LES PROJETS DE NAPOLKON
donc à le voir sous peu proposer h la Prusse (1) l'alternalive de concourir à cette mesure ou de s'y opposer, et si elle choisit le dernier de ces deux partis, à voir rapidement l'armée française dans les Etats des Electeurs de Saxe et de Hesse (2) afin de priver la Prusse de ces deux Alliés. Je ne serais pas surpris que ce dernier eût l'envie de faire tomber une couronne sur sa tête, puisque Bonaparte en fait pleuvoir tant qu'il veut, et qu'à cette condition il se prêtera à ses vues.
Cependant, quelles mesures la Prusse prendra-t-elle dans la nouvelle crise qui la menace, ainsi que tout le Nord de l'Allemagne (3) ? Pendant que les Français se renforcent sur la rive droite du Rhin, qu'elle les laisse en possession de Hameln, elle presse les Russes, les Suédois et les Anglais de retourner chez eux sauf peut-être à les rappeler, quand ils ne pourront plus arriver au point où ils devraient être à présent. Dieu veuille que
je me trompe dans mes conjectures.
Stamford.
« fin d'avril pour y intercepter tous les bâtiments anglais, suédois et
« russes qui y entrent ou en sortent vers cette époque » Cf. lord
Auckland à lord Grenville. Eden Farm, 7 avril 1806. {Dropmore Papers, VIII 85).
(1) Windham avait posé la même question à lord Grenville le 10 février {Dropmore Papers, VIII, 24^. Il faut croire que Stamford ignorait à ce moment que Haugwitz avait signé, le 15 février, à Paris un traité qu'il chargea Lucchesini de porter à Berlin. Frédéric-Guillaume III le ratifia le jour même où Stamford écrivait à Jackson. — Cf. Correspondance, XII. 9811 et 9942, au roi de Bavière, Paris, 14 février et 8 mars 1806.
(2) Cf. Correspondance, XII, 9941 à Talleyrand, Paris 8 mars 1806. L'Empereur consent à la reprise des relations avec Hesse-Cassel. 9993, à l'Electeur de Hesse. Paris, 20 mars 1806 (Réponse à sa lettre du 29 janvier) « Votre Altesse m'oblige à oublier le passé lorsqu'EUe me montre des « sentiments aussi aimables que ceux exprimés dans sa lettre «
(3) Qu'aurait pensé Stamford s'il avait pu avoir connaissance de ce passage de la lettre que le prince Adam Czartoryski adressait de Suint- Pétersbourg le 6/8 février 1806 au comte Paul Stroganow (à ce moment en mission à Londres) avec cette mention : « Pour vous seul. » « J'oubliais « de vous dire, mais absolument pour vous seul et pour que vous n'en « fassiez aucun usage, parce que l'Empereur, malgré toutes mes ins' « tances, n'a absolument pas voulu que nous le communiquions à « Londres, que nous tripotions en grand secret avec la Prusse, qui nous « leurre de l'espoir d'abandonner la France. » (Graxd-duc Nicolas MiKHAÏLOViTCH. Le comlc Paul Stroganow, II. 226).
d550 LE GÉNÉRAL DE STAMFORD
GXCl
Brunsivick, 8 mars 1806.
Chagrin que lui cause la nou-velle de son départ de Berlin.
.'Monsieur, Je viens d'apprendre une nouvelle qui me ferait infiniiKenl de peine si elle était vraie, mais que j'espère être fausse, comme tant d'autres qui se débitent journellement ici. C'est qwe, dégoûté de votre poste à Berlin en voyant perdues toutes les peines que vous vous êtes données pour y lamener les choses à un résultat bien difïérent de celui qui existe, vous pensiez à le quitter.
Je n'ai point assez de droils, Monsieur, à votre confiance pour vous demander si c'est \i\ réellement votre intention ; mais je suis trop attaché à la bonne cause, si elle était telle, pour ne pas dési- 'rer que vous en changiez, persuadé comme je le suis que quiconque on enverrait à votre place y ferait moins bien que vous, par la raison qu'il se passerait un temps considérable avant qu'il ipût connaître la carte du pays, comme vous la connaissez.
Ayant été averti trop tard de l'occasion sûre dont je profite pour
(VOUS transmettre ces li^gnes, je ne puis jouir de la satisfaction de
«l'entretenir plus longuement avec vous et je vous prie de ne voir
dans le peu que je vous écris que l'effet d'un attachement sans
Ibornes que je vous ai vouépour.la vie.
Stamford.
[ (1) R. O. F. O. 353.80. l\ir le traité de Paris du 15 février;;i806 la Prusse 'avait accepté de prendre immédiatement possession du Hanovre et de ■fermer les embouchures des iîeuves ainsi que Lubeck au commerce anglais. Le 27 mars, la Prusse notifia officiellement le traité à Jackson. Le il"" avril, le baron Jacobi remettait à c« sujet une Note verbale au Ministère britannique. Le lendemain 5 avril, l'Anglettrre mettait l'embargo sur les -bateaux"prussiens entrés ou se rendant dans les ports britanniques. Le même jour 'Fox envoyait à Jackson l'ordre de demander ses passeports *t ceux du personnel de la Légation d'Angleterre à Berlin. (R. 0. F. O. 353.46 et Archives des Affaires Etrangères. Prusse, Mémoires et Documents, \'ol. 9, f 132-138). Jackson ne quitta Berlin que dans les premiers jours de mai et débarqua à Yarmouth le 12.
LE DUC DE BRUNSWICK A BERLIN, HARDENBERG ET LE HANOVRE &'ol
Brunswick, 27 mars 1 806.
Heureux de savoir qu'il reste à Betlin, — Qu«l sera le résultat de la mission du duc de BrunsAviok à Berlin ? — Hardenberg et le Hanovre.
Monsieur, La lettre, dont vous avez eu la bonté de m'honorer en date du 15 de ce mois, m'a causé utie joie bien vive en m'ôtanl la crainte que j'avais que vous pourriez peut-être quitter Berlin. J'ai été trop à portée de connaître les sourdes menées des personnes, dont Sa'Majesté Prussienne a malheureusement suivi les conseils en dernier lieu, poar être surpris de ce que le zèle, l'activité et l'intelligence, que vous leur avez opposés, n'ayent pas eu le succès que vous étiez, à juste titre, en droit d'en attendre. Mais comme il naîtra, dans peu sans doute, des circonstances qui vous donneront probablement occasion de déployer de nouveau ce zèle et cette activité bien entendus, je regarderais comme un contretemps des plus fâcheux, s'il arrivait que vous ne fussiez plus à même de vous en prévaloir. Car un autre, qui serait encore novice dans votre poète actuel, quelque capacité qu'on voulût lui supposer, ne saisirait certainement pas d'un premier coup d'œil la marche qu'il conviendrait de tenir, mais que votre expérience et la connaissance, que vous 'avez du caractère du Prince et de ses Ministres, vous traceraient sur le champ.
Je suis curieux d'apprendre le résultat de la mission du duc de Brunswick qu'on ditiêtre revenu à Berlin (2). Le prince de Fulda (3), à ce que m'a dit Madame sa mère, attribue à cet illustre
(1) R. O. F. 0. 353.80, Jackson Papers.
(■2) Le duc avait, on le sait, été envoyé à Saint-Pé<ters.b0.iirg- «t «chargé d'y expliquer la conduite de la Prusse. « On dity écrivait Gentz àJack&oa, « de Dresde le 26 mars 180G, que \e duc de Brunswiek, ce misérable « lurros de ce siècle misérable a été, ce qu'on appelle éconduit à Saint- « Péters'bourg....... » Mais Jackson, écrivant de son côtô'à Fox le 25 oiQars
de Berlin, où le duc était arrivé le. 23 au soir, se gardait bien de se prononcer aussi catégoriquement sur le résultat de cette mission.
(3 L'évêché de Fulda, sécularisé en 1802, fut dorîné en 1803 avec celui de Korvei (Corbie), à titre de Principauté temporelle au prince de Nassau- Dietz, Guillaume V d'Orange, pour le dédommager de la perte du Stalhôlidérat. A sa mort, en 1806, le titre passa à son fils, qui devint en 1815 le roi des I^ays-Bas, Guillaume 1".
négociateur toute cette étrange conduite que la Prusse a tenue en dernier lieu.
Vous verrez par la lettre ci-incluse (1) comment Bonaparte la traite dans sa nouvelle acquisition.
Cela n'a pas empêché M. de Hardenberg de dire, ces jours passés à une de ses anciennes connaissances d'ici : « Qu'il fallait « de toute nécessité que la Prusse s'emparât du pays de Hanovre « pour ôter à la France tout prétexte de troubler à l'avenir le « repos de V Allemagne » (2). Belle raison 1 INe saura-t-elle pas trouver quelque autre prétexte à défaut de celui-là, quand l'envie de le troubler à nouveau la prendra ?
Vous me demandez. Monsieur, de quel côté je compte tourner mes pas l'été prochain. Hélas I Dans le triste état où se trouve ma santé, je ne puis rien décider à cet égard. Peut-être irai-je chercher quelque bain aux environs de Dresde et m'établirai-je ensuite à quelque campagne non loin de Berlin jusqu'à l'approche de l'hiver. Car la vie dans cette ville même serait trop chère pour moi, mon ménage ici devant toujours aller son train, ma femme étant attachée à la Cour.
Je suis, avec les sentiments que vous me connaissez, à jamais Votre très dévoué Serviteur.
Stamford.
P. S. — J'aurais presque oublié de vous dire que vous ne m'avez accusé, dans votre dernière, que ma lettre du 8 de ce mois et non celle du 3 ou du 7 (je ne sais lequel de ces deux jours) qui était en chiffre (3). J'espère néanmoins que vous l'aurez reçue.
(1) Cf. Lettre de Hedeman à Stamford. l^ièce 193.
(2) Hardenberg n'aurait fait là que répéter les paroles qu'il avait probablement suggérées au Roi et que l'on retrouve dans la dépêche que Laforest adressait le 18 décembre 1805 à Talleyrand et dans laquelle il lui rendait compte de l'entretien qu'il ^venait d'avoir avec le duc de Brunswick. « La question la plus importante pour le Roi, lui avait dit le duc de Brunsce wick, est celle du Hanovre tant à cause de son système que parce qu'un « arrangement de ce genre balaye toute difficulté entre la I^russe et « la France... Le Roi ne balancera pas sur l'occupation de l'Electorat. ... Sa « Majesté veut être sûre qu'il n'y aura pas de votre part des conditions « onéreuses et qu'Hameln sera aussi remis entre ses mains »
On sait qu'aussitôt après la signature à Paris de la Convention du 15 février et sans attendre l'échange des ratifications qui n'eurent lieu que le 26, le roi de Prusse fit entrer dans l'Electorat un corps de troupes sous les. ordres du général de Schulenbu g. — Cf. Correspondance XII. 9.810 ait Maréchal Berlhier. 9.811, au roi de Bavière. Paris, 14 février 1800.
(3) Jackson reçut cette lettre datée du 3 mars. Je n'ai pu la reproduire parce qu'elle n'est pas déchiffrée.