UNE DÉPÊCHE DE JACKSON A LORD IIARROWBT
moindre dépêche^ pas même le moindre billet du général pendant tout le cours de l'année 1804, on serait tenté d'en conclure, surtout en songeant à Tétat réellement précaire de sa santé, que découragé et déçu dans ses espérances, il avait pris le parti de se tenir à l'écart de tout, de se retirer sons sa tente, de chercher à se faire oublier à Brunswick, loin de l'agitation et des intrigues de la Cour de Berlin. 11 n'en est rien cependant et rien ne le prouve mieux que la dépêche secrète et confidentielle que Jackson adressait de Berlin le 17 novembre 1804 à lord Harrowby, à ce moment Ministre des Affaires Etrangères (1). Après avoir résumé dans cette espèce de Mémoire (2) l'historique des relations entre Berlin et Londres, insisté surtout sur l'échec 6nal des négociations entreprises par le comte Panin, le prince Repnin, Thomas Grenville et le général Stamford, échec qu'il attribue aux menées de la France, à la terreur qu'elle a su inspirer au Cabinet de Berlin, il rendait en terminant pleinement et
(1) « J'ai fait la connaissance de mylord Harrowby qui m'a beaucoup plu lit-on dans la lettre particulière que le comte Paul Stroganow adresse de Berlin le 10/22 décembre au prince Adam Czartoryski. 11 n'a pas eu le même bonheur auprès de mon confrère Dolgorouki (Il s'agit là du prince Pierre qui tomba en disgrâce et mourut l'année suivante). On le trouve pointilleux, mais cela se conçoit. Quand on est au milieu d'un bois, on tient ses pistolets en an et. >> (Grand-duc Nicolas Mikhaïlovitch. Le comte Paul Stroganow II, 21'i).
Rydku Dudlky (1762-1847), premier comte Harrowby et vicomte Sandon, Membre du Parlement en 1784, Sous-Secrétaire d'Etat aux Alîaires étrangères, Membre du Conseil Privé (1790), Vice-Président du Board of Trade en 1791,11 conserva ce poste jusqu'en novembre 1801. Ami intime de Pitt, il lui servit de témoin dans sun duel contre Tiernay en 1798. Devenu Lord Harrowby â la mort de son père en 1803, il fut chargé par Pitt, en 18i)i, du Secrétariat des Affaires Etrangères, fonctions qu'un grave accident l'obligea à résigner au bout de quelques mois. Chancelier du duché de Lancaster en 1805, il fut, dès qu'il fut rétabli en octobre 1805. chargé d'une mission en Prusse, à laquelle la bataille d'Austerlitz mit fin presque aussitôt. En 1809, il fit partie du Cabinet et fut créé comte Harrowby. En 1812. lord Liverpool l'appela à prendre dans son Ministère la Prési» dence du Conseil qu'il conserva jusqu'en 1817, mais il ne se désintéressa des affaires publiques et de la politique que vers la fin de 1832,
« Lord Harrowby est arrivé le 15 au soir, mandait le 19 novembre. « Lnforesl à Talleyraud [Prusse, Vol. 231, folio 830). Il a des crédits ou- « verts pour 28.000 livres sterling. Il a les pleins pouvoirs les plus illi- « mités pour écouter les propositions de la G'jur de Berlin et pour y « accéder. »
(2) H. O. F. 0. Prussia 04-65 Mémoire du plus haut intérêt qu'à mon grand regret j'ai dû renoncer à reproduire, mais que je crois devoir signaler à l'attention.
justement hommage à l'habileté déployée par ces personnages et en particulier aux talents, à l'activité, au zèle et aux efforts du général.
Toujours est-il que c'est précisément au lendemain du jour 011 le diplomate sec et froid qu'était Jackson faisait l'éloge, bien rare sous sa plume, des services signalés queStamford n'avait cessé de rendre à la cause de la Coalition et bien qu'on fût arrivé à un des grands tournants de l'histoire, que le général semble avoir pris la résolution de rompre définitivement avec le monde.
Les graves événements, qui se déroulent devant lui, le laissent apparemment complètement froid et impassible. L'enlèvement et l'exécution du duc d'Enghien, les péripéties du drame qui, commencé à Ettenheim, se dénoue dans les fossés de Vincennes, ne parviennent même pas à lui arracher un cri d'indignation. Le Consulat fait place à l'Empire. Napoléon se fait sacrer par le Pape et place sur sa tète la Couronne de fer des Rois Lombards. L'Autriche, la Russie et la Prusse se voient contraintes de reconnaître FEmpereur des Français, le nouveau roi d'Italie. Et l'homme qui pendant des années n'a cessé de prêcher la Croisade contre la France de la Révolution ne sourcille pas, ne souffle mot! Est-ce donc qu'il est désormais devenu complètement indifférente tout ce qui se passe autour de lui ? Bien plus, lorsqu'il reprend la plume en octobre 1805, au moment oii les hostilités ont déjà commencé, où Ulm est à la veille de capituler,
il se borne à consacrer quelques mots à l'affaire d'Ans-
pach, aux alarmes de Frédéric-Guillaume 111, à l'état des esprits en Prusse. Il ne s'en tient du reste pas là. Dans sa lettre du '24 décembre, il s'attache surtout aux particularités qui ont marqué l'infructueuse mission de Stutterheim à Berlin, mais se garde bien de faire la moindre allusion à l'entrée des Français à Vienne, à Austerlitz, à l'armistice de Nasedlovitz, à l'imminence de la signature de la paix entre l'Autriche et la France. C'est à peine s'il envisage incidemment la possibilité du changement dans l'orientation politique que l'en croit sur le point de se produire à Berlin. Mais on ne saurait négliger de tenir largement compte d'un