MALADRESSES DES CABINETS DE BERLIN ET DE SAINT-JAMES
Toutes ces nouTelles sont parvenues au Duc, de Hambourg, Hanovre et Celle et ont été écrites le 30 juin et le i^' juillet.
P. S. Au moment ott j'allais plier cette lettre, je reçois une lettre de M. le Duc, dont je joins ici la copie. Vous voyez par là combien ma correspondance avec le Prince est animée. C'est une véritable guerre de plume que j'entretiens en ce moment, réservant ma grosse artillerie pour la fin, quand je croirai convenable de me débarrasser de cette guerre.
BriLvsioick, 4 juillet 1803.
Maladresses du Cabinet de Berlin. — On y ignore ce qui se passe en Hanovre.
J'admets avec M. Jackson que le Cabinet de Berlin a agi maladroitement et que peut-être il a mis de la mauvaise foi dans la proposition de renouveler les proposi^ons de neutralité armée. Mais fallait-il rompre à Londres toute négociation pour cet effet et commencer des hostilités sur mer contre I3 commerce prussien? N'y avait-il aucune autre proposition à faire et la ruine des commerçants prussiens devait-elle être immédiatement )a suite d'une proposition maladroite ou insidieuse? Etait-il sage en bonne politique d'y répondre ainsi? — Bonaparte cajole la Prusse pour la faire rester neutre ; Mylord Havvkesbury, qui voudrait la voir faire la guerre pour les intérêts de l'Angleterre lui fait la guerre snr mer. Qui des deux agit conséquemment à ses propres intérêts ?
Le Ministère Britannique joue parfaitement le jeu de Bonaparte sur le Continent (que l'Angleterre voudrait avoir dans ses intérêts, et se verra coupée de tout ce Continent... partie de la copie illisible et déchirée). Tout cela est très affligeant.
Je sais qu'on parle à des sourds. Mais c'est précisément ce <^i augmente un mal dont je crois les conséquences incalculables.
Je ne sais rien des Hanovriens. . Ces malheureuses victimes d'une manœuvre politique me font une peine extrême. On dit que le roi d Angleterre, en revoyant le duc de Cambridge, lui a dit : « Je
VOUS croyais à la têle de mes troupes en Allemagne et ne comptais pas vous voir ici, »
Ce Prince est plus à plaindre qu'à blâmer.
Brunsivick^ 8 juillet 1803,
La capitulation de l'armée haDOvrienne. — Passage de six courriers français en trois jours.
Les nouvelles de Hanovre depuis le 4 ne font que se contredire. Celles du 3 annonçaient positivement que l'armée hanovrienne, en vertu d'une convention conclue avec le général Mortier, avait mis bas les armes et s'était dispersée. Les nouvelles ultérieures con firment au contraire sa résolution de se défendre jusqu'à la dernière extrémité malgré les désertions qui l'affaiblissent.
Une lettre du Conseiller d'appellation M. d Ende, de Celle, en date du 3, porte que, le i*^"^, il a passé par celte ville trois courriers venant de Paris et se rendant en hâte au Quartier Général français; que, le 2, il en a passé deux autres, et encore un le 3 ; que les trois premiers ont positivement assuré que la paix entre la France et l'Angleterre était, sinon déjà conclue, du moins prête à l'être et qu'ils portaient des ordres à cet effet au Quartier Général français.
Quoiqu'il en soit, l'envoi de six courriers en trois jours à la même armée est chose bien extraordinaire.
Plaignez-moi, Monsieur, de ce que je suis obligé de répondre à tout moment à des raisonnements pareils à ceux qui vous ont choqué dans la lettre que je vous ai envoyée par le courrier précédent et jugez par le fragment d'une de mes réponses à quel point j'en suis choqué moi-même. Permettez, Monsieur, qu'à ces vérités j'en ajoute encore d'autres qui me font craindre que les maux, dont nous nous plaignons, soient désormais sans remède
Que des Etats dans le sein desquels toute idée de religion est éteinte ou prête à s'éteindre, s'imaginent qu'une révolution ne saurait les atteindre, c'est là une erreur que je ne partage point.
CONFIDENCES d'UN OFFICIER FRANÇAIS 513
5 juillet 1802.
Analyse d'un rapport allemand sur les conûdences faites à Hanovre par un officier français blessé.
Confidences faites, à Hanovre, à un négociant de Brunswick par un officier français blessé, nommé Brune, appartenant aux bureaux du Premier Consul, sur les projets de Bonaparte.
11 veut agrandir les territoires de Brème et de Hambourg, en faire deux Républiques soumises à l'influence de la France, ce qui lui permettra d'avoir ainsi la haute main sur le trafic commercial de l'Elbe et du Weser. Bonaparte y est décidé. Il croit savoir que la Russie s'intéresse peu à ce qui se ferait actuellement avec le Nord de l'Allemagne et espère gagner la Prusse en lui donnant les Principautés de Calenberg (2) et de Grubenhagen (3). On va faire vendre pour le compte de la France partie des domaines hanovriens du roi d'Angleterre et on se servira du bois pour construire des navires à Vegesack. Mortier aurait ordre de ménager les Hanovriens pour les gagner aux idées de Bonaparte.
(1) R. 0. F. O. 353.80. Jackson Papers.
(2) CALENDi:RG. — L'hîstoire du Hanovre se confond avec celle du Brunswick jusqu'en 15!J9. A ce moment, les fils du duc Ernest de Brunswick-Lûneburg se partagèrent leurs possessions. Guillaume eut tout le territoire de Lûneburg — Celle, auquel on donna plus tard le nom de Hanovre. Ses descendants se divisèrent dans les deux branches de Celle et de Calenberg qui, en 1705, se réunirent de nouveau dans la personne de l'Electeur George h' qui devint roi d'Angleterre en 171i. Le père de George, le duc Ii^rnest-Auguste avait été élevé à la dignité de prince Electeur en 1692 (Cf. Stqkvis. III, 12(i-127).
(2) Grubenh.\gi':n. — En 1269, les fils d'Otto divisèrent le duché de Brunswick en deux Duchés : Vieux Liineburg et Vieux Brunswick. La branche, qui régnait dan > le premier de ces Duciiés, s'éteignit en 13*19 et le pays, après avoir été placé sous un Gouvernement saxon de 1369 à l.']83, fut conquis par la branche de Brunswick- Wolfenbtittel, l'une des trois branches de la maison ducale de Brunswick. Les deux autres étaient celles de Goeltingue et de Grubenhagen qui s'éteignirent, la première en 1463, la seconde, en I59i).
Cf. Stokvis. Manuel d'histoire, de généalogie et de chronologie de tous lea Etatii du glolje depuis-les fe/nps les plus reculés jusqu'à nos jours. III. 23.], VIII. 127.
Cï.XV GÉNÉRAL DE STAMFORD A JACKSON
Brunswick, i 8 juillet l 803.
Eavoi d'tme lettre «kl dtfc 'de Bruos^wiiîk. —des plans du Premier Consul sur la Saxe et le Danemark,
lie profite du départ de M. de Sartoris ipoiir Berlin pour vous transmettre la lettre que j'ai reçue hier de mon illustre correspondant.
Lé projet de Bonaparte, dont il est parlé dans le rapport allemand ci-joint, me paraît mériter beaucoup ^'attention. Car, s'il est vrai qu'il a été conçu avec le dessein deTexécuter, il peut fournit la clef de ce qui se traite peut-être déjà entre lui et la Cour de Berlin et des mesures qu'on lui verra prendre et qu'il a déjà prises dans le pays de Hanovre.
On me mande de Dresde que cette Cour a reçu avis d'un autre plan du Premier Consul, d'après lequel il destinerait une partie de l'Electorat de Hanovre, avec le 4itre d'Electeur, au duc de Èrunswick, et l'autre partie au roi de Danemark afin de l'engager à fermer le Sund aux Anglais.
J'ai informé le Duc de ce plan et^c'6»t<à cela que se rapporte la lettre dont je joins ici une copie.
'Comme j'igribrfe Ife degré dé corifîàncfe que le Duc accdrde & ^. Sartoris, veuillez ne lui rien dire de tout ceci. ïoiit à vous.
P. "S. — La bonne nOlivéllé, que'îîi'a apportée votre lettre du 16 et que j'ai reçue après avoir remis 1& mienne à M. Sartoris, m'engage à en faire part au Diic avec les retranbhemenls-que je jugerais nécessaires. 'Ci-joint sa réponse àcettë communication. Tous verrez que le ton de M. de Haugwitz devient effectivement, plus ferme. Vous'trouverez en'même tetiips que Ife DUc fet^rftisdh quant à ce qu'il dit des m'e'surés défensives. 'Vôlispénséz'bien que je n'ai pas manqué de lui répondre sur le champ « qu'il appartient « 'principaleraérit à lui de faire 'seritir h 'Berlin la nécessité de « "Ces mesurés » Le féra-t-il ? Je h'en sais rien. Car il neme le dira pas. Sûr est-il qu'il a peur pour sa peau et que cette peur peut le porter à faire un extraordinaire.
Le 1 8, à 8 heures %u soir.