donné à ses généraux les instructions les plus « conformes à la demande exprimée par Son Altesse ; que de mon côté « j'avais prié le général Mortier de l'informer directement ou par mon « canal des ordres qu'il ne manquerait pas de donner en considération du « vœu de Son Altesse, à moins qu'il n'eût déjà accompli ce devoir en con- « séquence de ses instructions .... » {Ibidem f° 110).
Cf. Appendice. Lettre du duc de Brunswick à Reinhard.
510 LE GÉNÉHAL DE STAMFOIU»
mencée, le plus tôt possible par la médiatioir de la Russie et de la Prusse. Elle s'attacherait ces deux Puissances par des procédés justes et équitables sur mer et elle tâcherait de conserver TElectorat de Hanovre pour les intérêts de l'Angleterre même, à mO'ins que la Hollande ne lui soit devenue indifféren'te.
Je sais que tout ceci sont des paroles très inutiles, mais j'aime au moins à avoir en vous un témoin de mes pensées.
Brunswicli^. 4 juillet i SI 5.
Positions des Hanovriens sur l'Elbe. Pourparlers avec Mortier.
Voici les nouvelles les plus récentes que le Du« a reçues du pays de Hanovre. Les troupes hanovriennes se sont rassemblées dans une position près d'Escheburg (2) Elles ont l'ammunition [sic) nécessaire et composent un corps de près de H.OOO hommes. Outre les caisses des régiments, elles ont sauvé deux batteries d'artillerie volante et un même nombre de batteries de position- M M. de- Lentke et de Wangenheim (3) ont été envoyés de la part de la Régence actuelle à Lauenburg pour enjoindre aux troupes de mettre bas les armes. Ils y sont arrivés le 28 et on sait que les troupes se sont refusées à leur demande. En revanche, elles ont envoyé le lieutenant-colonel de Bock (4) au général Mortier avec des propositions, dont on ignore le contenu.
On assure que les troupes sont tellement décidées à ne pas se rendre qu'elles ont fait le serment de mourir plutôt que de mettre bas les armes. Tout ce que les Français peuvent en ce moment rassembler sur TElbe ne passe pas 25.000 hommes. Dessolle en aura successivement 15. 000 à Osnabruck.
(2) A environ 10 kilomètres Est de Bergedorf.
(3) Wanqeniieim (comte de) Grand maréclial de la Cour de Hanovre.
(4) Lieutenant-Colonel, commandant le régiment des Gardes du Corps, DE Bock avait, conjointement avec le juge de la Cour Electorale et Conseiller I^rovincial dk Brkmer, conclu et signé le 3 juin avec Mortier la convention de Sûhlingen. 11 fut envoyé de nouveau auprès de Mortier pour lui faire de nouvelles propositions qui aboutirent à la capitulation que Wallmoden signa le 5 juillet sur l'Elbe, près d'Artlenburg. avec Mortier.