LES MALADRESSES DE STLTTERHEIM
envoyé ici, a rempli la mesure du dégoût que cette conduite avait fait naître. Un ton, une tournure, une jactance que le gain des dix batailles n'aurait pu excuser. Des propos, tenus à la table du Roi même et à lui adressés, firent dire à Sa Majesté qu'« Elle était bien « fâchée d'avoir donné lieu par ses questions (qui ne devaient « marquer que son intérêt à ce qui s'était passé) aux explications « de M. de Stutterheim ». Celui-ci répondit entre autres avec un air de grande satisfaction à la demande du Roi : « Qui avait conseillé l'entrevue? » « C'est moi, Sire ».
Il a jeté en avant le désir que ce pays-ci voulût encore accourir au secours de l'Autriche et attaquer les Français ; que la paix ne fût pas encore conclue. Sur la demande, s'il était autorisé à faire cette proposition et si sa Cour se conduirait en conséquence, il a dû avouer qu'elle ne sortait que de sa tête.
Le Général ne s'est guère montré au public, et il a bien fait. Car le public qui ici ne prend que peu connaissance de ces matières, a été tellement indigné de son maintien qu'il a essuyé un affront de la part déjeunes officiers de la garnison qui se sont attroupés autour de la loge où il se trouvait.
Du reste, la manière, dont les Russes et les Autrichiens se renvoyent la balle, est tellement dégoûtante qu'on doit s'estimer heureux de ne se mêler d'aucune discussion qui puisse mener î'» des explications, surtout comme, pour être juste, il faudrait probablement donner tort aux uns et aux autres. Il n'y a de bien certain en tout cela que la certitude qu'ils ont très mal défendu la cause qu ils avaient en main.
Dans ce moment, la Prusse met une suite et une mesure dans sa conduite qui, si elles sont soutenues, lui feront jouer un beau rôle (1). L'Empereur de Russie a d'abord mis à la disposition de
reich, dont l'édition française va jusqu'après la bataille d'Aspern, tandis que l'édition allemande n'embrasse que les opérations en Bavière.
« Stutterheim n'a pas trop bien servi sa Cour, mande le comte Stroganow <( au prince Adam Czartoryski dans sa lettre particulière de Berlin le X 10/11 décembre 1805. Il a débuté par faire un tel tableau de sa détresse >c que cela a ôté toute confiance et qu'on s'est dit qu'il n'y avait donc plus i( rien à faire. Son discours, mis en parallèle avec les discours de Dolgo- « rouki (le prince Pierre) et du Grand-duc Constantin a merveilleusement
arrangé la chose » (Cr-^nd-dug Nigol.\8 Mikh.'vÏi.ovitgh. Le cotnle.
Paul Stroganow. II, 213).
Pour plus de détails sur l'effet produit par l'envoi de Stulterheim à Berlin, Cf. Commandant W'eil, D'Ulm à léna. 163-16.').
(I) Le comte Paul Stroganow était loin d'être du même avis et d'envisager la situation de la même manière que Stamford.
« Vous verrez, dit-il au prince Adam Czartoryski ; dans cette letlre du « 10/22 décembre, à laquelle j'ai déjà fait plus d'un emprunt, par la dépêche
546 LE GÉNÉlîAL DE STAMFORD
Sa Majesté Prussienne les troupes sous les ordres de M de Beanigsen (1) et du comte Tolstoï (2j. Après avoir attendu cette résolution et les renseignements à recevoir des Gouvernements russe et autrichien et de la part de M. de Haugwitz, il a
« qu'Oubril vous porte d'Alopeus ce qu'on peuit attendre d'ici et l'impu- « dence avec laquelle on se conduit etl'on nous mène par le nez. Et c'est « à des gens pareils que nous prodiguons même toute notre délicatesse « et notre iionnêîeté. C'est eux qui par leur inaction nous ont plongés « dans les revers où nous sommes, qui ont bouleversé l'Europe, boule-
« versement qui nous touche de bien près C'est eux qui nous
M annoncent qu'ils ne feront rien et que, mAme si l'armistice était rompu, « ils ne se croiraient pas tenus d'agir par le refus de propositions, dont « Haugwit?; est le porteur, vu les derniers événements. Ce sont les mêmes « gens qui nous assaisonnent le tout de belles paroles, rappellent pourtant « la promesse que l'Empereur fait de les soutenir de toutes ses forces et « se plaignent que les corps de Bennigsen et de Tolstoï, sont trop peu de « choses et ne sont pas assez forts. Ce serait le cas de les renietire à « quelques semaines s'ils étaient pressés.
« Voilà, mon cher ami. comment on nous traite et Dolgorouki, ente chanté de figurer aux bals de la Cour, de parler à des ministres, en « un mot, corume on dit trivialement, défaire son embarras, était enchanté « de tout cela et a commencé à mon arrivée par me vanter les bonnes « dispositions qu'on nous témoignait ici et s'étonna même que l'aifaire « d'Austerlitz n'eût abattu en rien la bonne humeur qu'on avait aupa-
« vant » (GuAMJ-Duc Nicolas MikhaÏlovitgh — Le copule Paul
Stroga)Ww. II, 'M 1-21-2). Voir Appendice, Notice biographique. —Pour plus de détails sur le prince Pierre Dolgorouki Cf. Commandant Wkil, D'Ulm h léna, 27,3-280).
(1) Cf. Appendice. Notice biographique.
(2^ Tolstoï (Pierre Alexandrovitch, comte) (1769-1841) entré au service au régiment Préobrajenskyi, lieutenant-colonel en 1790, campagne contrôles Polonais (1792). colonel (1794), blessé à l'assaut de Praga où il fut distingué par Souvoroff et peu après décoré de l'Ordre de Saint-Georges. Général aide de camp (1797), envoyé en 1799 auprès de l'archiduc Charles pour servir de liaison avec Souvoroff, il fit preuve dans cet>te mission de réelles aptitudes diplomatiques. Gouverneur militaire de Saint-Pétersbourg de novembre 1802 à mai 180.3, il commanda en 1805 le corps envoyé en Poméranie et destiné au Hanovre. Rappelé en Russie avec son corps après Austerlitz, chef d'Etat-Major de l'armée d'opérations en 180Get 1807. attaché en même temps à la personne du roi de Prusse, il fut en outre chargé par Alexandre de rétablir l'harmonie entre Bennigsen- et Buxhôv den. Rappelé en Russie après léna et nommé Membre du Conseil Militaire. envoyé à I^aris comme ambassadeur, il y resta juste un an (octobre -18(17 à octobre ISOS) et fut rappelé ai)rès l'entrevue d'Erfuri, Commandant en juin 1812 des milices qu'il oi'ganisa dans les Gouvernements de l'Est, il fit à la tète de ces troupes la campagne de 1813 à l'armée de Bennigsen. A sonreiour en Russie, le 14janvier 1814, il est appelé au con-mandement du 4° corps d'infanterie et nommé Membre du Conseil de l'Empire en 1823. Mis en 1828 à la tête de l'Etat-Major des Colonies militaires, il devint, lors de la guerre de 1829 Gouverneur Général de Saint-Pétersbourg et de Croll^ladt, Commandant de l'armée de réserve de Lithuanie lors du soulèvement de la Pologne, il dispersa le corps de Halgoud et de KUJjiipowski.
(Gband-dug Nicolas Mikhaïlovitch, Portraits Husse^, 1, 3, 38),
LA MISSION^ DU GÉNÈ'RAL DE PFiillL 547'
été résolu d envoyer le général Pfuhl (1) auprès de Bonaparte.
Un objet préalable sera de trouver un arrangement pour le Nord de l'Allemagne, moyennant lequel les Français n'enverraient pas un seul homme dans ces contrées et, pendant les négociations, il sera pourvu à la subsistance journalière de la garnison de Hameln (2).
Cette première condition est de rigueur. Le premier soldat français, qui arriverait en Hanovre, sera reçu à coups de canon prussien. Nous y avons 20000 hommes qui agiront de concert et, en cas de besoin, se replieront sur les armées et les territoires prussiens . Il y a sans doute beaucoup à redire à cette levé« dti blocus de Hameln. Je la crois une fausse démarche. Mais puisqu'on a voulu faire cette gentillesse à Napoléon, on ne pouvait mieux la couvrir que par la déclaration qu'il ne rentrerait pas dStns l'Blectorat.
GLXXXVIII
Lùneburg, 4 janvier 1 806 (3).
Note relativa à la situation spéciale de l'armée suédoise.
En conséquence de tous les bruits qui courent relativement à un arrangement pris pour la disposition des troupes étrangères qui se trouvent dans le Hanovre, on a cru une fois pour toutes devoir faire observer que l'armée suédoise n'y est' nullement comprise et qu'il ne faut pas mêler cette armée avec les autres, puisqu'elle est immédiatement sous les ordres augustes de son propre Souverain (4).
(.1) Cf. Appendice, Note sur Pfûhl.
[Vj Correspondance XI, 9573 à Tallcyrand Sclionbrunn, 14 décembre 181.5. Tnstruclion pour signer avec la Prusse le traité d'alliance moyennanl la ce^ssion du Hanovre. — Cf. Prusse, Volume 237 f" 299. Laforest à Talleyraad. Berlin 18 décembre 1805, lui mandant que: «de roi de « l^russe, acceptant les conditions que l'Empereur a posées à Haugwitz « dans l'entretien qu'il eut avec lui, s'emploiera avec empressement pour c< rétablir la tranquillité en Europe et prend sur lui la médiation entre la « France et la Russie. »
;3) R. O. F. O. 353.80. Jackson Papers.
(4) Cf. Traité de Beckaskog du 3 octobre 181)5 signé par I^ierrepont et le buroïi de ToU et la déclaration de guerre ù la France de Gustave I.V Adolphe datée de Marsvinsholm près "Ystad le31 octobre 1805. et suivie du rassemblement d'un corps d'armée dans- la I^oméranie suédoise.
Brunswick^ i 0 janvier 1806.
Aggravation continuelle de la situation,
Je ne vous parlerai pas des nouvelles politiques qui nous
arrivent ici du lieu où vous êtes. Elles sont toutes plus navrantes les unes que les autres. Dieu a abandonné le malheureux Continent...
J'ai communiqué votre dernière lettre à Madame la Princesse d'Orange. Voici ce qu'elle m'a répondu : « Je suis bien fâchée que M. Jackson ne puisse vous écrire plus librement. 11 nous éclaircirait bien des choses. Dites lui que j'ai reçu à Oranienstein la déclaration de la Cour de Vienne du 3 septembre (2) et que j'ai deviné qu'elle venait de lui.
Brunswick, 24 février i 806.
Les projets de Napoléon. — Blocus du Sund et de la Baltique. Quelle sera l'attitude de la Prusse ?
Il me paraît clair que Bonaparte a le projet de faire fermer
le Sund et les ports de la Baltique aux Anglais (4). Je m'attends
(1) R. 0. F. O, 353. 80. Jackson Papers.
{2) La Note du 3 septembre, tout en renouvelant l'assurance des dispositions pacifiques de la Cour de Vienne, renfermait toute une série de plaintes contre le Gouvernement français et se terminait par l'assurance que : « Les Cours de Vienne et de Pétersbourg sont disposées à négocier K avec celle de France sous les conditions les plus modérées qui seront « compatibles avec la sûreté générale pour le maintien de la paix sur le -« Continent »
(3) R. 0. F. 0. 353.80 Jackson Papers.
{i) Correspondance XII. 9S79. au Vice Amiral Decrès. Paris, iî février 18G6. « Il faut que demain avant minuit les ordres pour Allemand «partent « 9880. Paris, 23 février 1806. Instructions pour le Contre- Amiral Allemand. « Votre escadre doit, autant que la mer et les
« vents le permettent, se trouver à l'entrée de la mer de Danemark vers la