‹ Un agent inconnu de la coalition: le Général de Stamford; d'après sa correspondance inéditeChapitre 121 sur 171 · LES CHANCES DE SUCCÈS DE LA DESCENTE EN ANGLETERRE · texte numérisé non relu

LES CHANCES DE SUCCÈS DE LA DESCENTE EN ANGLETERRE

GLXXX

Brunswick, iO octobre i 803.

Propos relatifs à la descente en Angleterre tenus à Brunsw^ick par un Ofûcier de la marine française.

Je fais des vœux bien ardents, Madame, pour que vous puissiez me donner des nouvelles coosoianles de l'état de Monsieur le Général et, je l'espère, après celles qui me sont parvenues hier.

Il y avait ici samedi deux Officiers français, avec lesquels un de mes amis a eu occasion de s'entretenir assez longuement. L'un est aide de camp de je ne sais quel général, l'autre, officier de marine ayantservi sous M de Suflfren. 11 fut grandement question de la descente et on discuta ses diverses chances possibles. L'officier de marine offrit de parier 500 louis pour le succès et de les déposer entre les mains de Monseigneur le Duc. Il entra ensuite dans quelques détails sur la masse imposante des moyens, sur l'esprit de vengeance qui animait toute la Nation et enfin fixa au mois de décembre, vers Noël, l'époque de cette descente, temps auquel il prétend qu'il sera impossible aux Anglais de tenir la Manche. Et il a ajouté que les mesures étaient si bien prises pour l'exactitude et la marche des télégraphes que l'on pourra partir en même temps de tous les différents points et accabler l'Angleterre de tous les côtés.

Comme rien n'est indifTérent sur cette matière, vous jugerez peut-être, Madame, pouvoir faire passer ce peu d'avis à votre correspondant par la poste d'aujourd'hui.

Daignez agréer, ainsi que le cher et respectable malade, mes plus humbles hommages.

G. Duc DE Br.

Sur l'adresse on lit.

« Madame de Stamford, Grande Maîtresse de S. A. S. Madame u la Princesse Héréditaire de Brunsivick

à Brunswick

(0 R. 0. F. O. 3:8.80 Jackson Papers.

Brunswick, iô octobre 1805.

Envoi d'une brochure. — Stamford malade ne peut écrire.

Monsieur, Mon mari me charge de vous envoyer la petite brochure ci-jointe, qui lui a paru mériter votre attention.

Nous formons tous deux des vœux pour que le succès, qu'elle promet aux ennemis, n'ait pas lieu et nous espérons que Dieu sera pour nous. Cela vaut mieux que les fanfaronnades et la trop grande confiance dans sa supériorité.

Mon mari est toujours fort souffrant et hors d'état d'écrire.

Agréez, Monsieur, avec indulgence le griffonnage de son secrétaire et veuillez me croire.

Votre très humble et très obéissante Servante, DE Stamford, née de Heiden.

Brunswick, 24 octobre i 803.

Stamford malade ne peut reprendre la correspondance. — Les Français décidés à s'emparer des duchés de Mecklembourg si l'Empereur de Russie prend une attitude hostile (Nouvelle donnée à Stamford par le duo de Brunswick).

Monsieur, Je suis bien fâchée à tous égards d être obligée de servir encore de secrétaire à mon mari, qui est toujours dans un état de santé inquiétant, qui l'empêche de «s'occuper et surtout d'écrire. Vous avez bien raison, Monsieur, de dire que vous sauriez un remède à ses maux et je suis seulement fâchée que vous ne soyez pas assez puissant pour le lui administrer. Il faut espérer du moins que la crise, oii nous sommes, tournera à bien et ce sera déjà quelque chose.

(1) R. O. F. O. 353.80. Jackson Papers.

(2) R. 0. F. 0. 353,80, Jackson Papers.

ENVOI d'un billet DU DUC DE BRUNSWICK 535

Je vous ai déjà fait dire, Monsieur, que j'attendais vos étrennes avec impatience, et mon mari aussi s'en réjouit fort. En attendant il me charge de vous dire que son Correspondant lui a fait savoir que les Français déclaraient publiquement à Hanovre que, si l'Empereur de Russie faisait mine de bouger, ils s'empareraient sans coup férir des duchés de Mecklembourg. Le Correspondant en a d'abord donné avis là où vous êtes. Peut-être pourrez-vous nous apprendre Tefiet que cette manœuvre a produit.

Je vous prie d'agréer mes remerciments pour votre aimable lettre et de me croire.

Votre très humble et très obéissante Servante, DE Stamford, née de Heiden.

Brunswick, 26 octobre 1 803.

Envoi d'un billet du duc de Brunswick. — Le roi d'Angleterre ne devrait pas fournir de 1 argent aux Etats de Hanovre.

Je m'empresse devons faire parvenir ce que mon Correspondant m'a envoyé hier soir. Je n'ai pis gardé de copie de l'original que je voue envoie, aussi je vous prie de le conserver pour être mis ad acta. Je ne vois pas ce que le roi d'Angleterre gagnerait en fournissant de l'argent aux Etats de Hanovre pour qu'il passât aux mains des Français. Il me semble qu'un pareil expédient ne pourrait être qu'entièrement agréable à ces derniers, puisque restant les maîtres du pays, ils pourraient revenir à la charge aussi souvent que bon leur semblerait et après avoir obligé le Roi de racheter successivement tout son Electorat, finir par le vendre de nouveau au plus offrant.

Ma santé est en très mauvais état et ce sera un miracle si je ne reçois pas cet hiver la visite de celle qui œquo pede puisât pauperum tabernas regumque turres. Tout à vous.

(1) H. O. F. O. :i">:].HO. Jackson Papers,

Brunswick, 25 octobre 1 803.

Prêt sur hypothèques de l'Electeur de Hesse au Hanovre. — Emprunt de 4 millions. — Le roi d'Angleterre ne pourrait-il venir en aide au Hanovre ?

Je viens d'être informé de Hanovre que l'Electeur de Hesse prête aux Etats sur l'hypothèque de quelques domaines du roi d'Angleterre e-t notamment du bailliage de Minden, la somme de quatre millions (2) :

Cet emprunt, proposé parles Français, n'était pas encore conclu au départ de la poste. J'en aurai demain les détails. Les conditions en sont très onéreuses et les infortunés Hanovriens ne

(1) R. 0. F. O. 353 80. Jackson Papers.

{i) Cf. Affaires étrangères, Hambourg, V^olume 59 fo 191. — Une note de Léopold Berthi'rr. de Hanovre le 23 septembre, demandant par ordre de Mortier l'autorisation de contracter des emprunts gagés sur les biens ou couvents par la vente des biens du roi d'Angleterre évalués à plus de 200 millions.

Talleyrand fait connaître le 7 octobre les conditions qu'il met à donner sa garantie pour les préis que ferait sur ces biens l'Electeur de Hesse- C&ssel {Ibidem f 197).

Le 12 novembre. Berthier, dans le rapport qu'il adressait au I^remier Consul lui faisait savoir que: « Berthier avait commencé à traiter avec « l'Électeur de Hesse-Cassel, mais qu'en raison de l'influence du parti

« anglais, Hambourg paraissait peu disposé à des avances » {Idem in

Ibidem f° 79).

Cf. Archives de la Guerre. Armée de Hanovre. Registre I f" IG. Berthier à Talleyrand, Paris 7 octobre.

Cf. Correspondance IX.7'28:2, à Berthier. 16 novembre : « Ordre de faire « hypothéquer sur les biens du roi d'Angleterre un emprunt fait en Hanovre. » 7334, à Talleyrand, 19 novembre : « Faire connaître à nos différents ministres en Allemagne... qu'il n'a jamais été entendu que cel emprunt fût hypothéqué sur autre ciiose que sur les biens patrimoniaux du roi

d'Angleterre » — 7330 au général Berthier, Ministre de la guerre,

« 29 novembre. Il lui exprime son mécontentement du procédé suivi pour

« l'emprunt en Hunovie. « On a eu bien plus grand tort encore de

« faire un emprunt auprès de l'Élecieur et de proposer des bailliages en « garantie. On n'ajainais pu être autorisé à faire une pareille démarche « qui a alarmé toute l'Europe et c/ue le Gouvernement a été obligé de « d-ésavouer. » — 73i0 à Talleyrand 30 novembre. Instructions à donner à Reinhard au sujet de l'emprunt de Hanovre que le l^remier Consul refuse de ratifier. — 7341 à Berthier 30 novembre. Ordre à donner pour que l'emprunt de Hanovre soit garanti, mais non contracté par ta France.

BONAl'AKÏK SK PUKI'AUE A LA GUEHIIE SUR LE CONTINENT 531

savent de quel côté se tourner pour se tirer des griffes de la Hesse. Si, en secret et d'une manière détournée, le Roi et la fîimille royale d'Angleterre pouvaient, avec 300 mille livres sterling, sauver ce malheureux pays du déchirement qui le menace, ils feraient du bien à des sujets fidèles et du bien à eux-mêmes. Mais je prévois qu'il n'en sera rien et que l'on servira encore les vues du Gouvernement français.

Brunswick, 12 décembre 1 805.

A propos du mariage de Jackson et de sa maladie. — Nouvelles qu'il vient de recevoir de Paris. — Dangers de la situation du Premier Consul et du roi de Prusse. — Mouvements de troupes françaises sur la Hollande.

Monsieur, J'avais appris votre mariage (2) par la voix publique et Je n'aurais certes pas attendu de vous en faire mes très sincères félicitations que vous m'en eussiez donné vous même la nouvelle, si je n'avais été pendant plus de six semaines sur le point d'éprouver un changement d état bien difïérent du vôtre, je veux dire : un. changement, après lequel il n'y a plus rien à craindre, ni à espérer. Même à l'heure qu'il est, je ne suis pas encore tout à fait hors d'affaire.

J'espérais de jour en jour que d'un côté ou d'un autre il me parviendrait quelque lettre qui me remettrait au courant de ce qui se passe, si tant il est qu'il se passe autre chose en Europe que ce qui est relatif à la descente et, dans ce cas, je me serais empressé de renouer ainsi notre correspondance engourdie ; mais je n'ai rien reçu qui fût digne d'être mis sous vos yeux.

Hier, on me fit part d'une anecdote qu'on m'a donnée pour sûre et dont je vous instruis à tout hasard. Voici les faits :

Il y avait ici, il y a quelques jours, un homme voué à la bonne cause et arrivant de France. Il a passé ici vingt-quatre heures avant d'aller s'embarquer pour l'Angleterre. Suivant lui, Bona-

(l) R. O. F. 0. 353.80. Jackson Papers.

i;}] Jackson venait d'épouser M"* de Dorville, fille de Louis de Dorville, mort en 1801, de son vivant Grand Maître de la Cour de la Reine douairière Elisabeth-ChrisUne-Ulrlque de Brunswick, la première femme de Fré- (léric-fiuiilaume II. qui dut la répudier en 17G9 par ordre de Frédéric II.

parte aura bien de la peine à se soutenir longtemps et il existe contre lui un parti dangereux. Mais il n'en est pas moins occupé d'assurer la guerre continentale à défaut de celle qu'il craint de ne pouvoir faire avec assez de succès contre l'Angleterre.

Suivant cet homme, le roi de Prusse est complètement joué par le Gouvernement français et court les plus grands risques, s'il ne se hâte pas de prendre d'énergiques mesures de défense. C'est un pays que l'on a l'intention de révolutionner. Tout est préparé à cet effet. Kosciuzsko est chargé de la partie polonaise. Il travaille avec Bonaparte et les choses sont si avancées qu'on sait les noms des individus qui occuperont les premières charges dans le Gouvernement révolutionnaire.

On m'a dit de plus que cet homme avait parlé à mon correspondant, qui l'avait bien reçu, auquel il a fait les mêmes rapports et qui lui aurait répondu quant à la Prusse, que les avis particuliers qu'il en avait confirmaient entièrement ces tristes présages.

Je conçois parfaitement pourquoi mon Correspondant m'a fait un mystère de cet entretien.

Le comte de Wallmoden, qui vient de me faire visite, m'a assuré que sept régiments français ont reçu Tordre de quitter immédiatement le Hanovre et de se rendre en Hollande (t). On croit que plusieurs régiments de la ci-devant armée d'Angleterre ont refusé de marcher et que c'est pour cette raison qu'on a appelé ceux de l'armée de Hanovre. H règne, paraît-il, beaucoup de consternation parmi les officiers français de l'Electorat.

Tous à vous, Stamford.

P. S. J'ai eu l'honneur de remettre à Madame la Princesse d'Orange la lettre que vous m'avez envoyé pour Elle.

La correspondance de Stamford prend, à proprement parler, fin avec l'année 1803. Si, en effet, on se bornait à se constater qu^aucun des dossiers du Record Office ne contient la

(1) Trois régiments de cavalerie, les !!•, 13" et 19« Dragons venant, le premier, de Neustadt, le second, de Hoya, le troisième de Siililingea avaient entre le 5 et le 17 Vendémiaire au XII (28 septembre — 10 octobre 1803) été dirigés sur Maëstricht. Au moment où Wallmoden faisait cette communication à Stamford, trois régiments d'infanterie, les 48" 50* et 84" avaient en effet entre le 1" et le 17 frimaire (23 novembre — 3 décembre) reçu l'ordre de se diriger sur la Hollande. — (A7xhiues de Za guerre. Armée de Hanovre. Etals de Situation et Berthier au Pre' unier Consul. Paris, 19 décembre 1803). Il lui rend compte qu'en exécution de ses ordres les 48* les 50* et 84" se dirigent sur Utrecht [Armée de Hanovre. Registre de Correspondance N* 1, f* 83).

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